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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 12:58

Toujours plus vite, toujours plus loin toujours plus haut… Historique succinct du dopage !


simpson.jpgAlors que deux actualités – le cas Contador(1) et celui de joueurs de l’équipe de football allemande championne du monde en 1954(2) - ramènent, le dopage sur l’avant de la scène médiatique, il est peut-être utile de rappeler que le phénomène n'est pas récent. Depuis des décennies, l'usage de produits stimulant est lié intimement à la pratique du sport à haut niveau. Et pourtant, les autorités sportives n'en prendront réellement conscience que dans les années soixante. De manière liminaire, il est utile de définir le dopage. Il s'agit, selon le Larousse, de "l'emploi de substance interdites destinées à accroître artificiellement les capacités physique de quelqu'un, d'un animal; usage illicites de produits dopants par des sportifs pour augmenter leurs performances"(3). En 1960, le phénomène prend de l'ampleur, dès lors le Comité International Olympique (CIO) crée une Commission médicale chargée de surveiller le dopage sportif. C'est la mort, aux jeux Olympiques de Rome, du cycliste danois Knud Jensen, suite à la prise massive d'amphétamines, qui servira de déclencheur au CIO.

Et pourtant, les exemples d'absorption de produits favorisant les performances sont légions avant 1960. On peut citer quelques grands cas comme l'abandon pour cause de maladies de plusieurs patineurs lors des Jeux Olympiques d'hiver de 1952, à Oslo ou cette enquête menée dans le Calcio, le championnat de football professionnel italien, en 1958, qui révélait que 27% des joueurs avaient recours aux amphétamines, 62% d'entre eux prenaient des analeptiques et 68% utilisaient des hormones diverses. 94% des clubs professionnels italiens étaient concernés par ce problème qui n'était pas encore appelé "dopage"… Dans le cadre de la Guerre Froide, le sport prenait une importance capitale; c'était une manière élégante d'imposer sa suprématie sur le bloc adverse. Ainsi, dès 1950, l'URSS avait mis sur pied un système d'injection de testostérone pour tous ses athlètes. Les Américains réagirent en banalisant l'usage de stéroïdes anabolisants (ndlr ceux-ci ne seront prohibés parle CIO qu'en 1974)…

On peut encore remonter plus avant ! Ainsi, le cycliste Linton décédait, en 1886 déjà, suite à l'injection mal réalisée de produits dopants… En 1904, c'est le marathonien Thomas Hicks qui mourrait suite à un mélange cognac/strychnine ingurgité avant le départ d'une épreuve; en 1924, Albert Londres(4) écrivait dans "Le Petit Parisien" que les frères Pélissier, vedettes du cyclisme d'alors, étaient de véritables pharmacies ambulantes… Il faut pourtant attendre le Colloque d'Uriage-les-Bains, en janvier 1963, pour avoir une première définition du dopage tel que l'entendent les autorités du sport international. "Est considéré comme doping, l'utilisation de substances ou de tous moyens destinés à augmenter artificiellement le rendement, en vu ou à l'occasion de la compétition, et qui peur porter préjudice à l'éthique sportive et à l'intégrité physique de l'athlète" dit la Charte établie à cette occasion. Le problème est que si le CIO décide enfin de réagir face au dopage, il a beaucoup de retard à rattraper ! En effet, même si une liste de produits interdits est publiée, parallèlement à la lutte qui se dessine, les possibilités de dopage évoluent également… Et les tricheurs, en ce domaine, jouent avec les blancs !(5) En outre, le combat contre le dopage est rendu difficile - et c'est toujours le cas aujourd'hui - par les différentes législations qui existent selon les Fédérations sportives.

