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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 16:41

Les élections législatives espagnoles en huit questions...

ege2011.jpgDimanche, les Espagnols sont appelés à renouveler les Cortes Generales; des élections anticipées qui pourraient renvoyer le PSOE dans l'opposition... Après deux victoires lors des législatives de 2004 et 2008, le PSOE et son leader en bout de course Jose-Luis Zapatero font grise mine. Bien qu'apparemment réticent à l'idée, Zapatero a bien du se résoudre à céder à la pression politique et populaire pour annoncer, en juillet dernier, des élections législatives anticipées. Originellement prévue en mars 2012, elles auront lieu ce 20 novembre avec un enjeu majeur, celui de prendre en main la destinée politique de l'Espagne. Et clairement, après deux échecs face au Senor Z., Mariano Rajoy, le Président du Parti Populaire Espagnol, fait figure de grand favori. La tendance est à l'alternance et le PPE semble avoir toutes les cartes en mains pour retrouver un pouvoir qu'il avait abandonné à gauche en 2004. Cela signifie-t-il pour autant que l'Espagne, dont on sait la situation économique très précaire, ira mieux ? Rien n'est moins sûr car pour relancer l'économie du pays, le successeur de Zapatero devra prendre des mesures draconiennes; l'austérité sera de mise. Rien que le simple exercice de présenter un budget pour 2012 s'apparentera à une gageure... Quant à Zapatero la course est finie, il ne se représentera pas, laissant la place à Alfredo Perez Rubalcaba en haut de l'affiche socialiste.

Décidément, il est loin de temps béni de la Movida ou du miracle économique espagnol... A quelques heures de ce scrutin anticipé, je vous propose de faire le point sur la situation en Espagne en huit questions.

1° Le PSOE risque-t-il de payer la gouvernance de Zapatero ?
Clairement, oui pour deux raisons fondamentales. La première : les Espagnols ont toujours aimé l'alternance entre le Parti Populaire (PPE) et le Parti Socialiste Ouvrier (PSOE). Après deux legislatures confiées au PSOE, ils ont très envie d'alternance. La seconde et probablement la plus importante : l'Espagne est dans une crise économique dure depuis 2008 et les perspectives ne sont guère optimistes, le chômage dépasse allègrement les 20%, le taux de croissance est nul et l'austérité est de rigueur. Le bulletin de Jose-Luis Zapatero pour la législature en cours est largement insuffisant, il appellera nécessairement une sanction dans les urnes. Contrairement au scrutin de 2008, où il sortait d'une législature plutôt positive, Zapatero ne peut rien avancer en sa faveur. Il ne peut, depuis plusieurs mois, que constater les dégâts sans avancer de solutions pour contrer le crise. Le peuple espagnol en a assez de l'austérité et cela devrait se traduire sur les bulletins de votes. D'ailleurs, et même si les scrutins régionaux et nationaux ne sont pas forcément comparables, lors des élections régionales de mai dernier, le PSOE a perdu ses bastions historiques des Asturies, d'Extremadure et de Castille-Manche. C'est un signe avant-coureur clair ! Et si l'on ajoute les sondages qui font état d'une avance de dix points en faveur de Rajoy sur Rubalcaba, la période ne peut pas être à l'optimisme pour le PSOE.

2° L'alternance est-elle, pour autant, la solution ?
Le vainqueur des élections de dimanche aura bien du mal à redresser la barre et il ne pourra même pas offrir de l'espoir à la population tant la situation est critique. PPE ou PSOE, le temps restera à l'austérité ! Celui qui ira au pouvoir devra jouer un sale rôle, celui du redresseur qui devra imposer des mesures encore moins populaires pour tenter de rendre à l'Espagne son rang et son image érodée aux yeux internationaux. Pour y parvenir, il faudra pouvoir être impopulaire, c'est une arme à double tranchant car l'impopularité engendre l'alternance. Je me demande jusqu'à quel point le PSOE ne table pas là-dessus pour revenir déja à la manoeuvre en 2015 dans une Espagne en meilleure santé.

