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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 10:08

Un Belge sur cinq renonce à aller chez le médecin lorsqu'il est malade ! Et cela ne risque pas d'aller mieux...

sante.jpgLa Belgique est connue pour sa grande accessibilité aux soins de santé, les mutuelles absorbant une très grande partie des frais. Par ailleurs, nous savons par différentes études que trois quarts des Belges sont satisfaits du système de soins de santé en place. Bref, on serait en droit de croire que la Belgique est un pays de cocagne pour ses malades, ce serait totalement vrai si 20% des Belges ne devaient, malgré tout, pas renoncer à se rendre chez un médecin lorsqu'ils sont malades. Une étude internationale récente de Deloitte montre que, dans notre pays, une personne sur cinq renonce à une visite chez le médecin en cas de maladie. C'est effarant car cela place la Belgique en seconde position de ce "classement négatif" juste derrière les Etats-Unis où l'on sait pourtant que l'accessibilité aux soins est encore fortement limitée malgré la réforme mise en place par Obama. L'étude Deloitte confirme la confiance du Belge dans les médecins (75% de satisfaction) et dans les hôpitaux (68% de satisfaction) mais avoir confiance ne signifie pas que l'on puisse se permettre. Car, si les mutuelles remboursent tout ou partie des soins de santé, il faut garder à l'esprit que tous les soins de santé n'intègrent pas la nomenclature, c'est à dire la liste officielle des soins remboursés. Par ailleurs, il faut souvent avancer la coût d'une consultation ou d'un soin avant de retoucher, si l'on ajoute encore que l'on constate que de plus en plus de personnes ne sont pas en ordre de mutuelle (cotisations payées et/ou documents à jour), la proportion de Belges qui a des difficultés à se soigner part à la hausse. Les médecins posent également le constat que de plus en plus de patients postposent, faute de moyens, une opération ou se renseignent pour savoir si cette opération est vraiment nécessaire(1). Enfin, au niveau pharmaceutique aussi la difficulté de faire face se fait sentir, ce sont désormais 42% des Belges qui utilisent des médicaments génériques, moins chers. Pour les ménages belges qui vivent au-dessus du seuil de la pauvreté, la dépense moyenne pour les soins de santé équivaut à 4,6% du budget global(2). Pour ceux qui vivent sous le seuil de la pauvreté, on grimpe à 5% du buget. Cela signifie que les plus pauvres ont, non seulement, moins d'argent à consacrer à la santé mais que ces dépenses santé grevent davantage un budget global plus étriqué. Selon une enquête menée par le Service Public Fédéral de la Santé, en 2007(2), un ménage belge vivant sous le seuil de la pauvreté(3) dépense chaque année 20.017€ par an (soit 1668€ par mois) pour couvrir ses frais alimentaires, d'énergie, de location ou de remboursement de prêt immobilier, de transport, d'habillement, de loisirs etc. Un ménage au dessus du seuil dépense annuellement 33.711€ (soit 2809 € par mois) pour ces mêmes frais. La différence entre ces ceux ménages est donc de 1141€ par mois; pour sa santé, le ménage au-dessus du seuil de pauvreté dépense ± 129€ chaque mois tandis que le ménage sous le seuil ne peut dépenser que 83,40€. Mais proportionnellent, cette dépense greve davantage le budget de la famille la plus pauvre...

Et cela risque de ne pas s'arranger avec l'austérité qui est promise au niveau des soins de santé par le nouveau gouvernement ! Ce sont, en effet, 2,3 milliards d'euros qu'il faut économiser sur le budget général des soins de santé. Pour 2012, ce budget fédéral important passe de 27,9 milliards à 25,6 milliards... Une réduction drastique qu'il faudra amortir dans tous les secteurs des soins de santé :

- au niveau du financement des hôpitaux qui, pour compenser, risque de répercuter cette perte financière fédérale sur les prestations à facturer aux patients;
- au niveau des remboursements des soins et des médicaments pour lesquels le ticket modérateur(4) sera augmenté;
- au niveau des honoraires de prestations des médecins hospitaliers qui seront sérieusement rabotés, ce qui risque d'entraîner un afflux de médecins spécialistes qui consulteront en privé, en dehors de la structure hospitalière, de façon non-régulée et donc avec des honoraires plus élevés.

Bref, la politique d'austérité dans les soins de santé risque fort de limiter encore un peu plus l'accès aux soins de santé à ceux qui devaient s'en passer faute de moyens mais aussi à ceux qui avaient encore les moyens de voir le médecin et qui ne les auront plus forcément si le ticket modérateur augmente ou si les soins sont plus chers...

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(1) Malade, un Belge sur cinq ne vas pas chez le médecin, par P.M., in La Meuse, 6 décembre 2011.
(2) Source : www.luttepauvrete.be, consulté ce 7 décembre 2011
(3) En Belgique, le seuil de la pauvreté est de 973€ par mois. Il est fixé à 60% du salaire moyen annuel, soit 60% de 19.464€ = 11.678€ c'est à dire un revenu mensuel de 973€ (11.678/12) par personne. Grosso modo, pour un ménage moyen( deux adultes et deux enfants), le seuil de la pauvreté s'établit sous les 2000€ mensuels.
(4) pour rappel, le ticket modérateur est la partie qui reste à charge du patient après remboursement de la mutuelle

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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