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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 11:38

Le nombre de suicide sur le lieu de travail est en augmentation… En cause, le mal-être grandissant des travailleurs !

suicidetravail.jpgA en croire – et je le crois volontiers – la RTBF(1) le nombre de suicides sur le lieu de travail est en augmentation constante tant en France qu’en Belgique. Hier encore, c’est un employé de France Telecom qui a tenté de mettre fin à ses jours en se donnant un coup de poignard lors d’une réunion de travail. Il était déprimé par un changement de secteur d’activité au sein de son entreprise… En filigrane de ces actes désespérés en hausse, le fort mal-être qui règne de plus en plus dans les entreprises qui sont assujetties à une forme de management moderne désastreux. Je l’ai écrit à maintes reprises mais le management, tel qu’il est défini aujourd’hui, n’est cause de rien de bon pour les entreprises ! Le travail c’est la santé disait, autrefois, la comptine… Aujourd’hui le travail c’est la destruction de la santé ! Le management moderne est à la base de burn-out, de démotivation des travailleurs et d’absentéisme à outrance qui résultent d’un ras-le-bol complet. Parfois, dans les cas extrême, cela vas jusqu’au suicide du travailleur sur son lieu de travail. Manque de clarté dans les consignes, manque de qualité de matériel, manque de reconnaissance voire parfois de respect, manque d’informations descendante, encadrement outrageusement universitaire, répression du sens de l’initiative, hyper-contrôle du travail, manque d’esprit d’entreprise, procédures surabondantes et lourdes… autant de réalités concrètes qui découlent du management moderne et qui nuisent assurément à la qualité du travail et donc, forcément, au bien-être du travailleur. Peut-on dire, dans ce cas, que l’entreprise est responsable des suicides en son sein ? «L’entreprise ne va pas être responsable du suicide directement, mais elle aura une responsabilité dans ce qu’elle aura mis en place» explique Béatrice Lequeux(1), du Centre de Prévention du Suicide. La responsabilité indirecte de l’entreprise me parait assez correcte…

Burn-out et management…

Le malaise, ou le mal-être, du travailleur est une conséquence de la vision actuelle du travail. Il débouche sur un burn-out, le syndrome de l’épuisement professionnel ; il se produit lorsque le travailleur en est arrivé à un point tel qu’il ne peut plus faire face à son job. Parfois, le burn-out peut emmener vers des extrémités radicales… En 2004, lors d’un très bel exposé sur le sujet qu’il avait fait lors d’un colloque sur la communication en entreprise, M. Philippe Bockiau, Consultant en GRH, dressait la liste des principaux facteurs favorisants du burn-out et/ou de mal-être au travail(2) :

- le manque de description de tâches: les tâches ne sont pas bien définies et en cas d’erreurs ou d’échecs, la faute est rejetée par chacun et finit par retomber sur l’employé subalterne du bas de l’échelle (alors qu’en réalité, c’est au chef du service d’endosser cette responsabilité) ;

- le manque de qualité du matériel : il n’est pas rare de constater des employés et/ou ouvriers qui travaillent avec ou sur du matériel dépassé, voire dangereux (bureau sans ergonomie, chaise branlante, machine usée, outil défectueux...) ;

- le manque de clarté des ordres : souvent les directives données quant à la réalisation d’un travail ne sont pas claires (parfois griffonnés sur un bout de papier ou même désormais limités à un SMS). Cela peut engendrer une mauvaise compréhension et déboucher sur un travail mal fait qui engendre forcément des tensions... Et Philippe Bockiau d’insister sur ce point : c’est à celui qui communique que revient l’absolue nécessité de se faire comprendre pas à celui qui reçoit la communication de faire l’effort de déchiffrer le message (ou les ordres). C’est un des principes de base d’une bonne communication ;

- le manque de respect : qui se traduit souvent en direction des subalternes ;

