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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 14:40

Le football "romantique" a perdu l'un de ses plus fabuleux représentants... Socrates est mort ce dimanche !

socratesLes moins de vingt ans se rappelleront-ils de Socrates Sampaio de Souza Vieira, plus connu sous le surnom de Socrates ? Avec Zico, Falcào, Eder, Dirceu ou Toninho Cerezo, Socrates faisait partie de la formidable Seleçao brésilienne qui enchanta les Coupes du Monde 1982, en Espagne, et 1986, au Mexique. Cette équipe placée sous la houlette du technicien Tele Santana était, tout simplement, prodigieuse; un mélange intime de technique, de vision de jeu et d'intuition qui ne pouvait que séduire les foules. Malheureusement, cette Seleçao ne remporta aucun titre majeur car son football de rêve ne cadrait pas avec l'ultra-réalisme des équipes européennes qui misaient davantage sur un football fermé (souvenons-nous du catenaccio des Italiens, en 1982), physique voire rugueux (à l'image de l'Allemagne des années '80). Footballeur à l'élégance rare, Socrates était le capitaine de cette belle équipe brésilienne. Chantre du beau jeu, résolument tourné ver sl'offensive, il en était le meneur de jeu. Socrates avait une vision du jeu unique au monde. Où qu'il fut sur le terrain il savait ce qui se passait ailleurs, il était capable de distiller une passe improbable ou de renverser le jeu à la surprise générale. Ce longiligne médian était reconnaissable entre tous, avec sa crinière et sa barbe mais aussi par sa grande taille (1m93) et ses chaussettes toujours roulées sur les mollets... C'était une époque où les jambières n'étaient pas obligatoires, une époque où les défenseurs jouaient davantage le ballon que les tibias ! Tele Santana voulait un football simple, basé sur l'attaque et le jeu chatoyant. L'idée était de marquer un but de plus que l'adversaire, pas d'en encaisser un de moins. Socrates avait tout de suite adhéré à cette vision et il était le relais de Santana sur la pelouse. Lorsque j'évoque l'idée d'un football romantique, c'est de celui-là que je parle, par opposition au football actuel, business sans âme et calculé au millimètre. Mais Socrates était aussi un homme à part dans le microcosme du football des années '70 et '80. Universitaire, muni d'un doctorat en médecine, il revendiquait son côté intellectuel faisant par là même un peu "tâche" au regard de pas mal des joueurs internationaux de l'époque. Grand lecteur, il s'intéressait à tous les sujets, surtout à la politique ce qui n'était pas forcément apprécié dans son pays soumis à la dictature.

La Démocratie Corinthiane

Car, peut-être faut-il rappeler que le Brésil ne s'est libéré du joug dictatorial qu'en 1985. Socrates était ouvertement opposant à la junte militaire en place. En 1982, alors qu'il joue aux Corinthians, club de Sao Paulo, avec son équipier Wladimir, Socrates met en place un système de gestion sportive qu'ils baptisent "Democracia Corinthiana". Les deux joueurs fomentent une petite révolution interne au club, ils limogent l'entraîneur du club et imposent aux dirigeants une gestion concertée. Ainsi, chaque décision de la vie des Corinthians, qu'elle soit sportive, financière ou administrative, doit être soumise au vote des joueurs. Sans coach, les joueurs font l'équipe, l'adapte en fonction des réalités du jeu; chacun est responsable de son jeu, de son état de forme, de son rôle. Lors des mi-temps, ils décident, de façon collégiale, des changements à effectuer dans la stratégie de jeu et des joueurs à remplacer. Et cela fonctionne puisque les Corinthians remportent le championnat de Sao Paulo et 1982 et 1983. Sur base de ce système de gestion, les Corinthians soutiennent publiquement les élections législatives du 15 novembre 1982. En effet, le régime totalitaire de Joao Figueiredo (ancien chef des services secrets qui avait succédé au Général Geisel en 1979) est acculé par la crise économique et, de plus en plus, le peuple gronde. Figueiredo lance une politique d'ouverture - l'Abertura - qui se concrétise par la tenue de ces élections. L'idée de Figueiredo est, avec ce premier scrutin depuis 1963, de légitimiser par les urnes sa présence à la tête du pays. Si son parti, le PDS(1), sort vainqueur des urnes, comme il l'escompte, il confortera sa présidence.

Les Corinthians remplacent, dès septembre 1982, le sponsor maillot par des messages politiques en faveur de la démocratie : "Je veux choisir mon Président" ou "Démocratie" peut-on lire sur le maillot noir et blanc des Paulistes. "Je veux choisir mon Président", une allusion même pas masquée au fait que si un scrutin législatif est organisé, cela n'enlèvera rien à l'illégitimité d'un Président désigné par une junte militaire... Inutile de préciser que ces messages politiques ne plaisent pas à Figueiredo et à son entourage, mais il est difficile, lorsque l'on est de plus en plus impopulaire, de toucher à un symbole national comme Socrates. Cette forme de lobbying fonctionne car si le PDS remporte le scrutin général (avec 43,22% des voix), il doit partager le pouvoir législatif car il n'a plus de majorité absolue. Par ailleurs, trois grands états brésiliens - Rio de Janeiro, Minas Gerais et, bien entendu, Sao Paulo - basculent dans les rangs du Mouvement Démocratique Brésilien (MDB). Le pouvoir absolu se lézarde, il se dissoudra trois ans plus tard lors des première élections présidentielles démocratiques remportées par Tancredo Neves (MDB) qui avait été Premier Ministre avant le putsch militaire de 1965. Socrates a joué, à sa façon et avec ses armes, un rôle dans ce changement politique au Brésil. Cela concoure aussi à l'aspect romanesque d'un football romantique qui n'existe plus...

Joueur Sud-Américain de l'année 1983, Socrates a aussi obtenu le Ballon d'Argent, l'équivalent du Soulier d'Or pour le football brésilien, en 1980. Après une brève aventure européenne d'une saison en Italie, à la Fiorentina, il est revenu dans son pays, le pays du beau football, pour terminer sa carrière au Flamengo et à Santos. Lorsqu'il raccrocha les crampons, en 1989, celui que l'on avait surnommé le Docteur avait ouvert un cabinet de médecine sportive. Il consacra une partie importante de son temps à la promotion de la culture au Brésil. Depuis le milieu des années nonante, il s'érigeait aussi en pourfendeur du football-business qui dénature l'esprit de ce jeu. Socrates est mort aujourd'hui, à l'hôpital de Sao Paulo, victime de son addiction à l'alcool... Socrates c'était un peu une utopie, l'idéalisation d'un sport qu'il voulait chatoyant par rapport au jeu fermé des Européens, mais aussi l'idéalisation d'une démocratie pour un pays alors plongé dans la dictature. Comme toutes les utopies, il fallait qu'elle se fracasse sur la triste façade de la réalité, une réalité qui avait pris la forme de bouteilles pour Socrates...

Adeus Campeão, Adeus Senhor Democracia...

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(1) un Parti Démocrate Social qui n'a de démocratique que l'appellation... 

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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commentaires

www.seomysitepro.com 08/08/2014 11:53

It is indeed a very sad news for all the football fans. We could never imagine or even expect the failure of Brazil against Germany and that too at very pathetic goals. Everyone says that this tragedy has happened only because of the absence of Naimer.