Contrairement à ce qu'avait imaginé le CIO, la Commission médicale ne sera pas le spectre qui fera disparaître le dopage ! La peur d'être surpris et puni ne prend pas le pas sur la possibilité de victoire et les honneurs qui en découlent. En 1967, Tom Simpson s'écroule, en direct, sur les pentes du Ventoux pendant le Tour de France. Les images sont terribles mais elles ne sensibilisent pas les sportifs au danger. Ainsi, quelques semaines plus tard, Jacques Anquetil refuse de se soumettre à un contrôle anti-dopage après avoir battu le record du monde de l'heure. Ce refus alimente la rumeur qui voulait que, déjà dans les années cinquante, "
Maître Jacques", le roi du contre la montre cycliste, avait recours à des produits augmentant ses capacités… Deux ans plus tard, Eddy Merckx est, lui aussi, confronté au problème. Il est exclu du Giro pour un contrôle positif au Reactivan, il est blanchi suite à un vice de forme; il bénéficie du doute… En juillet - soit quatre semaines après les faits italiens -, il triomphe en surclassement lors de son premier Tour de France !

1972, le recordman du monde du lancé de disque, Jay Silvester, mène sa propre enquête dans le milieu de l'athlétisme américain. Celle-ci révèle que deux tiers des ses collègues sont concernés par l'usage de produits illicites ! Aux Etats-Unis toujours, le porte parole de la Ligue Professionnelle de Base Ball avoue, clairement, au New York Times l'usage généralisé d'amphétamines dans le championnat. Max Novich, un célèbre chirurgien du New Jersey avait confirmé, en 1964, l'usage de la cocaïne comme anesthésiant dans le monde de la boxe. Les soigneurs massaient leur protégé avec un onguent contenant la drogue et qui avait pour effet d'anesthésier les parties du corps massées et de diminuer significativement l'impact douloureux des coups répétés.


On a beaucoup médiatisé le dopage dans les milieux cycliste (l'affaire Festina en 1998, Landis et Affaire Puerto en 2006…) et athlétique (Ben Johnson, en 1988, aux J.O. de Séoul, Florence Joyner…) mais tous les sports sont concernés par ce phénomène. Ainsi, le tennis est touché depuis 1959 et l'aveu de l'Espagnol Andrès Ginero qui avait usé fréquemment de testostérone. En 1980, Yannick Noah déclarait que beaucoup de joueurs de tennis avaient recours aux amphétamines pour "tenir le coup" sur un circuit ATP très exigeant… Plus récemment, le Tchèque Bogdan Ulirach a été suspendu pour deux ans, suite à un contrôle positif au tournoi de Moscou 2002. Par ailleurs, 27 athlètes chinois ont été exclus des Jeux Olympiques de Sydney pour avoir utilisé de l'EPO… En 2008, la THG (ou tétrahydrogestinone) mettait sur la sellette des sportifs de gros calibre comme Barry Bonds, star du base ball américain, Marion Jones et Tim Montgomery, vedettes de l'athlétisme… Mais il ne s'agissait, en fait, que d'une péripétie supplémentaire dans l'histoire du dopage, en attendant la suivante.

 

La question qui mérite d'être débattue est : existe-t-il encore une éthique dans le sport ? La médiatisation à outrance, le pouvoir de l'argent, la compétition accrue (par exemple, la création de compétition comme la Champion's League de football n'est-elle pas source de tentation ?), la professionnalisation même des sports les plus insignifiants, la politique (même si la Guerre Froide est révolue, la suprématie sportive reste un enjeu politique pour certains pays), le besoin de reconnaissance et d'accession au vedettariat… ne font-ils pas progresser l'usage systématique et "naturel" de produits dopants ?

 

L’évolution de la pratique sportive vers le spectacle-business est intimement liée au dopage, bien plus que les envies de gloire personnelles des athlètes… Ceux qui crient haro sur le dopage résument souvent leur argumentaire à trois thèmes principaux :

L’exemple : l’athlète, en tant qu’icône, doit donner l’exemple… surtout aux enfants qui voudraient se lancer dans le sport ;

L’égalité des chances : en «sport» (ndlr notez que je mets toujours le terme entre guillemets) chaque participant doit avoir les mêmes chances de remporter la victoire ;

L’agression physique du corps : le dopé porte atteinte à son corps, il joue avec sa santé.

