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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 09:42

Le défi est de taille, il ne convient plus de chercher des solutions mais bien d'appliquer celles dont on dispose...

Il y a 925 millions de personnes sous-alimentées à travers le monde(1)... 925.000.000 c'est l'équivalent de trois fois la population des Etats-Unis, de quatorze fois la population de la France ou encore de 92 fois la population belge ! A l'heure où j'écris ces lignes, nous sommes quelque sept milliards(2) de personnes sur terre et les Nations Unies prévoient une augmentation jusqu'à huit milliards d'ici 2030 et même 9 milliards à l'horizon 2050. Une question vient immédiatement à l'esprit : comment fera-t-on pour nourrir cette population si déja, maintenant, 13% des êtres humains sont malnutris ? Cela laisse à prévoir qu'en 2050 1,2 milliard de personnes ne mangeront pas à leur faim... et encore ce chiffre compte tenu d'un évolution linéaire et non exponentielle.
popu2050.jpg

Il n'y a pas de solution miracle, si l'on veut faire face à ce defi de nourrir l'ensemble de la population mondiale, il y a que deux alternatives possibles : soit on freine l'évolution démographique, soit on procède à un changement drastique du système alimentaire mondial ! L'idéal serait, ma foi, de cumuler les deux... mais il me semble utopique de vouloir mettre un frein à la démographie mondiale. On ne peut pas compter sur une prise de conscience planétaire du danger réel de cet accroissement de la population par rapport aux réserves alimentaires mondiales et il est démocratiquement impensable d'imposer une limitation des naissances comme le fit la Chine. Dès lors, la réforme totale et drastique du système alimentaire mondial est l'alternative à privilégier, le Gouvernement britannique abonde en ce sens dans un rapport publié hier. Ce rapport, intitulé Foresight Report on Food and Farming Futures, dégage trois pistes prioritaires : une meilleure utilisation des ressources alimentaires, la fin du gaspillage alimentaire et les OGM !

Il va de soi que ce changement draconien du système alimentaire mondial doit s'opérer en tenant compte de l'évolution du changement climatiques mais aussi de la raréfaction de certaines ressources primordiales comme l'eau et le blé ou encore de la diminution de certains acteurs qui influent sur l'environnement comme les insectes pollinisateurs. Selon ce rapport britannique, les nouvelles technologies comme les organismes génétiquement modifiés ne doivent pas être écartés mais leur introduction doit être pondérée, surveillée et soumise au préalable à une étude approfondie de leur impact sur la santé et sur l'environnement. Mais le double-défi a relever est assurément celui du gaspillage et de la mauvaise répartition de la nourriture. Le système alimentaire vit 30% au-dessus de ses moyens estime le rapport, il consomme les ressources naturelles à un rythme supérieur à celui de leur renouvellement. Les ressources alimentaires sont très mal utilisées et les stocks se réduisent à peau de chagrin, c'est plus que visible au niveau des populations poissonnières dans les mers et océans. Saviez-vous que l'on produit, chaque jour, sur notre planète deux fois plus de nourriture qu'il n'en faudrait pour alimenter l'ensemble de la population mondiale ? En effet, ce sont en moyenne 4,3 kilos de nourriture par personne qui sont produits quotidiennement; selon Miguel Altieri, un expert internationalement reconnu de l'Université de Berkeley en Californie, nous disposons donc de deux fois plus de nourriture que l'entièreté des êtres humains ne pourrait en consommer chaque jour et, malgré cela, 925 millions de personnes à travers le monde connaissent famine ou malnutrition.