3° Les élections anticipées seraient-elles une stratégie politique ?
Et pourquoi pas ? Le PSOE n'est pas au mieux et il sait qu'une cure d'opposition n'est pas irréaliste au vu de son bilan de législature 2008-2011. Tant qu'à faire, autant rejoindre l'opposition au moment où le pays est difficile à gouverner. Après tout, en période de crise économique, il est plus facile de critiquer et de s'opposer que de prendre des mesure drastiques. En laissant la main au PPE pour la prochaine et délicate législature, le PSOE est déja occupé à préparer les élections de 2015 en tablant sur le fait que le PPE aura du prendre quantité de mesures impopulaires. Ajoutons encore qu'en avançant les élections et donc la mise en place d'un nouveau gouvernement, Zapatero évite de devoir sacrifier à l'exercice périlleux de la construction du budget 2012. Par ailleurs, avec un scrutin anticipé, Zapatero reconnait son mauvais bilan, et "s'autosanctionne", la contrition cela plait souvent à la population, ainsi le Senor Z. s'en ira sur une demi-défaite seulement puisque faute avouée... Oui, je pense clairement que l'anticipation des élections générales concoure, pour le PSOE, à la mise en place d'une stratégie politique à plus long terme que 2012 ou 2013 !

4° La situation est-elle rééllement difficile en Espagne ?
C'est le moins qu'on puisse dire ! La rue gronde, les Indignés sont nés en Espagne pour crier leur ras-le-bol, le chômage approche les 21%, le secteur bancaire et le secteur immobilier se sont effondrés, les salaires sont rabottés, les dépenses publiques sont limitées, la paupérisation s'intensifie, le système de santé est au bord de la faillite, l'âge de la retraite va être revu à la hausse... Alors qu'en 2007, l'Espagne mettait en avant sa bonne gestion, sa bonne santé financière et économique pour revendiquer davantage de poids au sein du G20, elle est aujourd'hui en situation délicate; la dette publique se creuse, la croissance est nulle et les perspectives d'avenir ne sont pas optimistes. Au niveau international, l'Espagne a vu sa note abaissée par les agences de notation et, à cause de sa situation économique délicate, elle a du revoir ses prétentions à la baisse; les dirigeants ont serré leur agenda international au plus juste, moins de présence dans les sommets internationaux, moins de voyages diplomatiques et moins d'initiaves internationales. La situation intérieure est inquiétante, les politiques extérieures sont limitées... oui, la situation de l'Espagne est préoccupante, presque autant que celle de la Grèce !

5° Quels sont les enjeux majeurs de ces élections ?
Assurément le chômage et la santé ! Le chômage est au plus haut depuis 15 ou 20 ans, un Espagnol actif sur cinq n'a pas d'emploi, près de cinq millions d'entre eux sont sans travail dont un tiers sont des chômeurs de longue durée qui touchent à peine 400 euros par mois. Les perspectives ne sont pas réjouissantes, aujourd'hui 11% des ménages espagnols sont composés uniquement de chômeurs... Il est impératif de dégager des solutions et de les mettre en oeuvre au plus vite. Le système de santé présente un déficit de près de vingt milliards d'euros, sa gratuité totale (à l'exception notoire des soins de dentisterie) a creusé un gouffre financier qu'il est urgent de combler d'une manière ou d'une autre. La fermeture de lits d'hôpitaux, la baisse du salaire de certains médecins, la suppression de postes et le retard de paiements de certains fournisseurs n'ont été que des emplâtres sur une jambe de bois. Il faudra trouver des solutions autrement plus efficaces pour maintenir la qualité du système de soins ainsi que son accessibilité. Un médecin catalan résume assez bien la situation des soins en Espagne : "Nous bénéficions d'une qualité de soins que nous ne pouvons pas offrir !"(1). Un autre enjeu capital consiste à rendre une certaine crédibilité du pays aux yeux internationaux... Bref, il y aura des objectifs aussi périlleux que capitaux pour le vainqueur du scrutin de dimanche.

6° Qui sont Mariano Rajoy et Alfredo Perez Rubalcaba, les principaux candidats à la victoire ?
Mariano Rajoy est le leader du PPE depuis 2004. Avant, il fut Ministre et Porte-parole du Gouvernement de Jose-Maria Aznar et Vice-Président du Gouvernement. Ses débuts en politique remontent à l'aube des années '80, dans la jeune démocratie espagnole, lorsqu'il adhère à l'Alliance Populaire fondée par Manuel Fraga Iribarne, un ancien Ministre de Franco. Rajoy devient Député du Parlement de Galice, en 1981 dès son premier essai électoral. Catholique convaincu, il traine derrière lui une réputation de politicien ennuyeux qui ne sait pas rendre son discours captivant. Mais c'est un travailleur acharné, un homme de dossiers qui maîtrise plusieurs langues étrangères, dont le français, et qui dispose d'une énorme faculté de rassembleur. Plutôt imperméable à la critique, il est connu pour être un négociateur et un médiateur hors-pair mais, le revers de la cette médaille est qu'à force de ménager les différentes parties, il possède aussi l'image de quelqu'un qui a du mal à s'engager et à décicer. Plusieurs analystes politiques espagnols affirment cependant qu'il a les qualités requises pour être le Président du Gouvernement d'une Espagne en crise profonde... Sa campagne est axée sur l'idée de redonner une image de confiance en l'Espagne aux yeux des marchés internationaux et des investisseurs étrangers.