Je me gausse et je reprends ces trois points pour les commenter :

L’exemple : aujourd’hui, l’exemple ce sont les peoples, des pseudo-chanteurs de la télé-réalité aux athlètes victimes de la mode en passant par les acteurs à belles gueules. Di Luca, Vinokourov ou Zidane sont des exemples au même titre que peuvent l’être Johnny, Paris Hilton, le vainqueur de la Starac’, l’abruti de Secret Story, Zac Ephron ou Doc Gynéco… Pourquoi, dès lors, ne suspend-t-on pas Doc Gynéco lorsqu’il fume un pétard ? Pourquoi ne fustige-t-on pas davantage Paris Hilton lorsqu’elle est bourrée ou Lindsay Lohan quand elle est ivre à la sortie d’une cure de désintoxication ? Pourquoi la France défend-t-elle Zidane lorsqu’il assène un grand coup de boule à la poitrine de Materrazzi en finale de la Coupe du Monde ? Pourquoi personne ne s’émeut-il lorsque Johnny balance en direct à la télé que ce même Zidane va deux fois par an dans une clinique suisse pour jouer avec son sang ? Quand Vinokourov le fait, on le traite de salaud et quand Rasmussen est exclu du Tour sans être contrôlé positif on le hue… Existe-t-il deux poids et deux mesures dans les exemples pour notre jeunesse ? OUI !

L’égalité des chances : peut-on conférer les mêmes chances de gagner le Tour de France à Christian Knees (un colosse de près d’un mètre nonante et plus de 80 kg) et à Alberto Contador, un grimpeur pur qui se défend contre la montre ? Non, évidemment, le second est naturellement avantagé. Donc l’égalité des chances n’existe déjà pas à l’origine avec la distribution génétique… Pareil dans la vie de tous les jours, peut-on parler d’égalité de chances entre Gisèle Bundchen, mannequin sublime, et Gisèle Dupont, 160 cm de haut et 160 cm de large ? Et entre le Real de Madrid, club multimillionnaire qui peut acquérir des stars planétaires, et le club maltais du FC Birkirkara ? Tous les deux étaient qualifiés pour la Champion’s League 2010 mais, dès avant l’entame de la compétition, leurs chances d’aller au bout étaient fortement différentes… Imaginons même – pure utopie ! – que Birkirkara puisse lever les 95 millions d’euros (oui, 95 millions pour un seul homme !!!) utiles pour acheter le Galactique Cristiano Ronaldo et que ce dernier ait donc le choix entre rester à Madrid ou aller à Birkirkara, où ira-t-il ? Existe-t-il une égalité des chances au départ dans le sport ? NON !

L’agression physique du corps : se doper c’est mettre son corps en danger… C’est assurément vrai ! Mais les athlètes qui ont recours au dopage le savent et le font, dans l’immense majorité des cas, en connaissance de cause. Dans le contexte du spectacle-business tel que le sport a dérivé, le dopage est aussi dangereux pour le sportif que ne le sont le tabac et l’alcool pour le commun des mortels. Un fumeur s’adonne à son vice sachant le risque physique qu’il encourt, un sportif s’adonne au dopage en sachant le risque physique qu’il court… Et tout comme le fumeur qui enfreindrait la loi sur le tabac dans les lieux publics, le dopés sait qu’il encourt une punition s’il est attrapé ! Existe-t-il un risque pour le corps ? OUI MAIS chacun n’est-il pas libre de prendre les risques qu’il veut avec son corps ?

Et dans notre vie quotidienne ?

Mais, puisque l’on parle d’exemple, ne sommes-nous pas, à travers la cellule familiale et le cercle relationnel, les premiers exemples d’éthique pour nos prochains ? Si, évidemment alors pourquoi adoptons-nous des comportements qui vont à l’encontre de l’éthique… vous savez cette éthique que l’on voudrait tant voir dans le «sport» de haut niveau !

