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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:08

Acteur unique, même s’il inspira d’autres acteurs immenses il ne fut jamais égalé…

brando.jpgTous les arts ont leurs génies ! Il en va du cinéma comme de la peinture, de la littérature, de la sculpture ou de la photographie. Dans le domaine de celui qui fut baptisé septième art, on trouve, derrière la caméra, des réalisateurs exceptionnels comme Coppola, Scorsese, Polanski, Burton, Kazan, Allen, Buñuel, Truffaut, Forman ou Spielberg… Devant la caméra, on retient usuellement les noms de Newman, McQueen, De Niro, Coburn, Nicholson, Noiret, Serrault, Hoffman ou Bette Davis et Meryll Streep… Mais le cinéma a engendré aussi quelques génies qui par leur jeu d’acteur ou leur mise en scène ont marqué à jamais l’histoire de cet art. Je range dans cette catégorie des gens comme Charlie Chaplin, évidemment, mais aussi Orson Welles, Federico Fellini, Ettore Scola, Billy Wilder ou encore Al Pacino, Katharine Hepburn, Patrick Dewaere et, à mes yeux, le maître ultime du jeu d’acteur : Marlon Brando ! S’il est un acteur impressionnant par la capacité qu’il avait à jouer un rôle c’est assurément Brando. On dit de grands acteurs qu’ils entrent dans la peau du personnage qu’ils interprètent, mais dans le cas de Brando c’est le personnage qui entrait en lui. Marlon Brando est, paraît-il, l’icône de l’érotisme au masculin dans le cinéma américain des années ’50 et ‘60, un peu comme Marilyn Monroe ou Jayne Mansfield en étaient les icônes féminines. Il est vrai qu’avec ses t-shirts moulants, déchirés ou trempés de sueurs, il apporte à l’écran une touche d’érotisme osée pour les années cinquante…

Mais Brando c’était autrement plus que l’image d’un sex-symbol ! Né en 1924 dans une famille modeste du Nebraska, il est envoyé dans une école militaire par ses parents qui voient là un moyen de se délester d’une bouche à nourrir. C’est dans cette école qu’il se rend compte que ses intérêts sont davantage théâtraux que martiaux. Aussi à 19 ans s’exile-t-il vers New York ou il espère monter sur scène. Sans formation, il parvient à se faire engager à Broadway pour tenir un rôle dans la pièce I remembre mama, probablement grâce à sa belle gueule… Il enchaîne avec quelques autres pièces et se fait remarquer par Elia Kazan qui, en 1947, monte la pièce de Tennessee Williams Un tramway nommé Désir. Pour Kazan, Brando est Stanley Kowalski, le personnage principal de la pièce, il dégage la sensualité décrite par Williams. La pièce est un succès, Marlon Brando est excellent et gagne ses galons d’acteur réputé à Broadway. Pendant quelques années il reste à l’affiche et ce n’est que logiquement que Fred Zinneman l’appelle pour faire ses grands débuts au cinéma dans C’étaient des hommes. Le film n’est pas impérissable mais offre à Brando un nouveau public. Lorsque Kazan décide d’adapter Un tramway nommé Désir au cinéma, il n’envisage pas une seule seconde de confier le rôle à quelqu’un d’autre que Marlon Brando. A l’écran, il est encore plus impressionnant qu’il n’était sur scène ; il n’est plus Brando il est Kowalski cet immigré polonais au geste brusque, presque barbare, et à la sensualité débordante. Ce film ouvre l’ère du sexe au cinéma…

Brando peut tout jouer !

Avec son second film, Viva Zapata, toujours signé Kazan, Brando obtient le Prix d’Interprétation Masculine à Cannes. Il fait d’ores et déjà figure de Grand d’Hollywood avec seulement deux films au compteur… Mais quels films ! Pour exacerber la rivalité entre Zapata (Marlon Brando) et son frère (Anthony Quinn), Elia Kazan dresse les deux acteurs l’un contre l’autre au point qu’ils se haïssent réellement. Au résultat, Brando obtient son prix à Cannes tandis que Quinn décroche l’Oscar du Second Rôle Masculin… Sans savoir que Kazan avait inventé les motifs de leur différent, les deux acteurs resteront fâchés plusieurs années. Marlon Brando enchaîne avec quelques films qui assoient son immense talent : L’équipée sauvage (1953, Lazlo Benedek), qui donne aux rockers de l’époque, Elvis en tête, leur look de rebelle jean’s et cuir noir, Sur les quais (1954, Elia Kazan), synonyme de premier Oscar pour Brando. Dans cet opus, Elia Kazan aborde la délation liée au Maccarthysme ambiant, un thème paradoxal pour ce réalisateur qui ne manqua pas de dénoncer certains de ses pairs… Kazan et Brando sont d’ailleurs en froid à cause du comportement du réalisateur durant la Chasse aux Sorcière du sénateur McCarthy. Mais Elia Kazan reste le réalisateur qui tire le mieux profit du jeu exceptionnel de Marlon Brando…

