Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 16:32

Considéré comme l'un des plus grands artistes du 20è siècle, Antoni Tapiès est mort à Barcelone le 6 février dernier...

tapies.jpgL'information est passée quasiment inaperçue, Antoni Tapiès I Puig est mort voici quelques jours. Il s'agissait pourtant d'un artiste incontournable du siècle passé. Dadaïste, abstractionniste et chantre de l'Arte Povera (l'Art Pauvre), il fut exposé à New York, Paris, Londres, Washington, Tokyo, Madrid, Venise et Barcelone (évidemment) pour ne citer que quelques-unes des villes d'art dans lesquelles Tapiès laissa son empreinte. L'occasion est belle de revenir sur le parcours de cet artiste majeur. Fils de la bourgeoisie catalane, Tapiès était né à Barcelone le 12 décembre 1923 alors que l'Espagne s'installait dans la dictature monarchiste de Miguel Primo de Rivera. Fils d'avocat, il est contraint par son père de suivre la vocation familiale et, malgré un talent indéniable pour le dessin et la peinture, il s'engage dans un cursus de droit. Adolescent, il est victime d'une infection pulmonaire qui lui impose une longue convalescence pendant laquelle il développe sa technique de dessin. Il en profite aussi pour étudier la philosophie et le romantisme. La Guerre Civile espagnole (1936-1939) le marque pronfondément; Barcelone, sa ville, paye un lourd tribut à ce conflit fratricide. Tapiès découvre les instincts les plus vils de ses semblables. En parallèle à ses études de droits, il entre à l'Académie Valls où il perfectionne encore ses techniques artistiques. Nanti du précieux sésame juridique que lui avait imposé son père, Antoni Tapiès décide, en 1946, de se consacrer uniquement à la peinture. Il commence par peindre des reproductions d'oeuvres de Picasso et de Van Gogh avant de créer, en 1948 avec le poète Joan Brossa, le peintre Joan Ponç et le philosophe Arnau Puig, le groupe artistique Dau al Set (Les Dés sur Sept) proche du Dadaïsme. La revue éponyme voit rapidement le jour et s'impose dans les milieux surréalistes catalans. En 1949, une double rencontre va marquer la carrière de Tapiès; Paul Klee et Joan Miro exercent une influence indéniable sur le jeune peintre barcelonais.

1952, la 26è Biennale de Venise fait de Tapiès l'un de ses invités d'honneur, c'est le début de la reconnaissance internationale qui mènera l'artiste jusqu'au Etats-Unis où il expose à la Martha Jackson Gallery et dans d'autres endroits prestigieux. Tapiès s'initie à la sculpture et devient le théoricien de l'art catalan. Il fait d'ailleurs référence en la matière jusqu'à son décès. Antoni Tapiès est le premier a intégrer des matériaux dits pauvres (chiffons, sables, corde , goudron, morceaux vêtements...) à ses peintures, cette attitude donnera naissance à l'Arte Povera, en Italie en 1967. S'il n'est pas associé directement à la naissance de ce mouvement, Antoni Tapiès a fortement inspiré l'Arte Povera. Il traverse les courants artistiques prenant, ça et là, quelques éléménts du Pop-Art ou d'autres courants pour les intégrer à ses oeuvres.

A l'aube des années '80 Tapiès est mandaté par la Ville de Barcelone pour donner une nouvelle vie à la prestigieuse Casa Montaner I Simon (imaginée par Lluis Domenech I Montaner, l'autre grand architecte barcelonais avec Antoni Gaudi) dans le quartier de Gracia, non loin de la Casa Battlo. S'il conserve la façade de cette superbe maison bourgeoise, il y ajoute une sculpture monumentale faite de tubes d'aluminium et d'une toile d'acier qui représente des nimbes desquelles surgit un siège flottant dans les airs. Cette oeuvre est baptisée Nuages et Chaise et s'intègre parfaitement à la structure du bâtiment. La Maison Montaner I Simon deviendra, en 1984, la Fondation Tapiès dont l'objet est de favoriser l'étude et la compréhension de l'art contemporain.  L'oeuvre de Tapiès est marquée par sa passion pour les lacérations, il qualifie d'ailleurs ses réalisations de "champs de bataille où les blessures se multiplient à l'infini". Tapiès reproduit sur la grande majorité de ses oeuvres des éléments graphiques qui constituent une espèce de fil rouge de sa production artistique et qui créent un univers unique reposant sur un imaginaire ouvert dans lequel le spectateur projette sa propre vision. A l'opposé des peintres de la Renaissance qui définissaient leurs tableaux comme des fenêtres ouvertes par lesquelles on avait une vue sur le monde, Tapiès définit les siennes comme des murs sur lesquels sont peints des éléments dont le sujet principal se trouvera tantôt sur la toile tantôt dans l'esprit de celui qui la regarde... Fortement inspiré par l'oeuvre de Léonard de Vinci qu'il a étudié en profondeur, Tapiès aura fréquemment recours au fameux sfumato du Maître italien afin de donner de la profondeur à ses oeuvres.

Antoni Tapiès était également l'auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la pratique des arts, sur l'esthétisme dans l'art ou sur la réalité dans l'art. Aujourd'hui, ses oeuvres font parties des collections publiques du Musée Reine Sofia de Madrid, du Musée d'Art Contemporain de Los Angeles, de la Allbright-Knox Art Gallery de New York, du Stedelijk Museum d'Amsterdam ou de la Waddington Gallery de Londres et, bien entendu, de la Fondation Tapiès à Barcelone... Volontiers provocateur, diffuseur de messages politiques à travers ses oeuvres et anti-esthétique par nature, Antoni Tapiès était un artiste majeur incontournable de la seconde moitié du 20è siècle...

"Si je ne peux pas changer le monde, je désire au moins changer la manière dont les gens le regardent"
Antoni Tapiès

Partager cet article

Repost 0

commentaires