2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 11:06

Série de l'été - 1963, Bob Dylan devient le le chantre de la protest song...

01-blowin-in-the-wind-image-copie-1.jpgC'est à Minneapolis, à l'Université du Minnesota, que Robert Zimmerman s'initie à la musique. Il fréquente, en 1959, le quartier de Dinkytown où zonent les artistes influencés par le mouvement Beat dont les auteurs Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William S. Burroughs sont les chefs de file. Par l'intermémdiaire de Pete Seeger et Woody Guthrie, le jeune Zimmerman découvre la musique folk, la musique dite des pionniers et des bâtisseurs qui influencera bientôt la protest song. Avec ses allures de vagabond, il s'intègre parfaitement dans ce microcosme et c'est naturellement qu'il prend sa guitare et monte sur des petites scènes sous le pseudo de Bob Dylan. Malgré sa voix monotone et rauque, il remporte un certain succès. Il abandonne rapidement ses études pour aller à New York. C'est dans le quartier bohème de Greenwich Village que Dylan s'installe; il chante alors tous les soirs au Café Wha?(1) qui offre une scène libre aux jeunes chanteurs et poètes qui peuvent entrer librement et y interpréter ou réciter une de leurs oeuvres chaque soir. A cette époque, Woody Guthrie, qui est l'idole de Dylan, est hospitalisé dans le New Jersey car il souffre de la Chorée de Huntington. Sans le connaitre personnellement, Dylan se rend à l'hôpital pour rencontrer Guthrie; ce dernier le reçoit afin de rompre la monotonie de son hospitalisation et, rapidement, se prend d'amitié pour ce jeune wanderer à la voix unique. Chaque jour, désormais, Dylan passe à l'hôpital pour discuter avec Guthrie et apprendre de lui. Lorsque Guthrie peut sortir de l'hôpital, par intermitence, il vit dans un appartement de l'East Orange, dans le New Jersey. Cet appartement devient rapidement un lieu de rencontre et de créativité pour folkeux; Cisco Houston, Pete Seeger, Jack Elliot et Bob Dylan se réunissent autour de Woody Guthrie pour travailler et répéter des classiques de la musique folk mais aussi pour créer de nouveaux morceaux. Dylan a, à peine, 20 ans qu'il apprend déjà des plus grands du folk... Il se produit sur différentes scènes new-yorkaises, mélangeant standards du folk et créations personnelles.

Entre Droits Civiques et Vietnam


1961 est aussi la pleine période du Mouvement pour les Droits Civiques qui a débuté en 1955, dans l'Alabama, avec le boycott des bus de Montgomery. Tandis que les Etats-Unis s'engluent au Vietnam, plusieurs associations militent pour l'égalité des droits entre population blanche et population noire. Le Président Kennedy lance son programme de discrimination positive dans le but d'éliminer la discrimination raciale face à l'emploi tandis que les étudiants noirs de différentes universités multiplient les sit-ins afin d'obtenir les mêmes droits que les étudiants blancs. Si Dylan s'intéresse à cette 'actualité, il ne s'imagine pas qu'il en fera bientôt partie. Pour l'heure, c'est surtout à sa carrière qu'il s'intéresse. Au Club47, il rencontre Carolyne Hester, une jeune chanteuse qui va enregistrer un disque chez Columbia Records et qui cherche un harmoniciste. Bob Dylan se débrouille à l'harmonica et elle lui propose le job qu'il accepte dans l'espoir de se faire remarquer par les pontes de Columbia. Et c'es ce qui se passe ! Il propose la chanson Baby come back, qu'il a composée, à Hester... mais c'est surtout John H. Hammond, Directeur Artistique de Columbia qu'elle séduit. Ce dernier propose à Dylan d'enregistrer un album, ce qui est rapidement fait. Il ne faut, en effet, que trois séances d'enregistrement, en novembre 1961, pour graver Bob Dylan, qui déflore la discographie du chanteur. La plaque contient surtout des chansons folks traditionnelles comme Fixin' to die, Highway 51 ou You're no good mais aussi une reprise de The house of risin' sun, un titre des années '30 qui connaitra la gloire en 1964 avec la version des Animals, avant d'être adaptée par Johnny Hallyday, la même année, sous le titre Le Pénitencier. Enfin, l'album est complété par deux titres écrits par Dylan, Talkin' New York et Song to Woody, un hommage évident à son mentor. Bob Dylan sort en mars 1962 et recontre un succès relatif à l'époque.

