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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 10:32

Par une belle après-midi du mois de juin 1986, au retour d'une balade à moto, Coluche mourrait après avoir percuté un camion. C'est l'histoire d'un mec qui avait du talent mais aussi du cœur !


coluche.jpgIl fait chaud cette après-midi du 19 juin 1986. Les diverses radios de l'Hexagone reprennent la même information : Coluche est mort ! Un accident de moto… dans le sud de la France.
"Putain, c'est trop con ce putain d'camion,
Mais qu'est qu'il foutait là…
Putain de vie d'merde, t'as roulé dans l'herbe
Et nous tu nous plantes là…
J'espère, au moins qu'là-haut,
Y a beaucoup moins d'salauds…
"(1)


Coluche était né Michel Gérard (tiens donc…) Colucci, le 28 octobre 1944. Au terme d'une enfance et d'une adolescence malaisée - son père est mort alors que Coluche était minot -, dans la cité ouvrière "Solidarité" de Montrouge, Coluche se jette rapidement dans le monde du travail car le seul salaire de sa maman ne permet pas de faire vivre toute la famille (Coluche à une sœur, Danielle). Tour à tour, il sera télégraphiste aux Poste et Télégraphe, garçon de café, apprenti-fleuriste, marchand de légumes et manutentionnaire en usine. Le soir, après sa journée de travail, Michel traîne du côté de la Contrescarpe, dans le 5è arrondissement de Paris, où se retrouvent les musiciens amateurs. Il apprend quelques notes de musique et se procure une guitare. Aussitôt, il franchit la barrière qui le sépare de la vie d'artiste. Il commence à chanter dans les bars et les restaurants parisiens, notamment "Au Vieux Bistrot" sur l'Ile de la Cité. Son répertoire est composé de chansons d'Aristide Bruant, de Boris Vian, de Bobby Lapointe, de Léo Ferré… Ses potes commence à le surnommer Coluche.

Fin des années '60, il rencontre Romain Bouteille. Pour l'anecdote, Coluche passe au travers des événements de Mai '68. Il ne se sent pas concerné, pour tout dire… il s'en fout ! En 1970, il fonde, avec Bouteille, Dewaere, Miou-Miou et Sotha le "Café de la Gare" où se produira une kyrielle d'artistes en devenir. L'année suivante, Coluche se lance avec des amis dans l'aventure du "Vrai Chic Parisien", un cabaret qui ne durera que le temps de trois spectacles. Coluche décide alors de faire cavalier seul ! En 1970, il goûte pour la première fois au cinéma dans "Le Pistonné", de Claude Berri, avec Guy Bedos. Jusqu'en 1974, Coluche court le cacheton avec plus ou moins de bonheur… Au mois de mars de cette même année, il se produit au "Caf'Conc'" avec un spectacle intitulé "Mes adieux au music hall". Ce jour là, pour la première fois, il porte une salopette rayée et un t-shirt jaune... Rémo Forlani, un célèbre journaliste de RTL, a ce mot, au lendemain de la première : "Coluche est une super star du café-théâtre. Il est le Jean Yanne de l'underground parisien, le Woody Allen de Montparnasse…". C'est probablement la meilleure critique qu'on pouvait lui faire. Le producteur Paul Ledermann est séduit et l'engage dans son écurie, c'est le début de la reconnaissance !

La carrière de Coluche est lancée. De cabarets parisiens en tournées provinciales, de télévisions en scènes hors des frontières françaises, Coluche devient réellement une super star. Mais les critiques s'abattent aussi sur lui; il est taxé de vulgarité, de cruauté, d'insolence ou d'inhumanité… En fait, Coluche n'est que le reflet d'une société triste et vulgaire, d'un monde miséreux. Le paradoxe est que plus on le critique, plus il vend ! En 1975, le désormais mythique "Schmilblick" sera le tube de l'été, il se vendra à plus d'un million d'exemplaires. Le cinéma lui ouvre à nouveau les portes. Durant sa carrière, il tournera avec les plus grands réalisateurs français de son époque, Zidi, Lecomte, Oury, Blier, et cetera. Il recevra même le César du meilleur acteur, en 1984, pour "Tchao Pantin", de Claude Berri. La radio également lui fait une haie d'honneur. Sur Europe 1, il anime "On n'est pas là pour se faire engueuler" (d'après le titre d'une chanson de Boris Vian). Pierre Desproges, grand homme de radio s'il en est, dira de Coluche : "Coluche a institué la première forme nouvelle de radio depuis la Libération, ce qui, fatalement, a fait pas mal de jaloux. A commencer par tous ceux qui n'ont jamais su sortir de l'ornière de la routine. La vraie grossièreté, celle qui nous agresse, c'est la sottise".

