Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 13:10

Il y a 70 ans, Orson Welles réalisait le chef d’œuvre absolu du cinéma…


citizen_kanePoster.jpgLorsqu'il réalise "Citizen Kane", Orson Welles est un jeune cinéaste débutant, sans renommée et sans expérience. C'est cette absence totale de repères qui va lui permettre de mettre en boite un véritable chef d'œuvre cinématographique rompant avec toutes les traditions établies jusqu'alors par la déjà très puissante industrie du cinéma hollywoodien… Largement inspiré de la vie du magnat de la presse Randolph Hearst, "Citizen Kane" relate une enquête narrée selon une structure morcelée. Kane, magnat de la presse et politicien ambitieux, vient de mourir dans sa somptueuse résidence de Xanadu. Un journaliste cherche à comprendre le sens du dernier mot prononcé par le milliardaire, "Rosebud (bouton de rose). Chacune des personnes qu'il rencontre et questionne - un directeur de journal, un ancien associé et ami de Kane, la deuxième épouse du milliardaire, cantatrice ratée… - lui donne un point de vue différent sur Kane, dont la carrière financière et politique et la vie sentimentale sont ainsi retracées par une suite de flash-back. Mais ces souvenirs et confessions, pas plus d'ailleurs que les Mémoires de Kane, ne livrent au journaliste la clé de l'énigme. Rosebud était le nom du traîneau de Kane enfant, le seul objet qu'il ait réellement aimé, malgré l'immense fortune dont il était possesseur. Les dernières images du film montrent, brûlant dans l'incinérateur de Xanadu avec des objets sans valeur, le fameux traîneau de Kane enfant…

"Citizen Kane" va exercer une influence considérable sur le cinéma. En effet, Welles va briser tous les diktats du genre, utilisant un principe de narration et de flash-back basé sur un jeu de cameras totalement novateur; travellings, angles multiples, prises aériennes et à la grue, contre-plongées,… En outre, Orson Welles impose aux cameramen de plateau l'utilisation d'objectifs spéciaux qui confèrent une profondeur de champs exceptionnelle et qui ajoute encore de l'intensité au scénario.

Et ce scénario est aussi un véritable chef d'œuvre ! Welles entraîne le spectateur dans l'univers des ploutocrates(1) américains des années '30 et '40 qui imaginaient que l'argent peut tout offrir et confère automatiquement un rang dans la société… Avaient-ils tort ? La question reste posée ! La haine que Welles a de la richesse se perçoit très fort dans "Citizen Kane". Le film montre qu'il suffit parfois d'un rien pour détruire l'image de la grandeur liée à l'argent : la maladie, l'amour, et même… la richesse. Oui, dans "Citizen Kane", c'est aussi la richesse de Charles Foster Kane qui nuit à sa grandeur. "Kane pense que la réussite apporte la grandeur" expliquait Orson Welles, "C'est lui qui le pense, pas moi ! Kane arrive à posséder une certaine classe mais jamais de la grandeur…". Welles défend l'idée que la fortune n'offre pas forcément les choses auxquelles on tient le plus, à l'image de Rosebud…

Avec ce film remarquable basé sur un scénario solide et des techniques novatrices, Orson Welles allait s'imposer comme un des maîtres du cinéma. Avec Citizen Kane, Welles a popularisé des techniques qui deviendront récurrentes dans le cinéma : le flash back, la plongée/contre-plongée, la profondeur de champs et la narration. Mais aussi des techniques «futuristes» comme le jeu devant un mur blanc pour permettre l’ajout d’éléments en postproduction (aujourd’hui on jouerait sur fond bleu ou vert) ou encore la séparation d’images. Et pourtant, son aspect anarchique lui vaudra les foudres des pontes hollywoodiens pour qui un film qui sort du canevas de l'époque est forcément un mauvais film… Aujourd'hui, "Citizen Kane" est considéré par l'American Film Institute comme le meilleur film américain de tous les temps ! Il ya 70 ans, Welles mettait en boite le film qui est toujours considéré comme la référence ultime du cinéma…

 

Et pour l’anecdote…

 

Avec Citizen Kane, Orson Welles réalise son premier long métrage jusqu’alors il n’a tourné que des courts-métrages qui n’ont pas été épargné par la critique. Welles ne porte pas les critiques cinématographiques dans son cœur, il affirme que ceux-ci sont incapables de regarder un film correctement et, par conséquent, sont incapables de le comprendre et de le critiquer. Avec Citizen Kane, il va prouver ce qu’il avance… Tout le scénario du film repose sur le mot «Rosebud» prononcé par Charles Foster Kane lorsqu’il rend l’âme. La presse va tenter de savoir ce que signifie cet énigmatique mot et ainsi reconstituer la vie de l’homme d’influence qu’était Charles Foster Kane. Mais, lorsqu’il prononce ce mot, Kane est seul dans sa chambre ! Personne ne peut l’entendre, l’infirmière qui entre dans la pièce n’arrivée, alertée par un bruit, qu’alors que le magnat est mort… Dès lors, comme ce mot, «Rosebud», peut-il intriguer la presse et lancer une grande enquête sur la vie de Kane… puisque personne ne l’a entendu ?

Plusieurs années après la sortie de film, après avoir été encensé, Orson Welles confiera avoir intégré volontairement cette erreur grossière afin de montrer qu’aucun critique ne la verrait et ne dénoncerait l’incohérence sur laquelle repose toute l’histoire… Une preuve que les critiques ne savent pas regarder un film comme l’affirmait Welles !

 
Citizen Kane - Fiche technique

Année de sortie : 1941 (USA), 1946 (France) et 1948 (Belgique)
Durée : 1h59'
Réalisation : Orson Welles
Scénario : Orson Welles et Herman J. Mankiewicz
Acteurs : Orson Welles, Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Agnès Morehead…

A voir, à revoir encore et encore sans aucune restriction !


-----------
(1) personnes dont l'influence provient de la richesse dont ils disposent

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans A découvrir
commenter cet article

commentaires