- le manque de psychologie des chefs : on en revient aux sempiternels «Il n’y a qu’à...» et «Il faut que...» qui fleurissent dans bon nombre de bureaux. Coluche disait à ce propos : «Le patron sait pourquoi on fait le travail mais pas comment ; l’ouvrier sait comment on fait le travail mais pas pourquoi...»... Mais trop souvent, les donneurs d’ordre ne se soucient pas du comment, de la faisabilité d’un travail, «il n’y a qu’à...» point à la ligne ;

- le manque d’informations : les messages circulent mal dans un même service, les réunions ne concernent que quelques personnes qui oublient de faire circuler l’information et les décisions. Parfois des messages contradictoires circulent... Dès lors, sans une information juste et complète, le travail devient périlleux à réaliser ;

- le manque de contrôle et de règles précises : contrairement à ce que l’on pourrait croire, la réalité du terrain à montré que les travailleurs se plaignent d’un manque de contrôle de leur boulot. Il n’y a pas non plus de règles précisément établies et, dès lors, le manque de contrôle peut déboucher sur un travail bâclé... Lesdits contrôles permettent de rectifier le tir avant l’échéance du dossier, du projet ou de la pièce à usiner et donc évitent de recommencer un travail déjà fait ;

- le deux poids deux mesures : trop souvent ce qui est autorisé à l’un est refusé à l’autre. Il existe dans les entreprises et les services un favoritisme exacerbé qui nuit forcément aux relations professionnelles...

Souvent ces facteurs s’additionnent et entraînent le travailleur vers l’inévitable ras-le-bol total. Dans la majorité des cas, cet épuisement moral est réparable avec un changement de situation et du repos mais parfois – et ce fut le cas aux usines Renault de Guyancourt, chez France Telecom ou dans certains commissariats de police en Belgique – il débouche sur des situations dramatiques… Je suis certains que si vous regarder dans votre entreprise, sur votre lieu de travail, plusieurs de ses points sont réunis. C’est partout pareil, aucune entreprise moderne n’y échappe ! Faut-il s’étonner, dès lors, que le mal-être des travailleurs soit en forte hausse et qu’il débouche, de plus en plus souvent, sur des suicides ?

Mon expérience personnelle du monde du travail m’amène à poser le constat suivant : les responsables de postes-clés sont souvent des gens aux qualités évidentes et reconnues mais qui ne savent pas communiquer ! Or, pour éviter le phénomène de burn-out, une bonne communication est capitale ; encore faut-il parvenir à l’établir. Par ailleurs, dans un but d'optimisation du travail, on fait de plus en plus appel, dans les entreprises, à des sociétés de consultance en management qui débarquent avec leurs théories universitaires extraordinaires sur papier mais qui ne correspondent en rien à la réalité du terrain de l’entreprise… Cependant, c’est universitaire, c’est payé à un prix fou alors cela doit forcément être bon pour l’entreprise puisque c’est un spécialiste ès management qui l’a dit ! Quelle connerie que de croire ça… Il y a loin de la théorie managériale à la réalité ! Quand les big boss des entreprises auront appréhendé cette réalité, sans se reposer sur des théories universitaires non-réalistes (ndlr de plus en plus je m’aperçois que les termes universitaire et non-réaliste sont synonymes !!!), alors la vraie gestion des ressources humaines, celle basée sur le contexte et les réalités de chaque entreprise pourra commencer ! A ce moment là, on aura un embryon d'optimisation du travail...

Le travailleur ne demande qu’une chose (ndlr en dehors de son salaire évidemment...), c’est de pouvoir faire correctement son travail dans de bonnes conditions physiques et mentales. En apportant une réponse correcte aux facteurs de stress dégagés plus haut, selon le contexte et la réalité propre à chaque entreprise, ces conditions optimales seront naturellement mises en place...

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(1) De plus en plus de suicides sur le lieu de travail par D. Delhalle, on RTBF.be, 10 septembre 2009.
(2) lors d’un exposé intitulé «Relations interpersonnelles intra-muros» à l’occasion du colloque «La communication en milieu hospitalier», le 27 mai 2004, au CHR de Namur

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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