Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 18:34

Il y a 30 ans... un attentat ravageait la gare de Bologne

 

bologne.jpgNous avons tous encore en mémoire les sinistres attentats qui ont fait 200 morts dans les gares madrilènes en mars 2004. Mais près d’un quart de siècle avant, une autre gare européenne avait été détruite par une bombe terroriste ; celle de Bologne, en Italie. Oh, bien sûr, les deux attentats sont différents mais ils ont en commun d’avoir été fomenté par des extrémistes : des islamistes à Madrid, en 2004, et des néo-nazis à Bologne, en 1980…

Le samedi 2 août 1980, la gare de Bologne - l’une des plus fréquentées car elle constitue le nœud ferroviaire le plus important d’Italie, permettant de relier les quatre coins du pays – est pleine. Les juilletistes croisent les aoûtiens tandis que ceux qui ne sont pas en vacances vaquent à leurs activités quotidiennes. Le train pour Chiasso, dans le Tessin suisse, entre en gare… A 10h25, une déflagration énorme se produit détruisant quasiment toute la gare et renversant le train de Chiasso ; elle fait 85 morts et plus de 150 blessés. Pas de doute, la date et le lieu choisis sont la preuve que l’attentat était prévu pour tuer un maximum de badauds… Nous sommes en plein cœur des Années de Plomb ainsi baptisées car plusieurs pays du monde sont secoués par des actes terroristes : La Bande à Baader (Allemagne), le GRAPO et l’ETA(Espagne), l’IRA (Irlande), Action Directe (France), l’Armée de Libération Symbionaise (USA)… font régner la terreur à grands coups d’attentats, d’enlèvements et de meurtres. En Italie, le groupe d’extrême gauche Brigate Rosso (Brigades Rouges) pratique ce qu’il appelle la propagande par les faits. Tous les Italiens gardent à l’esprit l’enlèvement et l’assassinat, en 1978, d’Aldo Moro, Président du parti Démocratie Chrétienne et ancien Président du Conseil ainsi que les divers attentats commis par les Brigades Rouges… Il va ainsi de soi que l’attentat de Bologne est immédiatement imputé aux Brigades Rouges.

Mais dès le début de l’enquête certains inspecteurs de la police italienne sont d’avis qu’il faut tempérer cette attribution de l’attentat aux BR. En effet, deux éléments permettent le doute :

- premièrement l’attentat n’est pas revendiqué par les Brigades Rouges, ce qui n’est pas dans leur style. Puisqu’elles reposent sur la propagande par les faits, ne pas reconnaître un acte posé va à l’encontre de leur idéologie ;
- deuxièmement, Bologne est un bastion communiste légendaire, pourquoi les Brigades Rouges frapperaient-elles si durement une ville d’extrême gauche ?

Les enquêteurs découvrent rapidement que la bombe était placée dans la salle d’attente, en plein cœur de la gare et ils orientent leurs investigations sur plusieurs pistes ; Brigades Rouges, évidemment, mais aussi extrême droite et plus particulièrement les Nuclei Armati Revoluzionari (NAR, Noyaux Armés Révolutionnaires) qui ont déjà revendiqué une vingtaine d’attentats depuis le début de l’année. La Loge maçonnique P2 (Propaganda 2 est aussi soupçonnée et l’on va même jusqu’à penser que les services secrets italiens pourraient avoir trempé dans l’affaire… Gladio, une structure clandestine de l'OTAN créée après la Seconde Guerre mondiale pour parer à une menace d'invasion soviétique, figure aussi sur les calepins de la police comme étant un des commanditaires éventuels de l’attentat.

Fioravanti et Mambro, bras armés ou cerveau ?


Le 6 août 1980, les 85 morts de la gare de Bologne sont enterrés dans une ambiance détestable, les autorités bolognaises et la police sont conspuées. Et pourtant, les enquêteurs font bien leur travail. Ils parviennent sur base de témoignages et de renseignements fournis par des indicateurs à identifier deux activistes fondamentaux et néo-nazis des NAR, Valerio Fioravanti et sa compagne Francesca Mambro, surnommée la Passionaria Noire. Immédiatement, ces deux cadres des Noyaux Armés Révolutionnaires deviennent les personnes les plus recherchées de la Botte. Fioravanti est blessé et arrêté, au terme d’un échange de coups de feu dans lequel sont abattus deux policiers, en février 1981 à Padoue. Mambro parvient à s’échapper et poursuit sa cavale jusqu’en mars 1982 où elle est arrêtée, à Rome, lors du braquage d’une banque.

L’instruction et le procès de Mambro et Fioravanti durent près de 15 ans ! Le 23 novembre 1995 ils sont condamnés tous les deux à la prison à perpétuité. Ils ont été le bras armé de l’attentat de Bologne mais rien ne permet, aujourd’hui encore, d’affirmer qu’ils ont agi seuls, qu’ils n’ont pas été téléguidés…

Depuis 1998, Francesca Mambro et Valerio Fioravanti bénéficient d’un régime de semi-liberté, ils sont actifs au sein de l’association Nessuno Tocchi Caino qui milite, à l’échelle mondiale, pour l’abolition de la peine de mort. Ils se sont mariés et ont eu une fille

In memoriam


Afin que la mémoire ne s'efface pas, la reconstruction de la gare a prévu la sauvegarde du trou causé par l'explosion dans la salle d'attente et même celle de l'horloge, qui indique encore 10h25… Le 2 août est, en Italie, une journée consacrée à la mémoire de tous les attentats terroristes et de leurs victimes.

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
commenter cet article

commentaires