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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 08:28

De la recherche du bonheur comme étant le bonheur...

C'est la journée du bonheur, parait-il, aujourd'hui... L'occasion de ressortir ce texte qui a déjà quelques années.

 

bonheur.jpgQu’est-ce que le bonheur ? Suis-je heureux ? Cette double interrogation occupait mon esprit l’autre soir alors que j’étais seul à la maison… Les moments de solitudes sont un espace propice à la réflexion et à l’introspection aussi décidé-je de m’attarder sur ce bonheur en questions. Etre heureux, c’est jouir du bonheur paraît-il. Si le bonheur est un état psychologique de parfaite sensation intérieure par rapport à la vie qui nous entoure, alors je peux dire que je suis heureux… D’aucuns avancent que pour rencontrer le bonheur il faut répondre à la satisfaction de quatre éléments :
· le désir : l’envie d’être bien, de posséder quelques biens ;
· le devoir : la sensation d’avoir un rôle à jouer, d’avoir des choses à accomplir ;
· le savoir : la connaissance des choses, la culture somme toute ;
· le beau : la recherche de l’esthétisme autour de soi.

Il s’agirait donc de trouver une harmonie entre ces quatre éléments pour rencontrer le bonheur ! Plus prosaïquement, d’autres disent que le bonheur c’est l’absence de malheur… Si tout va bien, que les soucis ne s’accumulent pas au seuil de l’huis, c’est le bonheur ! Si l’on s’en réfère à l’étymologie du mot, ces derniers seraient proches de la réalité puisque l’heur est la fortune, ce mot étant à entendre dans son sens premier qui signifie le sort qui est réservé à une chose ou à un être ; cette fortune peut être bonne ou mauvaise. Le bonheur serait donc la bonne fortune, l’absence de mauvaises choses…

A l’origine, l’Homme en tant qu’animal mammifère dispose de deux médias basiques pour exprimer sa sensation par rapport au monde alentour ; le plaisir et la douleur. Le bonheur s’exprimerait alors dans la sensation de plaisir. Cette définition du bonheur-plaisir serait-elle désuète puisque liée aux instincts primaires humains ? Que du contraire, plus que jamais dans la société telle qu’elle évolue en ce début de 21è siècle, le bonheur est intimement lié au plaisir… Au plaisir de posséder, au plaisir de dominer, au plaisir en tant que loisirs que nous avons de plus en plus développés. L’avoir semble prendre la mesure de l’être ! Pour tendre au bonheur, l’Homme cherche l’avoir tant matériel que lié à l’apparence. Et pourtant le bonheur a de tous temps été intimement lié à la richesse… Ceux qui avaient bonne fortune pouvaient se permettre d’être heureux, les autres à qui la fortune n’avait pas sourit ne pouvaient se que contenter de petites joies qui donnent l’illusion du bonheur. Pour paraphraser la vision qu’avait de la justice Jean de La Fontaine, je résumerais le bonheur ainsi : selon que vous soyez puissant ou misérable vous serez heureux ou malheureux ! Et puis est arrivée la seconde moitié du 20è siècle avec sa démocratisation de la consommation. Chacun voyait le bonheur frapper à sa porte sous la forme d’une consommation effrénée, quitte à monnayer son bonheur à crédit…

Il existe fondamentalement deux richesses ; la richesse philosophique empruntée au sage, qui est construite de spiritualité, de savoir et de raison, et la richesse matérielle, qui repose sur la possession. Si l’on en revient aux quatre éléments à satisfaire pour rencontrer le bonheur il s’agit alors de doser savamment ces deux richesses pour y parvenir… Mais il faut constater que l’aspect philosophique du bonheur tend à disparaître un peu plus au fil de l’évolution de la société moderne. On est heureux de sa nouvelle voiture, de son lecteur DVD, de son iPhone dernier cri… ainsi est-on fait d’une manière générale. Il reste assurément quelques exceptions, des êtres à part qui vivent sans toutes ses possessions modernes qui font le bonheur. Ils le font consciemment ou par la force des choses et sont baptisés, par la horde consommatrice des gens normaux, asociaux ou marginaux selon qu’ils se privent volontairement ou par faute de moyens du bonheur moderne…

Oui, le bonheur est aujourd’hui un assortiment matériel ! Mais ce constat m’amène à m’interroger plus avant… Le bonheur est-il le bonheur en tant que finalité ou est-il la quête du bonheur ? Par là j’entends que le moment qui coïncide avec l’entrée en possession d’un objet est-il le bonheur, ce bonheur s’étend-il encore quelques instants plus après lorsque l’on étale l’objet à la convoitise et à l’envie des autres ou le bonheur est-il l’excitation qui va du moment où l’on désire un objet au moment où on l’obtient ? Si, comme je tends à le démontrer, le bonheur moderne c’est la possession, il s’éteint forcément avec l’acquisition de son objet. Et une fois acquis cet objet de bonheur, l’Homme se tourne vers de nouvelles envies, vers la quête d’un nouveau bonheur… Finalement, la quête du bonheur dure plus longtemps que l’acquisition du bonheur ; cette quête est composée d’une succession de petits instants jouissifs où l’on imagine son bonheur et les effets – envie, jalousie, admiration… - qu’il produira sur les autres. C’est petits instants jouissifs rendent heureux et s’apparente donc à une forme de bonheur… On peut donc légitimement se poser la question de savoir si la quête du bonheur n’est pas le vrai bonheur ? C’est un peu à l’image de la conquête de l’amour ; la période la plus intense n’est-elle pas la parade de séduction qui consiste à faire basculer l’être à conquérir dans ses filets ? L’excitation est à son comble tant que l’on a pas atteint le cœur à séduire… Vais-je y parvenir ? Comment paraître le plus à mon avantage pour mener ma conquête amoureuse à bien ? Parfois, cette victoire met plusieurs semaines à se dessiner alors il convient de ruser, de séduire davantage, de se battre… S’il est réellement question d’amour, l’envie se renforce avec le temps passé à séduire et lorsque se produit l’étincelle la bataille s’achève sur un sentiment particulier ; celui d’être parvenu à ses fins et de n’avoir plus rien à attendre… En amour, comme en bonheur et en tout autre domaine, la quête est plus grisante que l’aboutissement ! Tchékhov écrivit «Nous ne sommes pas heureux et le bonheur n’existe pas, nous ne pouvons que désirer»(1), je penche plutôt pour le postulat que, aujourd’hui, le bonheur c’est le désir…

La conclusion de ma réflexion sur le bonheur m’amène dire que l’Homme cherche le bonheur comme une finalité mais qu’en fait le bonheur est un instant éphémère. Le bonheur ultime n’existe pas et c’est bien mieux ainsi car une fois atteint, il n’y aurait plus rien à espérer de la vie. Le bonheur est une quête de moments brefs qui se suivent, selon les cas, à intervalles plus ou moins réguliers et plus que ces instants court, c’est leur recherche qui nous rend heureux !

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(1) «Les trois sœurs» (1901)

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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