Un engagement citoyen davantage que politique


Dans la seconde partie des années '70, Coluche a trouvé le chemin de la notoriété. Il ramasse l'argent à la pelle. Loin de thésauriser, Coluche est plutôt cigale que fourmi. Tous les soirs, c'est la fête dans sa maison parisienne où des dizaines de potes, vrais ou faux, viennent se rincer la dalle et bâfrer aux frais du Bouffon de la République. "Je suis au top" répétait-il, "Avec ma situation, mon fric si je peux en faire profiter les autres, qu'est-ce que j'ai à y perdre ?". Le 26 octobre 1980, Coluche surprend tout le monde. Alors qu'il est en spectacle au Gymnase Marie-Bell, à Paris, il convoque la presse et, dans sa loge, devant une caméra, il annonce son intention de se présenter à l'élection présidentielle du mois de mai 1981. Il veut faire de son ambition un réel combat civique. "Je veux être le candidat des minorités ! Et les minorités ajoutées les unes aux autres, cela fait une majorité…". Coluche veut rassembler les gens qui ne votent habituellement pas sous sa bannière. Et cela semble marcher, au fil des sondages, le Candidat Nul – ainsi s’est-il surnommé - grimpe dans les sondages jusqu'à 16% des intentions de vote. Dans le monde politique, on s'inquiète évidemment de cette popularité. Alors, on boycotte Coluche, on ne l'invite pas aux débats… Malgré le soutien que lui portent les hebdomadaires satiriques Hara-Kiri et Charly-Hebdo, Coluche est marqué par le boycott dont il est victime. Les pressions pour qu'il retire sa candidature se font légion. En outre, l'assassinat de son régisseur et ami, René Gorlin, ajoute encore à la pression (ndlr on apprendra plus tard que Gorlin a été victime d'un crime passionnel). A quelques semaines de l'échéance électorale, Coluche abdique…


Désormais, Coluche veut profiter de la vie, s'éloigner du milieu du showbiz, s'éloigner de la France. Il embarque sur un yacht de rêve vers les îles lointaines. Son nouveau credo : se la couler douce et faire un film de temps en temps pour faire rentrer l'argent ! Passionné de moto et de vitesse, il a tout le temps pour s'adonner à cet amour mécanique. Le seul véritable qu'il lui reste car Véronique, sa femme, l'a quitté ! Le 29 septembre 1985, quatre jours après avoir épousé Thierry Le Luron pour le meilleur et pour le rire et pour railler le mariage médiatique du journaliste Yves Morousi, il établira d'ailleurs le record du monde de vitesse du kilomètres lancé à moto : 252,08 km/h… Mais Coluche tourne plus de films qu'il ne pensait; de l'excellent "Maître d'école", en 1981, au bide du "Fou de Guerre" quatre ans plus tard, il joue dans onze films avec les plus grands réalisateurs, Claude Berry, Jean Yanne, Dino Risi, Claude Zidi ou encore Gérard Oury. Il est récompensé, en 1984, du César du meilleur acteur pour "Tchao Pantin".

Vers la moitié des années '80, Coluche est le premier à arborer le fameux badge "Touche pas à mon pote" de SOS Racisme. La montée de l'Extrême-droite le choque alors il faut réagir. Ce qui le gène aussi c'est que l'hémisphère nord des gens meurent de trop bouffer alors que dans l'hémisphère sud d'autres meurent de ne rien avoir à se mettre sous la dent. Il participe activement, avec Renaud et d'autres, au concert des Chanteurs sans Frontières pour combattre la famine en Ethiopie(2). Rapidement Coluche se rend compte que la misère et la faim sont aussi aux portes de Paris, en plein 20è siècle ! Quotidiennement, il reçoit des dizaines de lettres de gens qui lui demande de l'aide pour pouvoir manger… Alors, avec une trentaine de bénévoles, il crée les Restos du Cœur. "Donner un billet, c'est vrai que ça dépanne un moment mais ça ne fait pas bouffer le reste de la semaine" dit-il, "Alors, je vais faire un truc pas possible; faire manger ceux qui n'ont rien". En novembre 1985, le premier Resto du Cœur ouvre ses portes, rapidement suivi de beaucoup d'autres dans les grandes villes françaises. Fin décembre, 60.000 repas ont été offerts ! Cette entreprise humaine nécessite des fonds. Puisque les pouvoirs publics sont lents à réagir, Coluche ira chercher l'argent ailleurs. Collectes, appels radiophoniques et télévisuels, Coluche sensibilise la population, lui explique qu'à quelques mètres, il y des gens qui crèvent de faim dans la rue… Le 26 janvier 1986, sur TF1 (pas encore privatisée), il organise une journée "Spéciale Restos". Il récolte 26 millions de francs français (± 4.225.000 euros). Les Restos du Cœurs sont lancés et aujourd'hui encore, ils distribuent plusieurs milliers de repas chaque hiver, en France, en Belgique…

Coluche est à nouveau repris par le virus du show business. La télévision et la radio lui font à nouveau les yeux doux. Canal + lui offre l'émission quotidienne "Coluche 1-faux". Simultanément, il est de retour sur Europe 1 avec "Y'en aura pour tout le monde"… C'est décidé, Coluche veut remonter sur scène aussi. Il prépare son spectacle de retour… Pour travailler plus sereinement, il décide de s'exiler dans le sud de la France, à Opio, dans les Alpes-Maritimes. Nous sommes en juin 1986 ! Le 19, il fait un temps radieux, idéal pour une balade à moto. Au détour d'un virage, abordé lentement car la route est dangereuse, il y a un camion qui fait une manœuvre. Bang, trou noir…Baisser de rideau !

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(1) "Putain d'Camion", Renaud, 1988

 (2) Souvenez-vous : "Loin du cœur et loin des yeux, de nos villes de nos banlieues, l'Ethiopie meurt peu à peu…" paroles de Renaud, musique de Franck Langolff



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commentaires

JL Marchal 29/10/2014 00:57

On dit que "Personne n'est irremplaçable" ... Coluche nous prouve un peu plus chaque jour le contraire ...

Loulou 19/06/2011 17:54


Devant le vide sidéral de l'humour français et belge actuel, Coluche me manque. Merci pour cet article
Louilou