Pour sa part, Alfredo Perez Rubalcaba est l'actuel Vice-Président du Gouvernement. Il est entré en politique à l'époque du Franquisme, dans un PSOE qui n'avait alors guère voix au chapitre. Spécialisé dans le domaine de l'Enseignement, il devient haut-fonctionnaire au Ministère de l'Education Nationale, dans les années '80, avant de devenir Ministre de l'Education dans le Gouvernement de Felipe Gonzalez, en 1992. Il occupera différents maroquins ministériels jusqu'en 1996 lorsque le PPE revient au pouvoir. Dès 2004, au lendemain de sa victoire, Zapatero le rappelle pour devenir d'abord Ministre de l'Intérieur et enfin Vice-Président du Gouvernement. Longtemps très impliqué dans les relations avec les indépendantistes basques, il fut un adversaire acharné du terrorisme de la branche armée ETA. Il axe sa campagne sur la création d'emplois par le biais d'une taxe sur les bénéfices bancaires et sur le patrimoine; il prône par ailleurs le maintien de la gratuité des soins de santé malgré le déficit sévère du secteur (il devrait donc trouver un moyen de le refinancer) ainsi que la rénovation complète du système politique espagnol.

7° Les Indignés auront-ils une influence sur le vote ?
Le mouvement des Indignés est né en Espagne, au printemps dernier. Il a effectivemment pesé sur les populations de plusieurs pays puisqu'il s'est étendu à la France, la Belgique, le Portugal, l'Italie, la Grèce, l'Allemagne... et même les Etats-Unis. Cela aura-t-il une réelle influence sur le vote de dimanche ? Pas fondamentalement à mon avis parce que le mouvement des Indignés se veut foncièrement apartidaire; il risque de générer davantage de vote blancs ou d'abstention, voire un report de voix vers quelques petits partis mais ne devrait pas changer la donne globale. Depuis l'aube des années nonante, la tradition politique espagnole repose sur l'alternance entre le PSOE et le PPE, les sondages montrent que ce sera encore le cas puisque le PPE devrait reprendre la main après deux législatures socialistes (ndlr qui avaient succédé à deux législatures du PPE). Les Indignés réclament un changement de modèle politique mais ils ne se positionnent pas clairement quant à la nature de ce changement. Ce manque de positionnement clair est une erreur car la critique sans proposition alternative concrète est un modèle qui a montré ses limites en politique. Concrètement, par exemple, on a vu des Indignés empêcher l'expulsion de familles surendettées qui ne pouvaient plus payer les traites de leur maisons. C'est une action sociale précise mais politiquement parlant cela n'apporte aucune solution au problème du surendettement. Cela résume parfaitement la position des Indignés. Par ailleurs, il y a de plus en plus de Résignés parmi les Indignés... Enfin, leur crédo, c'est eux qui le disent, est de contribuer à "un changement plus lent mais dont l'impact se fera sentir dans la durée"(2). Le changement profond, c'est à dire autre que l'alternance des traditionnels PSOE et PPE, ce n'est pas pour tout de suite !

8° Rajoy sera-t-il le prochain Président du Gouvernement Espagnol ?
Il en a le profil, en tous cas ! Fiscaliste de haut-niveau (ndlr il fut le plus jeune Conservateur des Hypothèques d'Espagne), très pointu en matière d'économie il connait sur le bout des doigts les dossiers relatifs au chômage et à la dette publique. Il possède une image de bon père de famille et propose une gestion de l'état sur ce modèle rassurant. Les sondages lui sont favorables - on annonce une prévision de 192 à 196 sièges sur 350 (soit 54,85 à 56% des suffrages) - tout comme le bilan du PSOE. Après deux échecs, cette fois c'est au tour du PPE, c'est au tour de Rajoy !  

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(1) Le système de santé espagnol victime de l'austérité, par Paul Day, Reuters, 16 novembre 2011
(2) Espagne : à une semaine des élections, les Indignés peinent à se mobiliser, par l'AFP, 13 novembre 2011

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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