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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 09:11

Le Parti Républicain a du mal à se trouver un candidat, à tel point que d'aucuns envisagent le recours à une personnalité étrangère à la course à l'investiture si un homme fort ne se dégage pas...

romney_santorum_gingrich_paul.jpgLe 31 janvier dernier, à l'issue de la Primaire de Floride, Mitt Romney était tout à sa joie, il se voyait déja tout en haut de l'affiche républicaine. Quelques jours plus tard, en s'adjugeant le Nevada, il envisageait son grand combat contre Obama mais, le 7 février, il connaissait un Black Tuesday total en abandonnant les états du Colorado, du Minnesota et du Missouri à Rick Santorum qui renversait la tendance. Certes, Romney reste le candidat qui dispose du plus grand nombre de Délégués à l'heure actuelle mais Santorum est passé en tête dans les sondages. Derrière eux, Newt Gingrich et Ron Paul restent à l'affut; difficile de dire aujourd'hui qu'ils sont hors-course tant la tendance est délicate à dégager dans cette course à l'investiture républicaine. Romney, qui était si sûr de lui voici quelques jours, apparait désormais comme hésitant et mal à l'aise dans certaines situations ce qui fait craindre le pire au Grand Old Party si jamais il devait devenir son candidat officiel. S'il tergiverse et hésite lors de meetings internes au parti, que ferait Romney dans un duel verbal face à Barack Obama, en pleine campagne, en direct devant des millions de téléspectateurs ? Par ailleurs jugé trop modéré par beaucoup de Républicains, Romney perd de plus en plus de crédit. Si Romney est trop modéré, Santorum apparait, lui, comme trop conservateur et d'aucuns considèrent qu'il n'a pas l'envergure d'un Président. Pour sa part, Newt Gingrich traine quantité de casseroles (ndlr ses frasques extraconjugales) qui ternissent son image de candidat quant à Ron Paul, il est le seul des quatre prétendants à n'avoir encore rien gagné et se profile comme le moins crédible politiquement parlant du lot... Clairement, les pontes du Parti Républicain ne semblent pas très heureux du quatuor qui s'affronte pour l'investiture !

Pas de profil idéal et aucun qui se dégage comme un leader naturel incontesté, le carré de candidats républicains inquiète alors que pointe à l'horizon le Super Tuesday. Aujourd'hui, au sein du GOP des voix s'élèvent pour demander le recours à un candidat extérieur à la course à l'investiture. Si cette procédure - appelée Brokered Convention - existe, elle est très peu utilisée, elle permet à la Convention Nationale d'un parti de décider de substituer aux candidats officiels un candidat qui n'a pas participé à la course à l'investiture si besoin est. Et ce besoin commence réellement à se faire sentir ! Lorsque la campagne d'investiture dure et qu'aucun candidat n'émerge, cela réduit d'autant plus la campagne contre le ''vrai'' adversaire, celui du Parti Démocrate. Il est clair que, pour l'heure, Barack Obama n'a toujours pas d'adversaire et qu'il a le champs libre. En interne, les Républicains savent aussi que plus la campagne d'investiture sera longue, moins le candidat qui en sortira aura de crédit, plus on doutera de sa capacité à battre Obama... Alors la Brokered Convention est de plus en plus invoquée; une liste de candidats potentiels circule même déja au sein du Grand Old Party. Sur cette liste on trouve, notamment, les noms de Jeb Bush, fils et frère des anciens Présidents George Bush Sr et Jr et ancien Gouverneur de Floride, Paul Ryan, le jeune (il est né en 1970) Représentant du Wisconsin au Congrès qui a démontré sa très grande compétence en matière budgétaire, ainsi que les deux Gouverneurs Mitch Daniels (Indiana) et Chris Christie (New Jersey). Par ailleurs, Sarah Palin, qui fut la colistière de John McCain en 2008, a également annoncé qu'elle se tenait à la disposition de son parti si on avait besoin d'elle... Sa très grande proximité avec le Tea Party risque cependant de lui fermer la porte dans le cas d'un recours à la Brokered Convention.

