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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 14:15

Pourquoi vouloir conserver les pièces d’un et 2 cents ?


cent.jpgA l’aube de l’été, Visé, ma commune, et Waregem devenaient villes-test pour un projet pilote de suppression des pièces d’un et deux cents. Depuis le passage à l’euro, ces pièces suscitent le débat, certains sont pour leur suppression pure et simple parce qu’elles posent plus de problèmes qu’elles n’ont d’utilité ; d’autres prônent leur maintien car, après tout, de l’argent c’est de l’argent et les piécettes ont aussi de la valeur. Et puis, ajoutent-ils, si on le supprime, ce sera au désavantage du consommateur, du payeur… Clairement, je me positionne pour la suppression des pièces d’un et deux centimes ! Et l’expérience en court dans ma commune me renforce dans ce sentiment… Beaucoup de commerçants se plaignent de la manipulation des piécettes brunes qui engendrent, selon eux, des files aux caisses et donc le mécontentement de certains clients. Il y a là comme un paradoxe, non ? D’un côté le client est mécontent parce que la manipulation des piécettes entraîne la formation de files mais leur retrait se ferait au détriment de ces mêmes clients mécontents… Cet argument n’a pas réellement de fondement pour moi. Par contre, lorsqu’il s’agit de compter sa caisse en fin de journée cela peut prendre une toute autre importance. Avec des pièces de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 cents ainsi que des pièces de 1 et 2 euros cela fait donc 8 catégories de pièces à compter. A la fin du franc belge – soit les 20 dernières années de sa circulation – il y a avait cinq catégories de pièces (50 centimes, 1, 5, 20 et 50 francs) soit nettement moins de pièces à recompter le soir. Dans le cas de grosses entreprises qui acceptent le paiement en liquide, comme un hôpital, une grande surface ou une gare par exemple, cette surcharge de pièces entraîne immanquablement un excédent de boulot en fin de journée…

Deux expériences étrangères nous apprennent que l’absence des pièces de un et deux cents n’a engendré aucun souci. La Finlande, d’abord, qui n’a jamais frappé ces pièces depuis son passage à l’Euro. L’arrondi s’est mis en place de façon naturelle et sans heurt pour toutes les transactions en espèces. Aux Pays-Bas, ensuite, où une expérience pilote comme celle menée à Visé et à Waregem a eu lieu en 2004 ; elle a débouché, quelques mois plus tard, sur le retrait définitif des pièces d’un et deux cents. Des analyses financières menées depuis chez nos voisins ont montré que ce retrait na eu aucune influence sur les prix et donc sur le porte-monnaie des Hollandais…


Revenons donc sur les deux arguments des partisans du maintien des pièces de 1 et 2 cents : le détriment fait aux consommateurs et la valeur intrinsèque de ces pièces. Le principe de l’arrondi(1) entraîne un avantage tantôt pour le client tantôt pour le commerçant et débouche au final sur un équilibre avéré. L’expérience hollandaise l’a démontré à souhait. Mais pour les plus sceptiques, je me suis livré à une petite expérience en achetant, dans une grande surface – le Carrefour de Herstal pour ne pas la nommer – un panier rempli de douze produits de consommation courante et normale, des produits que l’on peut trouver chez moi, et j’ai comparé le prix en pratiquant l’arrondi. Voici ce que cela donne :
- 1 litre de lait marque générique de la grande surface : 1,17€ si arrondi = 1,15€
- 1 pain de seigle millénaire : 1.49€ si arrondi = 1,50€
- 1 plaquette de 250gr de beurre marque générique : 1,46 si arrondi = 1,45€
- 2 oranges : 1,41€ si arrondi = 1,40€
- 500 gr de filet pur porc : 5,22€ si arrondi = 5,20€
- 1 sac de 5kg de pommes de terre : 2,29€ si arrondi = 2,30€
- 1 kg de tomates : 1,09€ si arrondi = 1,10€
- 485gr de raisin blanc en promo : 0,96€ si arrondi = 0,95€
- 1 sixpack de crème Danette à la vanille : 1,43€ si arrondi = 1,45€
- 5 tranches de jambon emballé marque générique : 2,89€ si arrondi = 2,90€
- 1 paquet de dosettes de Café Liégeois : 1,89€ si arrondi = 1,90€
- 1 paquet de 500 gr de spaghetti marque générique : 1,18€ si arrondi = 1,20€

Soit un coût total de 22,48€ pour mon panier «normal» et un coût arrondi à … 22,50€ pour le même panier ! Deux centimes de différence, et encore, il s’agit là d’un arrondi sur chaque article du panier. On peut pratiquer l’arrondi sur la somme finale. Dans le cas présent, l’arrondi serait à la somme finale tomberait aussi à 22,50€ mais dans le cas d’un achat, par exemple, de quatre pains de seigle millénaires on arriverait à 4 x 1,49€ soit 5,96€ qui seraient arrondis à 5,95€ donc à l’avantage du client. Clairement l’expérience pratique des Pays-Bas démontrer que la suppression des pièces de un et deux cents et la pratique de l’arrondi n’ont eu aucun impact sur le pouvoir d’achat des consommateurs mais que cela à facilité la vie des commerçants et administrations.

Quant au second argument, celui de la valeur intrinsèque des pièces, il est totalement caduc ! En effet, l’Union des Classes Moyennes (UCM) nous apprend que le coût total de la fabrication d’une pièce d’un centime est de… 1,81 centimes(2), soit presque deux fois sa valeur intrinsèque ! Toujours selon cette même source, on a frappé, en 2007, 60 millions de pièces d’un centimes (une valeur donc de 600.000 euros) pour un coût total de 1.086.000 euros. Quel gaspillage d’argent ! Il en va de même pour les pièces de 2 cents… Et le pire dans cette histoire c’est que l’on doit frapper annuellement plusieurs millions de ces pièces car elles ne circulent pas. On les laisse traîner dans des poches, on le jette dans les fontaines et les canaux où on les stocke dans des ersatz de tirelire qui dorment dans des armoires ou au grenier…

Les pièces de un et deux cents coûtent très cher, elles ennuient les commerçants et les administrations et leur disparition n’entraînerait aucun effet sur notre pouvoir d’achat… Quelle raison reste-t-il donc de ne pas les supprimer ?

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(1) pour rappel : s'il se termine par 1 ou 2, l'arrondi se fait vers le bas à 0. S'il se termine par 3 ou 4, arrondi vers le haut à 5. Par 6 ou 7, arrondi vers le bas à 5. Par 8 ou 9, arrondi vers le haut à 0. Donc : 1,21€ deviennent 1,20€ ; 3,38€ deviennent 3,40€ ; 3,36€ deviennent 3,35€…
(2) in La vie sans pièces brunes : 2 mois après par Marc Bechet, La Libre Belgique du 18 août 2008.

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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