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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 11:13

Les plus grands artistes de la chanson se sont essayés au chant de Noël...

christmas-songs.jpgOn l'appelle Christmas Carol en Angleterre, Villancico en Espagne, Koliadki en Russie, Pastorali ou Canti Natalizi en Italie, Weihnachtslieder en Allemagne... le chant de Noël est une des traditions incontournables de cette période de l'année, au même titre que le sapin, les boules, la bûche ou les bougies... Selon la tradition catholique, les premiers chants de Noël auraient été chantés par des anges, au dessus de la grange pour saluer la naissance de l'enfant-Jésus. Plus prosaïquement, ces chants spécifiques sont apparus au 16è siècle, en Allemagne avec une première version de Ô Tannenbaum écrite vers 1550 qui sera modifiée et adaptée par le compositeur baroque Melchior Franck, quelques décennies plus tard; en Angleterre avec We wish you a Merry Christmas et en France avec Entre le boeuf et l'âne gris. On note déjà une forte dissonance entre ces chants pionniers, l'un - le français - étant franchement chrétien, les deux autre étant totalement profanes, voire paiens. Car cette dualité quasi manichéenne marque effectivement le chant de Noël ! Il est autant paien que religieux... S'il est apparu au 16è siècle, c'est surtout entre le 17è et le 19è siècle que le chant de Noël s'est développé avec, notamment le Stille Nacht de l'Autrichien Joseph Morh, qui fut imaginé comme pendant religieux de Ô Tannenbaum et qui fut chanté pour la première fois le soir de Noël 1818, dans l'Eglise Sankt-Niklaus d'Obendorf bei Salzburg. Stille Nacht deviendra rapidement le chant de Noël religieux de la tradition allemande. Les anges dans nos campagnes (Gloria, in excelsis Deo), Venez divin Messie (± 1720), La Marche des Rois (1763), Minuit, Chrétiens (1843), Il est né le divin enfant (1874) alimenteront la tradition chrétienne alors que Oh, how Joyfully (1816), Jingle Bells (1857) ou Away in a manger (1885) viennent grossir les partitions de Noël profanes.

Au 20è siècle, entre les deux guerres, alors que la fête de Noël tend à se commercialiser, il est de bon ton pour certains chanteurs américains de sacrifier à la chanson de Noël. Santa Claus is coming to town (1934) est composée par John Frederick Coots; Rudolph, the red-nosed Reindeer (1939) est écrite par Johnny Marks pour Gene Autry tandis que I heard the bells on Christmas Day (1940) permet à Bing Crosby de s'approprier le chant de Noël, une appropriation qui sera plus poignante encore l'année suivante avec le fameux White Christmas qui sera repris par toutes les grandes voix anglo-saxonnes, de Frank Sinatra à Elvis Presley en passant par Carl Perkins, Johnny Cash, Ella Fitzgerald, Ringo Starr, Michael Bublé ou même Billy Idol et Lady Gaga...  Let it snow, let it snow, let it snow (1945) interprétée par Vaugh Monroe connaitra une destinée semblable, elle sera popularisée par Frank Sinatra cinq ans après la création originale de Monroe avant d'être reprise pas Dean Martin, Smokey Robinson, Doris Day, Rod Stewart ou Michael Bublé encore. Dans le même temps, l'actrice Judy Garland popularise, dans le film Meet me in St-Louis, la chanson Have yourself a Merry Little Christmas (1944). Vers la fin des années '50, le rock s'empare à son tour de Noël; Jingle Bells Rock (1957, Bobby Helms) et Rockin' around the Christmas Tree (1958, Johnny Marks) sont les premiers vrais rocks de Noël. On retrouvera, par la suite, de nombreux rockers sur ce thème... 