Comment peut-on expliquer que 13% de la population mondiale - près d'une personne sur huit - ne mangent pas à leur faim alors que l'on produit deux fois plus de nourriture qu'il n'en faudrait pour alimenter le globe ? Ca s'explique par une très mauvaise répartition de la production alimentaire. Si l'on dresse une carte géopolitique de de la faim dans le monde, on s'aperçoit que l'Europe et l'Amérique du nord disposent d'une quantité beaucoup trop importante de nourriture, que les pays du Maghreb et d'Amérique du sud sont "dans la norme" tandis qu'une grande part de l'Asie et tous les pays de l'Afrique subsaharienne n'ont pas les ressources alimentaires utiles. Il faudrait pouvoir organiser un transfert alimentaire des pays excédentaires vers les pays en manque... mais ce transfert est utopique car il coûterait horriblement cher et une énorme quantité des ressources serait perdue dans le transport. Il n'est, cependant, pas interdit d'imaginer que ce transfert alimentaire pourrait s'effectuer intra-muros. Par-là j'entends à l'intérieur d'un même pays, car si les pays du sud sont en manque, il se trouve aussi dans nos pays occidentaux des populations qui connaissent la faim. Aux Etats-Unis, une étude de l'Université de Berkeley démontre que quelque 48 milliards de tonnes de nourriture sont gaspillées (restes de repas, aliments non consommés car périmés,...) alors que, selon le Département américain de l'Agriculture, il y a 49 millions d'Etasuniens - un sur six - qui sont sous-alimentés(3). La nourriture gaspillée aux Etats-Unis permettrait de donner à manger à tous ceux qui ont faim dans le pays... mais nous ne sommes pas en reste, chaque Belge se déleste via sa poubelle de 400 gr de nourriture par semaine. Mauvais achat, surabondance dans les assiettes, dates de péremption limites... autant de mauvaises raisons qui poussent le Belge à gaspiller de la nourriture alors que ses voisins ont faim. En Europe, les champions du gaspillage alimentaire sont les Anglais... l'équivalent de 30 milliards d'euros en nourriture sont jetés à la poubelle chaque année au pays de David Cameron ! On peut dire, au niveau mondial, qu'un quart de la nourriture produite chaque jour est jetée sans avoir été consommée. Il faut remettre en question, à tous prix, cette situation par une révision de nos comportements de consommation et par le transfert alimentaire, dans chaque pays du globe, de la moindre surproduction vers les personnes qui ne peuvent pas se nourrir. Ce n'est pas être communiste, ce n'est pas être chrétien... c'est juste être humain !

A terme, il faut aussi revoir le contenu de nos assiettes. Nous consommons beaucoup de viande mais la production de viande est gourmande en terre utile aux élevages, en eau et en céréales animalières. Pour produire un steak, il y a un coût énorme en énergie et en matières premières. A l'avenir, il faudra tirer vers le bas nos consommations de viande, il en va de même pour quantité d'autres produits... Ainsi, par exemple, le Foresignt Report on Food and Farming Futures explique que l'on consomme - et c'est une constante dans une majorité de pays occidentaux ainsi qu'en Chine et en Inde - davantage d'alcool et de bière le week-end qu'en semaine, temps libre et loisirs obligent. Si, par exemple, chaque Chinois ne consomme qu'une seule bière en plus par dimanche, cela représente en cinq dimanches l'équivalent de la production annuelle de bière d'une marque anglaise bien connue. C'est ce que l'on nomme, poétiquement, l'effet papillon... un bière bue par un Chinois par un beau dimanche à Pékin ne représente pas grand chose, lorsque cette bière est mulitplié, le même dimanche, par l'ensemble des Chinois, cela représente rapidement la production annuelle d'une brasseur européen !

Le défi alimentaire est là, il faut parvenr aujourd'hui à réduire d'un quart la production alimentaire mondiale afin de préserver les ressources pour faire face aux besoins de la population mondiale en 2050. Et pour nourrir les pays qui sont en déficit total, de l'Afrique subsaharienne à l'Asie, les OGM, assortis de conditions strictes, se profilent de plus en plus comme la solution la plus viable. Est-ce éthique ? Je n'en sais fichtre rien mais je doute que les populations du Mozambique se plaignent d'avoir à manger un pain fait avec du blé génétiquement modifié et que les Bangladais réchignent à avaler du riz transgénique... tant qu'ils ont à manger !

Les Trente Glorieuses, leur consommation à outrance et leur baby-boom avaient commencé à creuser la tombe de l'humanité. Il est quasiment trop tard pour la reboucher... L'Homme n'est pas encore mort mais les soins palliatifs ne sont plus tellement éloignés !

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(1) source : Food and Agricultur Organization of the United Nations, Rapport 2010
(2) 6.921.144.766 personnes selon la World Population Clock à la date du 25 janvier 2011, à 12h03
(3) Hunger in US at a 14-years high, par Jason DeParle, New York Times, 16 novembre 2009

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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