Stevenson, le dernier candidat issu d'une Brokered Convention

Originellement, le recours à la Brokered Convention est prévu dans le cas ou les candidats à l'investiture ne parviennent pas à se départager, si aucun d'eux n'obtient une majorité de Super Délégués(1) de son parti. Cela s'est produit en 1924 dans le camp démocrate sur fond de Prohibition alors qu'Alfred E. Smith et William G. McAdoo ne parvenaient pas à se départager, la Convention Nationale du Parti Démocrate avait choisi de lancer John W. Davis dans la bataille contre le Républicain Calvin Coolidge; ce dernier avait finalement remporté l'élection présidentielle. Le cas s'est reproduit en 1932 (le Démocrate Franklin D. Roosevelt avait été désigné par Brokered Convention et avait gagné la Maison Blanche, il est le seul de l'histoire présidentielle récente), en 1948 (le Républicain Thomas Dewey était aussi issu d'une Brokered Convention) et en 1952 (le Démocrate Adlai Stevenson). Depuis, jamais plus un candidat à la présidence ne fut désigné de la sorte... Pourtant, cela aurait pu être le cas en 1968 alors que Robert Kennedy et Hubert Humphrey étaient en lice pour l'investiture démocrate et que le choix entre le frère de JFK et le Vice-Président sortant semblait compliqué. L'assassinat de Robert Kennedy, le 6 juin 1968, ouvrit la voie à Humphrey. En 1976, Gerald Ford était en tête de course face à Ronald Reagan pour l'investiture républicaine mais n'obtint pas le nombre de Super Délégués nécessaire. Cependant, une erreur de stratégie de Reagan lors de l'annonce de son colistier draina suffisamment de Super Délégués vers Ford qui obtint l'investiture. En 1984, Walter Mondale n'évita une Brokered Convention qu'au jour même de la Convention Nationale démocrate; à quelques heures près il n'aurait pas eu son ticket pour aller affronter Ronald Reagan. Enfin, en 1988, toujours dans le camp démocrate, aucun candidat ne se dégageaient réellement, il aura fallu le soutien des médias pour que finalement Michael Dukakis n'émergent avant de se faire laminer dans les urnes face à George Bush Sr...

Si elle n'a pas été utile depuis 1952, il suffit donc parfois de peu de chose pour éviter une telle procédure... ou pour plonger de plain-pied dedans. Reste que l'idée de recourir à une Brokered Convention est, peut-être, une stratégie imaginée par le Parti Républicain pour doper ses primaires et ses caucus qui ne dégagent aucun réelle tendance, une sorte de muleta agitée devant le nez de l'Eléphant républicain pour l'obliger à réagir. "Si aucun candidat ne se dégage nettement, nous le choisirons nous-mêmes" pourrait être, en substance, le message adressé par le Parti Républicain à ses électeurs... A ses électeurs ou à ses candidats puisque, à part Perry et Huntsman qui ont renoncé, aucun ne semble décidé à se retirer et à soutenir un autre candidat pour renforcer sa candidature... Le Super Tuesday du 6 mars prochain, qui mettra en jeu dix états, pourrait débrousailler le terrain; si ce n'est pas le cas, le recours à une Brokered Convention prendra encore un peu plus de consistance dans le camp républicain.

Quoi qu'il en soit,la course à l'investiture républicaine est compliquée cette année. Pendant ce temps-là Barack Obama planche tranquillement sur son slogan de campagne. Il est vrai que trouver une baseline aussi percutante que ne fut le fameux "Yes, we can" de 2008 ne sera pas chose aisée. Mais si c'estlà l'unique souci d'Obama dans cette campagne, il peut déja penser à son prochain Discours sur l'Etat de l'Union...

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(1) Il en faut 1144 pour obtenir l'investiture !

 

P2012

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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