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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 12:24

Le foot des jeunes et des amateurs : une bouffée d’air frais ?

foot03.jpgDe plus en plus souvent, les grands clubs réclament à la Fédération Internationale (FIFA) des sommes importantes, à titre de compensation, pour d’éventuelles blessures encourues par un joueur libéré pour jouer un match avec son équipe nationale. Auparavant, jouer une rencontre internationale avec la sélection de son pays était un honneur, tant pour le joueur que pour son club mais, depuis l’avènement du foot-business, cet honneur est devenu synonyme de rentrées financières envisageables pour des clubs rompus au système financier devenu si important autour du ballon… On l’a évoqué déjà, mais plus que jamais, le football est devenu une machine à faire du pognon avant d’être un sport ou un spectacle… Heureusement qu’il reste les jeunes et les amateurs s’écrieront certains ! Même pas sûr répliquerais-je… Car même au niveau du foot amateur l’argent s’est insinué. Je ne parle même pas de certains transferts entre clubs provinciaux et de niveau inférieur qui se négocient pourtant déjà à coups de milliers d’euros mais plutôt de joueurs – de plus en plus nombreux au fil des années – qui réclament de l’argent pour pratiquer leur sport dans un club. Depuis une quinzaine d’années, il n’est plus rare de devoir payer des joueurs de séries régionales ou provinciales afin qu’ils acceptent d’endosser la vareuse d’un club. De deux choses l’une, où le club veut une équipe compétitive et accepte de payer le joueur amateur ou le club ne sacrifie pas à l’argent, se contente d’une équipe moyenne ou mauvaise et limite ses ambitions sportives ! Oui l’argent régit aussi le football des amateurs… Il y a aussi fait son entrée par le biais du marketing des grands clubs qui commercialisent des produits – maillots et survêtements ou t-shirts en tête de vente – à leur effigie. Partout autour des terrains amateurs, de Zichen-Zussen-Bolder à Morzy-les-Coyons-sur-Semois, on voit désormais fleurir des maillots du Real, de Manchester United, du Bayern… Cette floraison hâtive engendre un mimétisme de très mauvais aloi car beaucoup de joueurs amateurs s’imaginent, dès lors qu’ils se sont offerts une blouse de Cristiano Ronaldo, de Messi ou de Benzema, en avoir le talent ! J’en connais qui refusent de jouer s’ils n’ont pas la vareuse de leur équipe amateur floquée d’un numéro qui correspond à celui d’une vedette. Ainsi, pensent-ils peut-être qu’en jouant avec le n° 23 de l’équipe du FC Romorantin ou le n° 5 de l’Union Disonaise ils sont les Beckham ou Zidane des ces formations de patelins ?

Parce qu’en plus ils jouent les vedettes soignant davantage leur look que leur technique, privilégiant un rendez-vous chez leur coiffeur à l’entraînement hebdomadaire… Mais ils ont tendance à oublier qu’ils ne sont que des footballeurs médiocres évoluant dans des clubs de villages ou de quartier.

Un reflet de la société

Restent les jeunes ! Ils sont l’avenir du football… Parmi ces gamins qui tapent dans le ballon le samedi après-midi il y a, peut-être, un futur crac ou, plus prosaïquement, un joueur dont le talent lui permettra d’intégrer une équipe de haut-niveau. Selon un recensement de la FIFA(1), le football est pratiqué officiellement (c’est à dire par ceux qui ont la licence d’un club) par 265 millions de personnes, dont 26 millions de filles… Parmi ceux-ci, seuls 113.000 professionnels (soit 0,042%) et seulement quelques dizaines de stars qui dominent la planète foot ! Dès lors, pour un ou deux gamins qui arriveront à vivre du football, combien de joueurs anonymes ? Joueurs anonymes ou discrets dont certains sont d’ailleurs poussés par des parents qui tentent de vivre le rêve footballistique au travers des exploits de leur gamin…

Les problèmes qui polluent le monde du football rejaillissent immanquablement sur l’univers des gosses qui pratiquent ce sport. Certes l’argent n’est pas, à ce niveau, aussi présent ; encore que j’ai connu des parents qui payaient en douce pour que leur rejeton soit sur le terrain. Ils s’en trouvent aussi pour ‘’racheter’’ leur gamin au club afin de pouvoir disposer librement de ses choix et de sa carrière éventuelle… Mais l’un des polluants principaux du football trouve d’ores et déjà sa source dans les équipes d’âges et autour des terrains où jouent les mômes : le racisme. J’ai en mémoire, cela remonte à l’époque où j’étais dirigeant d’un petit club provincial, une phrase terrible prononcée par un parent qui hurlait après son fils qui venait d’être déposséder du ballon : «tu ne va quand même pas te laisser avoir par un Arabe !!!». Dieu que cette phrase est lourde de sous-entendus ! Et de telles sentences, plus ou moins virulentes, il s’en entend chaque week-end autour des terrains de jeunes. Et même entre joueurs certains propos racistes sont déjà tenus dès les catégories primaires… Souvent, ces mioches ne savent même pas ce qu’ils disent mais répètent des paroles entendues dans leur entourage et répercutent des idées haineuses qu’ils ne maîtrisent pas ! Faut-il, en fin de compte, s’étonner de voir le racisme gangrener le football ? Les éducateurs sportifs n’ont assurément plus la tâche aisée de nos jours ! De tous temps le football été un moyen d’insertion extraordinaire, un vecteur de socialisation important mais ces vertus tendent à laisser la place à des valeurs moins honorables, plus mercantiles et qui reflètent, finalement, la société telle qu’elle a évolué… Oui les ados d’aujourd’hui sont davantage racistes et vénaux que ne l’étaient ceux d’il y a deux ou trois générations ! Forcément cet état d’esprit rejailli dans le microcosme footballistique.

Non, décidément, le football n’a plus rien de séduisant à l’heure actuelle ; d’ailleurs beaucoup de gens s’en détournent tant on est gavé de ce show-business, que ce soit dans la rue ou à travers l’écran de la télévision. Les vedettes du foot sont les héros modernes – des gladiateurs - qui fascinent tous les gamins des quatre coins du monde. Mais le football en oublie une partie des ses bases fondamentales, ces fameuses bases de socialisation et d’intégration… Il reste – et c’est important à souligner – quelques initiatives éparses et quelques clubs qui privilégient ces valeurs, des endroits où le football reste un outil social… mais, dans son ensemble, le football est bien malade ! Malade de l’argent qu’il génère, malade du spectacle outrancier qu’il est devenu, malade d’une fanatisation qui cultive la haine des différences, malade d’une carence en humanisme dans et alentours des stades…

Le foot des gosses et des amateurs n’est même plus une bouffée d’oxygène à cet univers vicié tant le mal dont souffre ce sport est profondément ancré jusqu’aux racines !

A lire aussi :

- Dossier Football (1ère partie) : Le football soumis aux diktats du capitalisme
- Dossier Football (2è partie) : Le football face à un racisme de plus en plus développé

 

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(1) Source : Big Count, sur le site de la FIFA, consulté le 12 mars 2011

 

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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