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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:06

Quiconque a semé des privilèges doit recueillir des révolutions…

benja.jpgClaude Tillier est un écrivain français du 19è siècle probablement assez peu connu du grand public, il écrivit pourtant un roman qui est passé à la postérité. Mais pour y passer, il dut attendre d’être adapté plus ou moins bien au cinéma par Edouard Molinaro, en 1969. Ce roman s’intitule Mon Oncle Benjamin… Je concède également ne pas connaître Tillier depuis bien longtemps ; bien sûr j’ai moi aussi vu le film de Molinaro à plusieurs reprises et j’en ai apprécié l’ambiance. Beaucoup se sont écriés qu’il ne s’agissait que d’une production paillarde prétexte à mettre en avant ripaille, libation et troussage… Moi j’y ai vu l’âme de Claude Tillier, l’âme d’un homme qui méprisait les privilèges et exécrait ceux qui ne devait leur fortune qu’au fait d’être bien-nés. L’ado anarchiste que j’étais (ndlr et que je suis un peu resté en vieillissant) avait eu envie de lire le roman qui avait inspiré Molinaro. La version originale de Tillier est supérieure au film, évidemment serais-je tenté de dire car il est mal aisé de résumer un bon roman en une heure trente... Mais après cette lecture, Claude Tillier m’était sorti, je le confesse, de l’esprit. Il y est revenu récemment alors que je tombais par hasard, sur le net, sur une de ses pensées qui m’a séduite : «Quiconque a semé des privilèges doit recueillir des révolutions». Cette sentence est extraite de Mon Oncle Benjamin qui reste l’ouvrage de référence de Tillier.

Né à Clamecy, dans la Nièvre, alors que le 19è siècle n’avait qu’un an, Claude Tillier est issu d’un milieu modeste, son père était artisan-serrurier et courrait après le travail mais prédisposé aux études, Tillier obtint une bourse municipale qui lui permit de suivre les cours du lycée de Bourges où il côtoie des élèves issus de la bourgeoisie berruyère. Paradoxalement, c’est de cette bourse qui lui permit de faire des études que naquit son rejet des privilèges et des gens fortunés. Pourquoi lui devait mendier auprès de la municipalité ce droit de faire des études qui était naturel aux bien-nés ? Au terme de ses études, Tillier devint Maître d’étude à Soissons d’abord, à Paris ensuite mais ses positions face aux notables et au nantis le firent renvoyé à chaque fois. Après six années passées dans les rangs militaires, il revient à Clamecy pour occuper un poste d’instituteur. Il écrit, en parallèle, pour le journal local L’Indépendant. Mais une fois encore les écrits dans lesquels il dénonce l’injustice des privilèges lui valent un licenciement de l’école de Clamecy dont il était pourtant, à force de travail, devenu le Directeur.

Alors, puisque c’est la chose qu’il fait le mieux et la seule par laquelle il puisse livrer ses pensées, Claude Tillier écrit ! Ses pamphlets sont d’abord publié dans l’Indépendant avant d’être regroupés et édités sous le titre éponyme. En 1841, Claude Tillier publie son premier roman, Belle Plante et Cornélius qui ne laisse pas, il faut en convenir, un souvenir marquant. Il s’attaque alors à ce roman qu’il veut être celui de sa pensée. Avec Mon Oncle Benjamin, publié en 1843, Tillier entend traduire son rejet des privilèges, son amour de la liberté et de la vie. A travers le personnage de Benjamin Rathery, Tillier transperce… roturier épris de liberté et se considérant l’égal des grands. Claude Tillier n’aura pas le temps d’écrire d’autres pamphlets ou d’autres complaintes car il s’éteignit l’année suivante des suites d’une maladie de poitrine.

Quelques pensées de Claude Tillier

Les valets applaudissent toujours aux orgies des maîtres, quand ceux-ci laissent du vin dans les bouteilles (extrait de Pamphlets)

L'intelligence c'est l'étoffe, l'éducation est la teinture, or quand la teinture est mauvaise, elle gâte l'étoffe (extrait de Pamphlets)

Pourquoi donc, en effet, le riche serait-il plus heureux que le pauvre ? Il ne travaille point ; eh bien ! il n'a pas le plaisir de se reposer (extrait de Mon Oncle Benjamin)

La mort n'est pas seulement la fin de la vie, elle en est le remède (extrait de Mon Oncle Benjamin)

Manger est un besoin de l'estomac ; boire est un besoin de l'âme (extrait de Mon Oncle Benjamin)

Et bien entendu

Quiconque a semé des privilèges doit recueillir des révolutions (extrait de Mon Oncle Benjamin)

 

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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