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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 10:14

Début 2013, David Cameron lançait l'idée d'un référendum populaire pour statuer sur la sortie du Royaume-Uni hors de l'UE... Où en est-on un an plus tard ?

brixit.jpgC'était le 24 janvier 2013, il y a juste un an aujourd'hui. Nous évoquions, sur Acta Diurna, l'idée lancée par le Premier Ministre britannique, David Cameron, de permettre à la population de décider d'une sortie ou d'un maintien de la Grande Bretagne dans l'Union Européenne (Brixit ?). Se basant sur l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui permet à tout état-membre de quitter l'Union, Cameron entendait ainsi jouer sur le sentiment eurosceptique d'une grande frange de la population anglaise. En effet, pour quantité d'Anglais - des bancs du Parlement aux trottoirs de Londres, de Manchester ou de Southend-on-Sea -, la crise structurelle européenne et la bureaucratie outrancière de l'UE ne cadrent pas avec la mentalité de l'Albion. En outre, de plus en plus d'Anglais pensent que l'Union Européenne n'est pas compétitive par rapport aux pays émergents comme l'Inde, la Chine ou le Brésil tandis que Londres est considérée comme une place forte pour les investisseurs étrangers. Bref, entre structure lourde, bureaucratie omniprésente et non-compétitivité, ils sont nombreux à penser, de l'autre côté de la Manche, que l'UE affaiblit le Royaume-Uni. Petit à petit, un courant Brixit (ndlr Britain Exit) s'est mis en place pour la sortie de la Grande-Bretagne hors de l'Union Européenne, c'est sur ce courant que surfait Cameron en proposant un référendum qui permettrait à la population de décider. Clairement, le Premier Ministre entamait ainsi, de manière très précoce, sa campagne de réélection. En effet, des législatives auront lieu en mai 2015 et Cameron affirmait, voici un an, que le référendum serait organisé avant 2017... s'il était réélu. Si ce n'est pas de la campagne politicienne, ça !

Une année de mouvements en tous sens

Depuis un an, que s'est-il passé autour de ce Brixit ? Dans un premier temps, tous les partis politiques se sont positionnés sur le sujet :
- le Parti Travailliste, toujours soucieux du sens du vent, a annoncé qu'il ne soutenait pas l'idée d'un référendum mais... qu'il ne la rejetait pas totalement non plus;
- le Parti Conservateur est déchiré, une frange soutient son Premier Ministre mais une autre frange tout aussi importante, emmenée par John Major, ancien Premier Ministre, se montre favorable au maintien du pays au sein de l'UE,
- le Lib'Dem (les Libéraux-Démocrate), plus clair, s'est positionné contre un réferendum parce qu'il est, selon eux, dans l'intérêt de la Grande-Bretagne de rester membre de l'UE;
- UKIP, le Parti pour l'Indépendance du Royaume-Uni, en tant que parti eurosceptique est naturellement pour le référendum et s'est prononcé en ce sens;
- le British National Party, à l'extrême droite, soutient également la tenue d'un tel référendum;
- enfin, les écologiste du Green Party ont marqué leur soutien au référendum également.

Concrètement, seul les Libéraux-Démocrates semblent donc opposés fermement à un référendum sur la sortie ou le maintien de la Grande-Bretagne. En mai 2013, le Parti Conservateur du Premier Ministre a déposé un projet de loi pour encadrer le référendum mais aussi une note relative à la négociation d'un nouvel accord de participation de son pays à l'Union Européenne. Devant le Parlement, Cameron s'est engagé à privilégier d'abord la négociation de cet accord qui pourrait, selon certains, prendre la forme d'une participation à la norvégienne c'est à dire une participation au marché économique européen et au libre-échange tout en contribuant aux fonds structurels européens assorti d'une liberté totale en matière de politique intérieure et sans participation aux décisions relatives à la politique étrangère et à d'autres matières communes aux états-membres. Bien entendu, dans cet accord, le maintien de la Livre Sterling serait un axe essentiel. Donc, semble acquis, depuis le printemps 2013, que la négociation d'un nouvel accord de participation à l'UE soit prioritaire par rapport au référendum populaire. Celui-ci n'aurait lieu qu'en cas d'échec total de la négociation.

Priorité à la négociation... Et pourtant, quelques jours plus tard, le Parti Conservateur entamait une vraie campagne de lobbying en faveur du référendum, intitulée Let Britain Decide. A travers cette action, le parti de David Cameron tente de rallier une frange importante de la population - surtout celle qui soutient la sortie de l'Union - à la cause de la voie référendaire. Le terrain est propice car près d'un Britannique sur deux se montre favorable à la sortie de l'Union(1).

