Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 09:21

Le premier gouvernement dirigé par un francophone depuis 32 ans !

 

rupo1.jpgUn Wallon au 16 rue de la Loi… Cela fait si longtemps que ce n’était pas arrivé que beaucoup s’étaient imaginé que c’était tout simplement impossible, que ce poste était forcément dévolu à un Flamand. Elio Di Rupo nous rappelle que c’est de l’ordre des choses réalisables, comme le Standard champion de Belgique, Michel Daerden sobre, un soupçon d’intelligence dans le chef de Frank Ribéry ou un black Président des Etats-Unis… rare ou difficile mais pas impossible !

 

Je dois reconnaître qu’Elio Di Rupo a mérité ce poste de Premier Ministre même s’il devra faire attention à ce poste qui est tout sauf un cadeau (lire à ce propos Elio au 16) ; non cette accession s’apparente davantage à une arme à double tranchant avec laquelle le Montois pourrait bien se couper très profondément s’il ne la manie pas avec dextérité. Je n’ai jamais été un grand partisan de Di Rupo mais force est d’admettre que, depuis trois ans, il fait probablement le meilleur boulot politique en Wallonie et, même peut-être, en Belgique. Lorsqu’il s’était autoproclamé Roi de Wallonie à l’issue de la démission de Jean-Claude Van Cauwenberghe de la Présidence de la Région Wallonne, j’étais monté aux barricades en me fendant d’un courrier lui adressé(1) pour lequel je n’avais d’ailleurs jamais eu de réponse. Il m’apparaissait honteux que cet homme s’arroge le droit de cumuler présidence du PS et présidence de la Région Wallonne et que pour pouvoir le faire il fasse adapter à son cas personnel les statuts de son parti. Sa gestion de la crise carolorégienne laissait à désirer et je critiquais aussi avec vigueur le dirupotisme qu’il imposât au PS dans les années 2003-2005. Enfin, lorsqu’au soir du scrutin fédéral du 10 juin 2007 le Parti Socialiste reculait dans toutes les circonscriptions wallonnes au point de rendre la gauche à l’opposition, j’affirmais en responsable principal de ce cuisant échec le leader du PS. Franchement, pour moi, Elio Di Rupo n’était pas homme à diriger…

 

Mais cet échec aux législatives de juin 2007, Di Rupo a su s’en servir comme d’un tremplin vers un nouveau départ. Il a su se remettre en question, renoncer à son poste de Président de la Région Wallonnepour ne conserver que celui de la présidence de son parti et à entamé un grand nettoyage du PS, à commencer par la fameuse branche carolorégienne. Reynders se vantait alors d’avoir fait basculer le centre de gravité de la politique wallonne mais à force de travail et de persévérance, Elio Di Rupo est parvenu à infléchir ce centre de gravité dans un sens qui lui est favorable. D’abord, il a démontré que l’Orange Bleue à laquelle rêvait Reynders n’était pas suffisamment mûre et que le Gouvernement fédéral aurait du mal à se passer du PS. Ensuite, lors du scrutin régional de 2009, il a repris les rênes de la Wallonie à un Didier Reynders beaucoup trop sûr de lui et trop arrogant que pour être crédible. Lors de ce scrutin, Elio Di Rupo a installé un Olivier au Gouvernement Wallon avant de se lancer dans la bataille des législative de juin 2010… avec le scénario que l’on sait ! Alors que le pays s’enlisait dans des négociations qui n’en n’étaient pas vraiment, alors que les tensions étaient d’abord communautaires avant de devenir partisanes, Di Rupo à manœuvrer comme un grand homme d’état pour parvenir, au bout de 536 jours d’impasse, à trouver un accord qui satisfasse les six partis présents autour de la table des négociations. Lundi, le Gouvernement Di Rupo I devrait prêter serment (ndlr conservons encore un peu le conditionnel s’il vous plait !) et le Montois devrait donc devenir le premier Premier Ministre francophone depuis Paul Vanden Boeynants, en 1979(2).

 

Puisque j’étais parmi les premiers à critiquer l’homme lorsque je trouvais qu’il n’agissait pas en fonction de l’intelligence, il me faut aussi être prompt à reconnaitre les qualités d’Elio Di Rupo. Certes, il doit encore faire quelques progrès dans la langue de Claus mais il a assurément le profil d’un chef du Gouvernement fédéral. Charismatique, expérimenté il a prouvé, par son travail des trois dernières années, qu’il mérite son accession au 16. Il est maintenant face à un double défi :

- celui de faire tenir jusqu’au bout de la législature un gouvernement dirigé par un socialiste ; les précédents, soit Leburton II (six mois en 1973-74), Leburton I (9 mois en 1973) et Spaak IV (7 mois en 1948-49), n’ont pas réussi cette gageure ;

- celui de ne pas être le fossoyeur de la Belgique face à un Bart De Wever qui doit ruminer la défaite de la N-VA et qui prépare assurément déjà le prochain rendez-vous législatif.

 

Quoi qu’il en soit, Elio Di Rupo a gagné à la sueur de son travail acharné le fauteuil de Premier Ministre. Aujourd’hui, en Belgique, nul autre que lui ne mérité davantage ce poste. Reste à voir si dans la période d’austérité qui s’annonce, il pourra remplir cette fonction avec le talent qui s’impose pour maintenir le pays à flots sans pour autant saigner le citoyen.

----

(1) Elio 1er, Roi de Wallonie

(2) enfin si l’on admet que VDB fut francophone puisqu’il était né à Malines dans une famille flamande… Il émargeait cependant au PSC, un parti francophone.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Actualité
commenter cet article

commentaires