En France, si l'on trouve quelques chansons de Noël commerciales avant la deuxième guerre mondiale, il faudra réellement attendre la seconde moitié des années '40 pour que le genre se développe. C'est Tino Rossi avec son désormais mythique Petit Papa Noël (1948) qui ouvrit la voie. Brassens (Le Père Noël et la Petite Fille), Aznavour (Noël à Paris), Barbara (Joyeux Noël), Dalida, Eddy Mitchell ou Céline Dion qui interprèteront des versions françaises de White Christmas, Jacques Dutronc (La fille du Père Noël), Johnny Haliday (Mon plus beau Noël), Charles Trénet (La plus belle nuit) et bien d'autres encore s'y engouffreront... même l'imposant François Hadji-Lazaro, chantre du rock alternatif français et cheville ouvrière des Garçons Bouchers, que l'on attendait pas forcément sur ce terrain, écrira sa Lettre à Papa Noël en chanson.

C'est aussi une constante des chansons de Noël que d'avoir attiré des artistes divers et variés. Des punks y ont même sacrifés : The Pogues (Fairytale of New York ,1987, qui fut même la chanson de Noël la plus diffusée aux Etats-Unis en 2011), The Ramones (Merry Christmas), Green Day (Punk Chrismas) ou Sex Pistols (une version édifiante de Jingle Bells) ont chanté Noël... D'accord, ces versions étaient clairement anti-Noël mais, par définition, un chant qui évoque la Noël est un chant de Noël ! D'autres, à l'image de John Lennon, se sont emparés de Noël pour diffuser un message de paix bien plus en harmonie avec l'essence de cette commémoration. Happy X-mas - The War is over sort en décembre 1971 et est un véritable plaidoyer contre la guerre au Vietnam. Jona Lewie avec son plus gros succès, Stop the Cavalry (1980), est plus ou moins dans la même veine, sa chanson évoque le Noël des militaires dans les tranchées de Crimée... Les compères de Lennon,  Ringo Starr et George Harrison, ont également chanté Christmas, dès lors il n'était que logique que Paul McCartney propose à son tour un Wonderful Christmas Time (1979).

Trois histoires de chansons de Noël

Chris Rea, Midge Ure, George Michael, Mariah Carrey, Bob Geldof, Cliff Richard, Shakin' Stevens, Elton John, Coldplay, Bono, Queen, Slade, Louis Armstrong, Mahalia Jackson, Bruce Springsteen, Michael Jackson, Slade, Chuck Berry... impossible d'évoquer tous les grands de la musique qui ont accroché Noël à leur répertoire que ce soit par des créations ou des reprises. Pour conclure cette litanie, attardons-nous sur trois chansons de Noël récentes qui ont marqué les esprits.

Do they know it's Christmas ? (Band Aid, à l'initiative de Bob Geldof)

La chanson de Noël la plus vendue dans le monde :  sept millions de 45 tours dont la moitié rien qu'en Angleterre ! En 1984, la famine en Ethiopie atteint un seuil critique. Bob Geldof, imagine alors d'utiliser la magie commerciale de Noël pour lever de fonds destinés à lutter contre cette famine éthiopienne. Il compose, avec Midge Ure, le leader du groupe Ultravox, rapidement cette chanson et, afin de toucher un public le plus large possible, réunit de nombreux chanteurs anglais de tous les styles. Ainsi, le 25 novembre 1984, à l'aube le gratin de la pop et du rock anglais se retrouve au Sarm West Studio, à Notting Hill (Londres), gracieusement mis à disposition pour l'occasion. Une cinquantaine de chanteurs parmi lesquels Bono et Adam Clayton (U2), Sting, Phil Collins, Paul Young, Simon LeBon et Roger Taylor* (Duran Duran), Martin et Gary Kemp (Spandau Ballet), Paul Weller (The Style Council), Siobhan Fahey (Bananarama), Francis Rossi (Status Quo), John Moss et Boy George (Culture Club), David Bowie, Paul McCartney, Holly Johnson (Frankie Goes To Hollywood) et, bien entendu, Bob Geldof et Midge Ure. Le succès est au rendez-vous; le disque sort le 28 novembre et en moins d'une semaine est vendu à plus d'un millions d'exemplaires. Les Anglais s'offrent en masse Do they know it's Christmas pour Noël. Le succès est tel que Band Aid se produit en concert à Wembley et à Philadelphie en 1985. Au total, Bob Geldof récoltera un peu plus de 70 millions de dollars que seront reversés à des associations luttant contre la famine en Ethiopie. Le succès de Band Aid inspirera Renaud et Valérie Lagrange qui imagineront, en 1985, Les Chanteurs sans Frontières et la chanson SOS Ethiopie qui rapporta également 23 millions de francs français (ndlr ± 3,5 millions d'euros) pour la même cause. Michael Jackson et Harry Belafonte lanceront à leur tour, en janvier 1985, un projet similaire, USA for Africa avec la fabuleuse chanson We are the World qui est le disque humanitaire le plus prolifique jamais enregistré (100 millions de dollars de bénéfices)... Mais c'est bel et bien la chanson humanitaire de Noël imaginée par Bob Geldof qui fut le détonateur de cette vague de soutien artistique occidentale à l'Afrique... Un vrai petit miracle de Noël !


