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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 13:16

C’est un grand nom de l’humour français qui s’en est allé avant-hier, à quelques encablures de son 90è anniversaire qu’il aurait fêté aujourd’hui. Pierre Doris est mort d’un cancer du foie…

Doris.jpgCela fait plusieurs semaines que j’avais pointé ce 29 octobre à mon agenda afin d’écrire un article sur Pierre Doris en ce jour anniversaire. Le destin ne me contraindra pas à renoncer à cette idée, tout au plus à l’adapter à la cruelle actualité qui nous a enlevé cet homme à l’humour noir et fin. Doris se faisait discret, l’âge aidant, depuis une dizaine d’années d’autant plus que la maladie était venue sournoisement se greffer aux ans. Ce n’est que sur le tard que j’ai découvert Pierre Doris ; redécouvert devrais-je dire car comme tout le monde je l’avais vu dans des comédies franchouillardes sans grande saveur, véritable activité nourricière pour cet homme à l’immense appétit. Mais Pierre Doris c’était bien plus que l’homme d’affaires aux mœurs dissolues d’On n’est pas sorti de l’auberge ou le spectateur attentif d’un film pornographique dans Si vous n’aimez pas ça, n’en dégouttez pas les autres… Non, Pierre Doris c’était un homme de théâtre, qui servit les plus grands auteurs, comme George Bernard Shaw, Beaumarchais, Eugène Ionesco ou Robert Thomas, et qui fut mis en scène par des gens reconnus tels que Jean Piat, Raymond Gérôme ou Julien Vartet. C’était aussi un homme de cinéma qui tourna – souvent des seconds rôles il est vrai – avec les réalisateurs parmi les plus célèbres de France comme Claude Zidi, Marc Allégret, Jean Girault ou Robert Dhéry.

Mais avant tout, Pierre Doris était un homme de cabaret, de scène. Il avait débuté sa carrière à la fin des années cinquante et avait construit un répertoire plutôt avant-gardiste. Il avait influencé quelques-uns des chansonniers et des humoristes les plus doués du répertoire français comme Jean Yanne, Jacques Maillot ou, surtout, Coluche, qui reprendra à son compte plusieurs pensées de Doris, et Pierre Desproges dont il fut, avec son humour noir, acide et rempli de bons mots, le précurseur. C’est sur le tard disé-je avant d’être interrompu par moi-même et mes digressions théâtro-cinématographiques, que j’ai redécouvert Pierre Doris. Ce fut par le biais d’un autre Pierre, Desproges qui, je le concède, a influencé mes envies et mes passions. J’ai en mémoire une chronique que Desproges écrivit sur Doris qui, selon lui, était par trop méconnu. C’est cette chronique qui m’avait donné l’envie de pousser plus avant ma maigre – est-ce le bon mot dans le cas de Pierre Doris ? – connaissance de Doris. Et c’est là que j’ai pris conscience de l’immense talent de cet homme qui était avant toute chose un maître de la langue française qu’il maniait avec la précision d’un orfèvre. Doris jouait sur les mots comme personne, mieux encore que ne le fît Raymond Devos. Et puis il avait un humour noir à souhait, noir comme je l’aime…

Quelques pensées dorissiennes…

Plus encore que de m’étendre sur le talent de l’homme qu’était Pierre Doris, il m’apparait opportun de laisser ici quelques-unes de ses pensées. En voici une rafale loin d’être exhaustive :

L’homme propose, Dieu dispose, la femme s’interpose

Entre le premier cri et le dernier râle, il n’y a qu’une suite de mots sans importance

Ma femme est tellement paresseuse qu'elle ne fait même pas son âge

J'ai fait hier un gala dans une maison de retraite, j'ai eu un mal fou à les dérider

Faire l'amour passe le temps mais le temps fait passer l'amour

J'ai découvert un homme dans le lit de ma femme. Comment, lui ai-je dit, vous couchez avec ma femme ? Et pourtant, vous n'y êtes pas obligé

On ne peut pas être et avoir été ! Ce n'est pas tout à fait vrai... J'ai connu des mecs cons qui le sont toujours (celle-là, je l’adore et je la ressers à chaque fois que j’entends la sempiternelle phrase «On ne peut pas être et avoir été»…

J’ai un copain qui a une situation formidable. Il a cinq mille personnes en dessous de lui ! Il tond le gazon dans un cimetière...

La tolérance, c'est quand on connaît des cons et qu'on ne dit pas leur nom

On dit que la jeunesse ne croit plus à rien. Quelle tristesse ! Et si un jour le Père Noël ne croyait plus aux enfants ?

Je viens de faire le premier pas dans la voie du divorce ; je viens de me fiancer

et pour conclure, une pensée de saison :
Les morts ont de la chance, ils ne voient leur famille qu’une seule fois l’an, à Toussaint

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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