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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 14:23

Je suis névrosé, et alors ?

 

chiffres.jpgPourquoi sais-je pertinemment bien que 2 + 2 font 4 alors que j’aimerais tant que cela fit parfois 3 ou 5 ? J’aurais pu demander une quelconque assistance afin d’étudier la question mais l’idée de confier ma santé mentale à un psy, qu’il fut psychiatre, psychologue ou psychanalyste, m’effraie au plus haut point. Alors je vis avec cette angoisse existentielle qui m’oblige à accepter que 2 + 2 fassent toujours 4... C’est horrible ! Non pas de vivre avec mais bien que cela fasse toujours 4... M’est avis que cela ne peut que provenir de l’aversion que j’ai pour les chiffres en général. Autant j’adore les lettres autant j’exècre les chiffres. Je n’ai d’ailleurs jamais réussi à comprendre que d’aucuns puissent à ce point apprécier les chiffres... C’est hideux un chiffre, c’est brute, c’est froid, c’est agressif... Que peut-on faire avec des chiffres ? Rien de bien excitant en fait ; on peut comptabiliser le nombre de tués sur les routes ou dans un conflit, calculer la somme que je devrai rendre aux impôts, on peut aussi tenir la comptabilité d’une entreprise ou encore évoquer la distance tant en jour qu’en kilomètres qui me sépare de mon prochain séjour à Barcelone... Tandis qu’avec des lettres on peut écrire une missive romantique ou d’amour passionnée, on peut offrir au monde des chefs d’œuvre littéraires, on peut épeler le prénom de l’être cher, on peut simplement s’exprimer, donner le fond de sa pensée, émettre son avis...

 

Mais c’est un cercle vicieux car, si je hais les chiffres, c’est aussi probablement lié au fait que depuis tout petit l’on m’a inculqué que 2 et 2 faisait 4. Et pourtant, j’ai toujours gardé en mémoire cette prof de math qui prétendait et voulait me faire avaler que les chiffres étaient une science logique. «Quoi que tu fasses» disait-elle «2 + 2 feront toujours 4 comme 100 multipliés par zéro feront toujours zéro... C’est comme cela, c’est logique !». Cela reste à prouver à mes yeux. Je me suis d’ailleurs efforcé de lui démontrer que son assertion n’était pas aussi logique qu’elle en semblait convaincue. Zéro c’est rien, le néant on est bien d’accord sur ce point. «Alors si zéro multiplié par cent donne effectivement zéro, je ne suis pas sûr que, comme vous le prétendez cent multipliés par zéro donnent aussi zéro» lui dis-je avant de lui demander si elle avait 100 francs (à l’époque on parlait toujours en francs) à me prêter. Réticente elle accepta quand même de prêter l’argent puisqu’il s’agissait de faire avancer la cause des mathématiques. Et le raisonnement que je lui soumis fut le suivant... «Zéro multiplié par cent c’est donc bien équivalent à rien multiplié par cent. Ce qui ne peut donner que rien ou zéro... Rien multiplié par rien, multiplié par rien, et cetera... cela donnera toujours rien ! Mais cent multipliés par zéro, donc multiplié par rien, cela reste cent. Si je dépose le billet de 100 francs sur la table et que je le multiplie par rien, le billet reste sur la table. Il reste donc bien 100 et non pas zéro !» ce qui prouve – à moi en tous cas - que les chiffres sont loin d’être logiques comme l’affirmait cette prof de math... Cependant aujourd’hui encore il est, paraît-il, irréfutable que 100 x 0 sont égaux à zéro ; cela m’énerve d’autant plus que mon billet de 100 - qu’il soit en francs ou en euros désormais - multiplié par zéro est toujours, bel et bien sur la table, aujourd’hui encore...

 

Nous vivons dans un monde de chiffres. Code de carte bancaire, code client, digicode, code du téléphone mobile, numéros de dossier médical ou de file d’attente chez le boucher... nous ne sommes plus que des chiffres ! Je repense à Patrick McGoohan qui, dans la mythique série Le Prisonnier disait : «Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre», le pauvre, il déchanterait plus encore aujourd’hui... Ce matin au boulot, dans l’ascenseur, une vieille dame semblait perturbée car elle devait se rendre dans un service qui lui avait été renseigné, à l’accueil, par un étage, un numéro de salle et un numéro de porte griffonnés sur un bout de papier... Complètement perdue qu’elle était lorsque je l’ai renseignée et remise sur le bon chemin ! Son sourire a illuminé mon début de journée... Et si d’aventure vous téléphonez à l’hôpital pour avoir des renseignements, la première chose que l’on vous demandera c’est le numéro de votre dossier. C’est marrant mais moi j’ai plutôt tendance à demander à la personne à laquelle je m’adresse son nom et pas son numéro de carte d’identité... Cela me paraît plus humain, moins con surtout ! Et puis il y a les chiffres du Lotto... Ceux-là ils peuvent rendre quelques personnes heureuses me direz-vous ; d’ailleurs ne les appelle-t-on pas les «chiffres du bonheur» ? Si, et cela signifie donc que si ceux-là sont ceux du bonheur, tous les autres sont bien ceux du malheur !

 

Je ne m’y ferai jamais, je n’aime pas les chiffres, je ne les comprends pas. Sans les chiffres le monde ne pourrait pas tourner rond, entends-je parfois proférer, ils sont primordiaux pour une gestion saine de la société... Parce que vous trouvez qu’il tourne rond le monde ? Parce que vous trouvez qu’elle est saine la société ? Une société qui présente 20% d’analphabétisme, des gens qui n’ont pas les moyens de se loger, de se nourrir, de se soigner... d’avoir une vie simplement alors que d’autres thésaurise des sommes que la décence recommande de ne pas prononcer est tout sauf une société saine et bien gérée. Et au plus la société reposera sur des chiffres au plus la dualité qui existe entre les riches et les pauvres se creusera.

 

Une phobie est, paraît-il une angoisse, une forme pathologique de l’anxiété qui peut aller jusqu'à la névrose... Alors, je suis névrosé car je souffre d’un rejet pathologique de tout ce qui est chiffre. Cela s’appelle l’arithmophobie... Ceci dit, finalement, je vis très bien avec !

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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