La réussite de Brando irrite à Hollywood d’autant qu’il ne dispose d’aucune formation même s’il fera, après avoir rencontré le succès, un passage par le fameux Actors Studio créé par Lee Strasberg et Elia Kazan. Beaucoup d’acteurs de l’époque ne voient en Brando qu’un beau gosse, sexy, nonchalant et marmonneur, incapable de jouer des grands textes. Aussi, lorsqu’il accepte le rôle de Marc-Antoine dans le film Jules César (1955) du prestigieux Joseph Mankiewicz, surprend-il tout le monde. D’aucuns y voient là la vanité d’un acteur qui va se planter mais Marlon Brando est proprement sublime. Il y tient un long monologue – le réquisitoire de Marc-Antoine – époustouflant. Le film est adapté de la pièce de William Shakespeare et Brando vient de prouver à l’envi, s’il en était besoin, sa capacité à soutenir des grands textes… Après Marc-Antoine, il entre dans la peau de Napoléon avant de surprendre à nouveau et d’apparaître dans une comédie musicale ; Blanches colombes et vilains messieurs (1955, Joseph Mankiewicz). Il a pour partenaire Frank Sinatra, les deux hommes ne s’apprécient pas vraiment mais Brando étonne The Voice en dansant et en chantant de façon convaincante. Ce sera la seule fois où il se livrera à ce double exercice durant toute sa carrière mais il était important de montrer qu’il pouvait aussi le faire… Brando peut tout faire, tout jouer ! Dans cette seconde moitié des fifties, il est la plus grande star mondiale du cinéma.

Boudé pour ses prises de positions

Les personnages qu’il joue habitent donc Brando. Lorsqu’il est Emiliano Zapata, on a l’impression que Brando est né Mexicain au Mexique. Dans The Teahouse of August Moon (1956, Daniel Mann), il doit jouer un Chinois, il devient Chinois ! L’illusion est si parfaite que ceux qui ne connaissent pas Brando aurait pu croire le rôle joué par un Chinois… Dans Le Bal des Maudits (1957, Edard Dmytryk), il campe un impressionnant officier nazi. Brando se tourne ensuite vers un genre qu’il n’a pas encore exploré, le western. Hollywood nage en pleine mode du film de cowboy et d’indien. Il réalise La vengeance aux deux visages, la seule fois qu’il passera derrière la caméra, avant de jouer dans la fabuleuse Poursuite impitoyable d’Arthur Penn. Nous sommes en plein cœur des années ’60 et Marlon Brando doit faire face à un problème physique important, il prend du poids. Il ne fait rien pour empêcher sa balance d’afficher toujours un peu plus de kilos mais son image de sex-symbol a tôt fait de s’effacer au profit de jeunes loups comme Steve McQueen, Robert Redford ou Paul Newman.

Malgré d’excellents films comme Les Révoltés du Bounty (1961, Lewis Milestone) ou Reflet dans un œil d’or (1967, John Huston) la carrière de Marlon Brando s’essouffle. En 1965, il tourne pourtant un film remarquable La comtesse de Hong Kong qui réunit trois monstres du cinéma américain un peu tombé en disgrâce ; Charlie Chaplin (qui réalise le film), Tippi Hedren et Marlon Brando. En outre, Brando s’est découvert un nouveau cheval de bataille, il entend lutter contre la vision restrictive et obtuse qu’Hollywood donne des indiens dans la majorité des westerns. Il s’est pris d’intérêt pour les peuples indiens s’insurge aussi contre le sort qui leur est réservé depuis un siècle par les autorités américaines. Ses prises de positions, sa surcharge pondérale et ses fréquents retards et colères sur les plateaux on fait de Brando un acteur plus tellement prisé.