Happy X-Mas - War is Over (John Lennon & Yoko Ono)

1971, John Lennon a quitté les Beatles depuis quelques mois pour se tourner davantage vers les chansons pacifistes. Il vient de sortir Give Peace a chance (1969) et le fabuleux Imagine (1971) lorsque l'idée de faire une chanson de Noël lui traverse l'esprit. En 1969, Lennon et son épouse Yoko Ono ont mis en place une campagne publicitaire contre la guerre au Vietnam; ils souhaitent un Joyeux Noël aux soldats américains basés au Vietnam en leur disant La guerre est fini (si vous le voulez) !  - War is over (if you want it) ! -  La chanson est rapidement écrite et composée, un peu trop rapidement même... Bâclée diront certains ! Toujours est-il que sa sortie, le 1er décembre 1971, sur tout le territoire américain passe totalement inaperçue. Le titre ne décolle pas, Happy X-Mas n'entre pas des les hit-parades américains... Pire, à cause d'un différend bassement commercial entre les producteurs américains et anglais, la chanson ne sort pas au Royaume-Uni au grand dam de Lennon. En janvier, il est trop tard; sortir une chanson de Noël après la Noël ,n'a aucun intérêt ! Happy X-Mas - The War is over sortira donc seulement en décembre 1972 en Angleterre et en Europe. Le succès est au rendez-vous de cette seconde sortie, la chanson se classe quatrième dans les charts anglais du mois de décembre. La Christmas Song de John Lennon rejoindra la postérité en décembre 1980, dès le lendemain de l'assassinat de John par Mark David Chapman, à New York... Happy X-Mas - War is over est aujourd'hui devenu un chant de Noël classique en raison du message pacifiste qu'elle véhicule et qui porte des valeurs propres à l'esprit de Noël, celle du cessez-le-feu, notamment...


Please, come home for Christmas (Charles Brown)

On l'a vu, certains chants de Noël sont devenus des standards que reprennent inlassablement les plus grandes voix. Silent Night, White Christmas ou Let it Snow en sont de beaux exemples. Lorsqu'il écrit Please, come home for Christmas, le bluesman Charles Brown - à qui l'on doit les tubes My baby's gone, Homesick Blues et Drifting Blues, véritables classiques du genre - n'imagine pas un instant que sa chanson connaitra un pareil destin. Ce qu'il pensait n'être qu'une petite contribution aux chansons de Noël va dépasser ses attentes. D'abord, Please, come home for Christmas se classe dans les hits-parades américains onze années successives, de 1961 à 1972. Elle est relayée par BB King, le monstre sacré du blues, qui l'ajoute à son répertoire. En 1978, le groupe californien Eagles se la réapproprie et lui redonne une seconde jeunesse, plus rock que blues... La chanson de Brown sera reprise par plus de cinquantes chanteurs ou groupes différents parmi lesquels James Brown, Willie Nelson, The Platters, Aaron Neville Luther Vandross, Harry Conick Jr ou Bon Jovi


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* qui n'a rien à voir avec le Roger Taylor du groupe Queen !

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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