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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 18:34

Le 54è album des aventures des Tuniques Bleues est sorti, Lambil et Cauvin flanquent dans les pattes de Blutch et Chesterfield une chirurgienne féministe et abolitionniste... Mary Edwards Walker.

walker.jpgLe Caporal Blutch et le Sergent Chesterfield sont assurément deux des personnages les plus attrayants de la bande dessinée belge tant par l'humour que la série Les Tuniques Bleues dégage que la par la qualité du travail de recherches pour les scénarios ou encore par la finesse du trait. Les auteurs, Raoul Cauvin et Willy Lambil, entraînent depuis bientôt 40 ans le lecteur dans les méandres du conflit civil américain du 19è siècle; ils prouvent à foison que l'on peut traiter avec humour un thème grave... Mais que l'on ne s'y trompe pas, au travers des relations ambigües entre le sergent un peu benet qui rêve de gloire sur les champs de batailles et le caporal couard qui ne rêve que de déserter c'est bien un message antimilitariste et pacifiste qui transparait et qui fustige l'illusion de la gloire. Ce qui fait, par delà l'humour qu'elle contient, la qualité de la série ce sont les élements réels que les auteurs y intègrent. Batailles célèbres (Bull Run, Rumberley...), événements véridiques (le blocus maritime des états sudistes, les drafts riots(1) de New York, l'apparition des photographes de guerre dont le travail servait surtout à manipuler les masses...) où personnages historiques (Lincoln, Lee, Grant... mais aussi Jesse James, William Quantrill) rendent crédibles les aventures des Tuniques Bleues du 22è de cavalerie.

Le nouvel album des Tuniques Bleues est disponible depuis quelques jours ! Cette fois encore, nos deux héros sont confrontés à un personnage qui a marqué la Guerre de Sécession, le Docteur Mary Edwards Walker. Pour pallier au manque de médecins sur les champs de bataille, le général Alexander fait appel au Dr Mary Walker, une féministe et antimilitariste convaincue... Antimilitariste, voila qui devrait plaire au Caporal Blutch qui a tôt fait, pour éviter de nouvelles charges meurtières, de se porter volontaire pour assister le médecin. Mais voila, avec ses positions tranchées, le Dr Walker va semer la zizanie au sein des troupes du Général Alexander... Voila dressé, en quelques mots, le synopsis de ce 54è tome des Tuniques Bleues, intitulé Miss Walker. 

walker-2.jpgMary Edwards Walker était née le 26 novembre 1832, à Oswego dans l'état de new York. Rapidement, elle décide de s'orienter vers la médecine et une fois son dîplôme obtenu exerce dans sa ville natale. Lorsqu'éclate la Guerre de Sécession, en 1861, elle n'a que 29 ans et pas beaucoup de pratique professionnelle. Comme beaucoup de jeunes médecins qui ne sont pas encore tout à fait installés dans leur profession, elle se porte volontaire pour rejoindre l'armée de l'Union. Son boulot : soigner les blessés sur les champs des diverses batailles de cette guerre civile qui ravagent le pays. Bien qu'elle soit médecin et formée à la chirurgie, elle n'est affectée que comme infirmière car elle évolue dans un milieu d'hommes qui ne voient pas forcément d'un bon oeil l'idée de confier un poste de chrirugien à une femme. Cette discrimination fait naître, en elle, un féminisme latent; les horreurs qu'elle voient sur les champs de bataille - à Manassas (Bull Run) notamment - engendrent, en sus, une forme d'antimilitarisme qu'elle ne cachera jamais, pas même aux colonels et généraux qu'elle croisera pendant son engagement. La pénurie de médecins amène, enfin, Mary Walker a endosser par la force des choses le rôle de chirurgien. Elle exerce d'abord dans un hôpital de Washington avant de rejoindre les lignes de l'Union sur la Bataille de Fredericksburg, en décembre 1862. Elle passe, ensuite, de lignes en lignes jusqu'en septembre 1863 où elle est affectée au 52è d'Infanterie de l'Armée du Cumberland, sous les ordres du Général William S. Rosecrans.

Obsédée par les victimes non-militaires du conflit, elle s'aventure souvent en dehors des lignes de l'Union pour aller soigner des civils. C'est lors d'une de ses sorties, le 10 avril 1864 à Richmond, qu'elle est faite prisonnière par l'armée sudiste qui l'accuse d'espionnage. Condamnée à mort pour cette raison, elle est cependant échangée contre plusieurs prisonnier confédérés. Elle est alors affectée à la direction d'une prison pour femmes et puis d'un orphelinat. C'est loin des champs de batailles qu'elle finira la guerre. Pour son action envers les soldats blessés, elle est récompensée de la Médaille d'Honneur (Medal of Honor), la plus haute distinction militaire des Etats-Unis.

A l'issue de la Guerre de Sécession, elle s'engage sur la voie du militantisme féministe et mène le mouvement des Suffragettes aux Etats-Unis avec Susan Anthony et Elisabeth Cady Stanton. Elle devient conférencière et écrit plusieurs livres tout en continuant à pratiquer la médecine et en s'engageant dans le développement de la médecine populaire. L'un de ses ultimes chevaux de bataille sera celui du droit de vote pour les femmes américaines. Elle s'y investi corps et âme durant les dernières années de sa vie ce qui lui vaudra quelques revers symboliques comme le retrait de sa Médaille d'Honneur, en 1917, au prétexte qu'elle n'était pas militaire... Mary Edwards Walker meurt, à 86 ans, en 1919; à peine un an plus tard, le Confrès votera le 19è Amendement de la Constitution Américaine, celui qui confère le droit de vote aux femmes. En 1942, un des nombreux Liberty Ships (bateaux de la liberté), ces cargos chargés de ravitailler les forces alliées, fut baptisé SS Mary Walker en hommage à cette grande dame. En 1977, le Président Jimmy Carter restituera, à titre posthume, sa Médaille d'Honneur à Mary Walker.

Avec Mary Walker, les Tuniques Bleues nous entrainent dans une nouvelle charge humoristique contre l'absurdité dela guerre.

Mary Walker
54è Album des Tuniques Bleues
Par Lambil et Cauvin
Editions Dupuis
48 pages

Les petits plus de l'article :

   - Site internet des Tuniques Bleues
   - Site internet de Dupuis

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(1) émeutes engendrées par la conscription de civils votée par le Congrès en 1863

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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