Durant l'année écoulée, divers sondages ont montré que la vision de la situation est bien différentes selon que l'on soit simple quidam, patron de PME ou dirigeant d'une grosse boite. Ainsi, un sondage commandé par Close Brother Finances montrait, au début 2013, que les patrons de près d'une petite entreprise sur deux voulaient que le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne(2) car ils ne voient pas de que l'Europe peut apporter à la Grande-Bretagne et pensent que l'économie britannique se porterait mieux. Par contre, les dirigeants de plusieurs implantations anglaises de multinationales (Ford et BMW en tête) ont tiré le signal d'alarme en évoquant l'effet dévastateur pour l'Angleterre d'une sortie de l'UE(3).

Des divergences profondes chez les Torries

Négociation d'un nouvel accord de participation ou référendum populaire sur la sortie de l'UE, sortie ou pas de l'UE, quelle est, en définitive, la position officielle des Conservateurs ? Difficile de s'y retrouver entre l'annonce quasi électorale de la tenue d'un référendum d'ici 2017 par le Premier Ministre David Cameron, en janvier 2013, sa déclaration claire de privilégier le dialogue et la négociation, en mai suivant, le lancement de Let Britain Decide, le mois d'après... Au sein même du parti, deux courant s'opposent, emmenés par deux figures de proue importantes. Ainsi, Nigel Lawson, ancien Chancelier de Margaret Thatcher, a demandé clairement, à travers une carte blanche dans The Times(4), à la Grande-Bretagne de quitter l'UE. Une sortie serait favorable, selon Nigel Lawson, à un réveil économique et une relance des exportations vers l'Asie notamment. A l'opposé, l'ancien Premier Ministre John Major est un europartisan convaincu. Il déclare que la sortie de l'Union Européenne coûterait des milliards de Livres au Royaume-Uni et isolerait le pays dans les négociations internationales(5)...

David Cameron, himself, est désormais tiraillé entre les deux parties et son annonce de l'an passé semble avoir eu un effet plus négatif que positif ! En effet, le courant eurosceptique s'est amplifié en Angleterre et c'est UKIP qui, selon divers sondages, semble en tirer profit tandis que le Royaume-Uni semble plus isolé que jamais au sein de l'Union Européenne. La stratégie de Cameron ne porte pas vraiment ses fruits, divers éditorialistes politiques anglais ne se privent d'ailleurs pas de le faire remarquer : "le pari sur le référendum européen de Cameron est perdu"(6) écrit clairement Janan Ganesh dans le Financial Times tandis que Martin Kettle est encore plus sévère en évoquant "l'échec qui définit toute une carrière" dans The Guardian.

Alors, la Grande-Bretagne sortira-t-elle ou pas de l'Union Européenne ?

Je n'ai évidemment pas de boule magique qui prédit l'avenir mais, parfois, le passé peut nous renseigner sur le futur. D'abord, il convient de préciser que si un Britannique sur deux est favorable à la sortie de l'UE, cela signifie aussi qu'un Britannique sur deux n'en est pas partisan irréductible. En 1975 déjà, la Grande-Bretagne avait pu se prononcer par voie référendaire sur une sortie de ce que l'on appelait encore la CEE. L'euroscepticisme était déjà bien présent dans les îles britanniques et, pourtant, la population s'était alors prononcée à 67% pour le maintien du Royaume-Uni dans la Communauté Economique Européenne... Il convient de voir si le référendum aura lieu (ndlr déja de voir si Cameron sera reconduit en 2015) et d'attendre la campagne des pros et antis. Les Anglais pèseront alors le pour et le contre mais, aujourd'hui, même si l'on sent une réelle envie de quitter l'UE dans le chef des bon nombre d'Anglais, quelque chose me dit que, comme en 1975, la raison pourrait l'emporter sur la passion...

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(1) La moitié des Britanniques veut quitter l'Union Européenne, on latribune.fr, 18 février 2013
(2) Nearly half  of smal business owners wants to leave the European Union, on dailymail.co.uk, 20 janvier 2013
(3) Ford and BMW warn UK against exit from UE as David Cameron readies historic speech, on telegraph.co.uk, 20 janvier 2013
(4) I'll be voting to quit the EU, par Nigel Lawson, in The Times, 7 mai 2013
(5) Britain will pay sever price if it quits EU, on telegraph.co.uk, 28 novembre 2013
(6) Cameron's EU referendum gamble has failed, par Janan Ganesh, in The Financial Times, 14 janvier 2014
(7) Cameron's speech on Europe was not brave. He was reckless, par Martin Kettle, in The Guardian, 23 janvier 2014

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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