La jeune femme qui entre en clinique pour une augmentation mammaire ou pour se faire un nouveau nez plus esthétique ne joue-t-elle pas avec son corps. Une anesthésie n’est pas sans risques pour la santé alors pourquoi exposer son corps lorsque ce n’est pas intrinsèquement vital ? Pour le faire correspondre à des canons de beauté arbitraires et pour augmenter artificiellement ses chances de plaire ! Est-ce éthique ? Non !

Mon collègue qui s’est enfilé, hier à 15h00, un Red Bull, une boisson énergisante, pour tenir le coup et finir sa journée n-a-t-il pas eu recours à un produit dopant ? Selon le dictionnaire, le dopage est «la pratique consistant à absorber des substances ou à utiliser des actes médicaux afin d'augmenter artificiellement ses capacités physiques ou mentales»… Dès lors, ce type s’est bel et bien dopé ! Est-ce éthique ? Non ! Faut-il le licencier, l’exclure de son travail ?

Pareil pour nos ados qui, en période d’examen, absorbe des pilules ou des compléments pour rester éveiller et s’aider, du moins le pensent-ils, à mieux retenir leur matière… C’est aussi une forme de dopage. Ils n’ont assurément pas besoin de Di Luca, Vinokourov ou Rasmussen pour savoir que l’on peut s’aider artificiellement… Est-ce éthique ? Non !

Que dire de ces mêmes ados qui, en sortie, enfilent moult litres de bières ou alcool avant de terminer aux urgences de l’hôpital dans lequel je bosse? N’est-ce pas là une manière de jouer avec son corps et sa santé ? Est-ce éthique ? Non !

Le gamin qui naît de parents défavorisés, sans emploi et sans grande culture, dans les bas-fonds d’une cité sociale grise et triste (on dirait du Zola !) a-t-il les mêmes chances dans la vie que celui qui naît dans une famille aisée, éduquée et unie ? Pas vraiment, l’égalité des chances est plus que relative dans notre société… Est-ce éthique ? Non !

Le dopage existe dans le sport de haut niveau depuis des décennies, on le sait mais on a voulu l’ignorer faisant ça et là quelques exemples avec des athlètes contrôlés positifs. Mais aujourd’hui on semble s’offusquer d’une situation qui a évolué avec la marchandisation de la pratique sportive. Alors, on réclame des contrôles plus sévères, des chartes éthiques ou des passeports biologiques. On voudrait un sport éthique dans une société qui ne l’est plus… Il faut cesser cette hypocrisie !

Reste que dopage ou pas, l'émotion engendrée par le sport reste vivante. "On ne fera jamais d'un âne un cheval de course" disait le champion du monde et vainqueur du Tour de France 1987, Stephen Roche. Avec ou sans dopage, les meilleurs émergent du lot. Et, personnellement lorsque je vois des hommes lutter au coude à coude dans un col alpestre et m'offrir un spectacle de haute qualité, j'ai tendance à oublier qu'ils pourraient être dopés ! De toutes manières, je n'y changerais rien et je reste persuadé que le dopage ne peut pas se faire "à l'insu de son plein gré" pour faire un clin d'œil à la marionnette de Virenque dans les Guignols de l'Info… Ceux qui se dopent le font consciemment et savent les risques, à tous points de vue, qu'ils encourent ! Je ne retiendrai donc, finalement, que l'émotion que le sport peut m'apporter…

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(1) Alberto Contador dopé à la viande ? Par jean-Louis Le Touzet, in Libération, 1er octobre 2010

(2) Plusieurs champions du monde allemands de 1954 dopés à la pervitine, on dhnet.be, 26 octobre 2010

(3) Petit Larousse Illustré, édition 2001
(4) Albert Londres (1884-1932), célèbre journaliste et écrivain passionné par l'épopée du Tour de France
(5) expression du jeu d'échec qui signifie entamer la partie et donc avoir un coup d'avance…

 

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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commentaires

jecko roger 07/11/2010 16:51


en réponse au commentaire de la sauce bolognaise du chef Candeborde, je partage entièrement votre point de vue : la sauce est tout sauf italienne ! Etant cuisinier amateur depuis une cinquantaine
d'années cette recette dite "de chef" m'interpelle.