1972, la Paramount demande à Sergio Léone d’adapter un roman de Mario Puzo mais le réalisateur italien refuse ne voyant pas l’intérêt du scénario. C’est Francis Ford Coppola qui est désigné pour le projet. Il accepte pour payer quelques dettes à la Warner Bros pour laquelle il avait produit le film THX1138 qui fut un bide total. Coppola réunit un jeune acteur venu du Théâtre, Al Pacino, ainsi que Marlon Brando pour tourner Le Parrain. «Jamais Brando ne fera ce film» affirment les pontes de la Paramount qui voulaient Laurence Olivier ou Ernst Borgnine pour jouer Don Vito Corleone, tout comme ils voulaient Warren Beatty, Martin Sheen ou Dustin Hoffman pour être Michael Corleone. Coppola arrive à imposer ses choix mais il ne dispose que de deux mois et de 6,5 millions de dollars pour mettre Le Parrain en boite. On sait ce qu’il en adviendra : le troisième meilleur film de tous les temps selon l’Américan Film Institute, un second Oscar pour Brando et une carrière exceptionnelle pour Pacino… Fidèle à ses convictions et probablement aussi pour emmerder la Paramount, Marlon Brando refusera son Oscar. Et pourtant, il la méritait cette récompense tant il est époustouflant dans le rôle du Don Corleone !

L’éloignement progressif…

Brando renoue ensuite avec l’importante part érotique de son personnage dans Dernier tango à Paris de Bertolucci avant d’être un remarquable tueur à gage dans Missouri Breaks où il engage un superbe duel d’acteur avec Jack Nicholson. Après une lucrative et courte participation à Superman (1977, Richard Donner), Brando entre dans la peau de Walter Kurtz, un colonel sadique et cruel de l’armée américaine qui, depuis le Cambodge, mène des expéditions sauvages contre les Vietcongs… «Apocalypse Now n’est pas un film sur le Vietnam… C’est le Vietnam ! C’est l'insanité, la griserie, l'horreur, la sensualité et le dilemme moral de la guerre la plus surréaliste et la plus cauchemardesque de l'Amérique déclara Coppola à propos de ce chef d’œuvre. Durant la décennie ’70, Brando tourna peu, tout au plus une demi-douzaine de films, mais parmi lesquels deux des plus grands films de l’histoire sous la houlette de Francis Ford Coppola… Avec la soixantaine qui approche, Brando prend du recul et s’isole sur une île dans le Pacifique d’où il ne sortira plus qu’à quelques reprises en échange de cachets mirobolants… Son dernier grand rôle, il l’obtiendra dans un très beau film de Jeremy Leven, en 1995, Dom Juan DeMarco dans lequel il interprète le psychiatre d’un Johnny Depp qui invente sa vie et ses conquêtes féminines.

Marlon Brando était un acteur hors norme, totalement imprévisible qui basait son jeu sur des émotions maximales et des effets (déplacements, mouvements,…) minimaux. Sa présence à l’écran, son regard puissant et explicite, sa voix nasillarde mais suave ont assuré un style unique. Par ailleurs, Brando développe une technique basée sur l’improvisation, sortant souvent du scénario pour restituer l’histoire à sa façon. Il met en exergue tous les aspects psychologiques des personnages qu’il interprète… Plusieurs générations d’acteurs, de McQueen à Nicolas Cage en passant par Al Pacino, Robert de Niro, Jack Nicholson, Harvey Keitel ou Dustin Hoffman, reconnaissent leur jeu influencé par celui de Brando. L’American Film Institute déclare Marlon Brando comme le quatrième plus grand acteur de tous les temps (derrière Humphrey Bogart, Cary Grant et James Stewart) mais avec cinq films (Le Parrain, Sur les Quais, Appocalypse Now, Un tramway nommé Désir et Les Révolté du Bounty) dans le top 100 des meilleurs films et deux de ses répliques dans le top 10 des meilleurs répliques du cinéma, toujours selon cet Institut, il me semble clairement que l’on peut qualifier Brando de meilleur acteur de tous les temps !

Il s’est éteint, presque solitaire, le 1er juillet 2004, il y a huit ans aujourd’hui…

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