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31 mars 2005 4 31 /03 /mars /2005 15:06

Il y a 25 ans mourrait l’athlète Jesse Owens, héros des Jeux Olympiques de Berlin, en 1936.


owens.jpgIl n’a que 22 ans lorsqu’il s’assure une place dans l’histoire sportive du 20è siècle, le 25 mai 1935, en battant trois records du monde (saut en longueur, 200 mètres, 200 mètres haies) et en égalant celui du 100 yards(1). Son record du monde du saut en longueur – 8,13 mètres - tiendra 25 ans… L’année suivante, aux Jeux Olympiques de Berlin, alors que la propagande nazie bat son plein, Jesse Owens entre dans la légende. Ses performances le qualifient pour les J.O. dans les épreuves de courses de vitesse (100 mètres, 200 mètres, 4 x 100 mètres relais, 110 mètres haies) et du saut en longueur. C’est nanti de sérieux espoirs de médailles olympiques que James Cleveland (J.C. qui en anglais se prononce [Djay-See]) Owens s’envole pour l’Europe. Petit-fils d’esclaves afro-américains, Owens à grandi dans l’Ohio, à Cleveland, où ses parents, métayers de profession, avaient abouti en quittant, en 1920, leur Alabama natal plus que jamais infesté de cagoules blanches nourries à la haine du Klan… Très tôt, il développe des qualités physiques extraordinaires et intègre l’équipe d’athlétisme de son collège avant de se faire recruter par la Ohio state University. A 23 ans, c’est avec les yeux d’un grand adolescent qu’il découvre l’Europe, lui qui n’a jamais réellement quitté son cocon si ce n’est pour participer fugacement à l’une ou l’autre compétition dans les états voisins de l’Ohio…

Mais, en 1936, l’Allemagne est nazie et le Chancelier Adolf Hitler entend se servir des Jeux Olympiques comme d’un tremplin à ses idées nauséabondes sur la supériorité de la race aryenne… Le contexte politique est tendu à l’extrême, plusieurs pays défilant le bras droit tendu face à Hitler lors de la cérémonie d’ouverture. Les pays qui n’ont pas sacrifié à cette reconnaissance émettent des critiques à l’égard de ceux qui l’ont fait… L’ambiance est lourde au matin 3 août 1936 alors que les athlètes disputent les premières séries de l’épreuve du 100 mètres. Dès sa première course, Jesse Owens égale le record olympique. Sa puissance et sa grâce sur la piste captivent le public déjà nombreux dans le stade berlinois. En fin d’après-midi, la finale promet le premier grand moment de ces jeux. Dès le départ, Owens bondit et fait l’hectomètre comme s’il était seul en piste. Au terme de 10,3 secondes d’effort, il franchit la ligne avec un mètre d’avance sur Ralph Metcalfe, un autre Américain. Owens décroche sa première médaille d’or devant un Chancelier Hitler médusé de voir triompher aussi aisément l’antithèse de sa race aryenne !

Le lendemain, Owens prend part à l’épreuve du saut en longueur, dont il est, depuis 15 mois le recordman du monde. Les qualifications ne sont pas aisées, les arbitres l’accusant d’avoir mordu la limite d’élan lors de ses deux premiers sauts. C’est un athlète allemand qui a beaucoup d’estime pour lui qui va aider Owens à se qualifier pour la finale du saut en longueur. En déposant un vêtement à quelque 50 centimètres de la fameuse ligne blanche à ne pas franchir, il incite Owens à s’en servir comme repaire pour son saut. Aucun arbitre au monde n’oserait sanctionner d’un «mordu» l’athlète qui aurait sauté 50 centimètres avant la ligne… Certes Jesse n’aurait pas le meilleur saut des qualifications mais il accéderait à la finale ce qui était, évidemment, le but recherché. Owens écoute l’Allemand et accède à la finale qu’il remporte en réalisant les trois meilleurs sauts du concours… Avec l’aide d’un athlète de l’Allemagne nazie, Owens remporte sa deuxième médaille d’or !

Le 5 août, c’est le 200 mètres qu’il remporte, en 20,7 secondes, avec une facilité déconcertante. Quatre mètres le séparent de son dauphin quand il franchit l’arrivée… Ayant fait l’impasse sur le 110 mètres haies, Jesse Owens est intégré dans le relais américain qui doit disputer l’épreuve du 9 août 1936. Sortis des qualifications sans embûches et sans trop puiser dans leurs réserves, les quatre sprinters noirs des USA réalisent une course exceptionnelle et pulvérisent le record du monde de la discipline. Ce nouveau temps de référence établi par Owens et les siens durera jusqu’en 1956 ! C’est la quatrième récompense dorée que le coureur de Cleveland passe autour de son cou…

Bien que le mythe prétende qu’Hitler refusa de saluer le champion américain, celui-ci affirme le contraire dans son autobiographie «L’histoire de Jesse Owens», publiée en 1970. Par contre, y précise-t-il encore, c’est le Président des Etats-Unis de l’époque, Franklin D. Roosevelt qui refusa de le voir, trop pris par une campagne électorale qu’il était… Quoi qu’il en soit, par la force de ses performances athlétiques, en cinq jours, Jesse Owens avait remis en questions la théorie de la race aryenne telle que soutenue par Hitler. Le stade olympique de Berlin a vibré au rythme de ses exploits successifs. Il devenait le premier athlète noir de l’ère moderne (c’est à dire depuis les J.O. de 1896 à Athènes), à remporter quatre médailles d’or durant la même olympiade ! De retour au pays, Jesse Owens devient professionnel pour d’uniques raisons financières. Il doit faire vivre sa famille entière et la course lui permet de rentrer assez d’argent pour y parvenir. Il participe a des exhibitions souvent ridicules comme cette course face à un pur-sang dont l’unique but pour les promoteurs est d’épater la galerie car tout avait été préparé à l’avance ; une distance suffisamment courte pour ne pas permettre au cheval de reprendre ses esprits et donner la pleine mesure de sa puissance après le coup de pistolet de départ… Dans les années 50, il trouva embauche chez General Motors en tant que médiateur entre la direction et les ouvriers noirs. Le Président Eisenhower l’engagea également comme ambassadeur pour la promotion du sport. Mais, bien que concerné par la situation, Owens refusa toujours de s’impliquer dans la cause du peuple noir américain allant même jusqu’à critiquer le poing levé de Tommy Smith et John Carlos sur le podium du 200 mètres aux Jeux Olympiques de Mexico, en 1968.

Retiré de la vie publique dès après cette olympiade teintée de Black Power, il ne se passionnera plus que pour ses collections de timbres et de monnaies. Gros fumeur, Jesse Owens décède d’un cancer du poumon, le 31 mars 1980. Bien qu’il ne fut pas le premier athlète noir de haut niveau, James Cleveland Owens fut incontestablement celui qui acquit la première reconnaissance internationale et qui donna naissance à une lignée d’athlètes noirs américains hors du commun, de Bob Hayes à Maurice Greene en passant par Car Lewis, Bob Beamon, Edwin Moses ou Tim Montgomery… En 1984, une rue de Berlin fut baptisée à son nom !

Sources :
- Black Athlete
- Wikipedia
- Comité Olympique International

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(1) ± 90 mètres ! Le 100 mètres n’existe pas encore aux Etats-Unis, Owens le découvrira seulement aux J.O. de Berlin

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