Ce succès mitigé n'empêche pas Dylan de penser à un second album. En avril 1962, dans un café de New York - The Commons -, au terme d'une discussion politique un peu tendue, il griffonne quelques mots et quelques notes de musique. Le texte est une succession d'interrogations, des questions que se pose un homme sans vraiment trouver de réponse (the answer my friend is blowin' in the wind/la réponse mon ami est soufflée dans le vent), la musique est une mélodie simple inspirée d'un chant d'esclaves noirs. Le soir même, il se rend au Gerde's, un autre café-concert de New York, où il propose sa chanson à un ami, Gil Turner, qui est tellement enthousiaste qu'il en apprend rapidement les accords pour la chanter sur scène. C'est le succès total ! Le public ovationne longuement Turner et, dans les jours qui suivent, par le bouche à oreille, la chanson envahit les campus de New York et du New Jersey. Plusieurs chanteurs folks qui se produisent à New York la reprennent. Avant-même qu'elle ne soit enregistrée, Blowin' in the Wind est devenu un tube, sa diffusion est amplifiée par la parution, en mai 1962, d'un article qui parle du phénomène et qui publie les paroles. Columbia sent évidemment la bonne affaire et propose immédiatement à Bob Dylan d'entrer en studio pour enregistrer la chanson. Si l'enregistrement a lieu en juillet 1962, il faudra attendre mai 1963 pour la trouver sur le deuxième album de Dylan, The Freewhelin' Bob Dylan.

Créée par Dylan, popularisée par d'autres

Le paradoxe de Blowin' in the Wind est que ce chef d'oeuvre de Bob Dylan aura été popularisé par divers autres interprètes avant que le public ne puisse entendre la version de l'auteur. Le premier à la chanter fut donc Gil Turner, avec son groupe The New World Singer, le soir même de l'écriture de la chanson. Il enregistrera même le titre sur un album de ballades folks quelques semaines plus tard. C'est ensuite au tour d'Odetta - qui fut l'une des influences majeures de Janis Joplin - de mettre Blowin' in the Wind sur son album Odetta sings Folk songs, en 1963. Le trio Peter, Paul & Mary décide aussi de graver la chanson sur son troisième album, In the Wind (1963). Le groupe dispose d'une renommée déjà internationale ce qui offre une vitrine hors des Etats-Unis à la chanson de Dylan. La version 45 tours de Bob Dylan ne sort qu'à l'automne 1963 et... ne marche pas. Pire encore, beaucoup imaginent que le jeune freluquet reprend le hit de Peter, Paul  Mary ! Si ces derniers ont fait connaitre la chanson à travers le monde, Odetta qui est une militante active du Mouvement des Droits Civiques va l'importer dans ce mouvement. Rapidement, Blowin' in the Wind devient l'archétype de la protest song et accompagne, en août 1963, la Marche sur Washington qui sera ponctuée par le fameux discours I had a dream... de Martin Luther King.

Blowin' int the Wind est une chanson simple avec des paroles poétiques qui ne font allusion à aucun événement précis, juste aux interrogations d'un homme. Cela la rend intemporelle et a contribué à en faire l'hymne de toute la génération contestataire des années '60 et du début des années '70. Si Dylan n'est pas reconnu tout de suite comme l'auteur-compositeur de la chanson, tout le mérite lui en reviendra vite et la chanson contribuera grandement à lancer la carrière du chanteur-poète de Duluth.


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(1) C'est dans ce lieu mythique de Greenwich Village que des pointures comme Bruce Springsteen, Jimi Hendrix, The Velvet Underground ont fait leurs premières armes face au public.

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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