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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 06:00

Quand La Marseillaise version Gainsbourg dérangea l'aile conservatrice française...

gainsbourg.jpgIl y a 20 ans aujourd'hui que mourrait Serge Gainsbourg. Qu'on aime ou pas le personnage, il est indéniable que Gainsbourg est un grand de la chanson française; de ses débuts comme pianiste-crooner dans les casinos de Deauville ou du Touquet jusqu'à ses ultimes provocations en passant par le tremplin vers la célébrité que lui offrit Boris Vian ou les nombreux succès populaires qu'il composa, l'Homme à la tête de chou a marqué le répertoire francophone. Gainsbourg inspira des chanteurs français comme Daho, Renaud, Dutronc, Clerc, Paradis ou Taxi Girl mais aussi des chanteurs anglophones à l'image de Beck, Brian Molko, Marc Almond (qui fut le chanteur de Soft Cell), Marianne Faithfull, Michael Sipe (le chanteur de R.E.M.), Mick Harvey ou encore Portishead... En guise de modeste hommage à ce poète maudit, j'ai envie aujourd'hui d'évoquer un passage précis de la carrière de Gaisnbourg; une provocation qui n'en n'était peut-être pas vraiment une au bout du compte : sa Marseillaise en reggae !

1978, Serge Gainsbourg traverse une mauvaise passe artistique ! Il vient des publier un reccueil des ses poèmes qui n'a pas du tout marché auprès du public ni des critiques. Il avait mis toute son âme dans ses écrits et l'échec lui fait mal, d'autant plus mal que sa chanson Sea, sex an sun, qu'il avait composé à la va-vite pour prouver à certains qu'il pouvait lui aussi faire un tube disco, cartonne dans les boites de nuit et au hit-parade. Gainsbourg se rend compte que les adjectifs qualitatif et populaire ne riment pas forcément... en fait, ils commencent même à rimer de moins en moins souvent ! En outre, Sea, sex and sun sert de générique au film Les Bronzés, du Splendid, qui sort fin novembre 1978 et qui fait plus de deux millions d'entrées ce qui amplifie le succès de la chanson de Gainsbourg. Une chanson bâclée fonctionne mieux qu'un reccueil de poésie finement ciselé... Gainsbourg déprime ! Un jour, chez lui, par hasard, il feuillète son encyclopédie et s'arrête sur un article consacré à l'hymne national français composé, en 1792, par Claude-Joseph Rouget de l'Isle. Sous le texte, les paroles de l'hymne sont reprises et, dès après le second couplet, le refrain qui s'écrit sur huit lignes, n'est plus repris texto mais bien abrégé par "Aux armes, et caetera...". En fait, Gainsbourg imagine que le type qui a écrit l'article pour l'encyclopédie qu'il a sous les yeux n'avait pas la patience de réécrire à chaque fois les huit phrases du refrain, que "ça le faisiat chier de réécrire"(1) mais, surtout, que c'est là un excellent titre de chanson. Un titre qu'il ne veut pas laisser passer tant il le trouve bon, mais encore faut-il associer des paroles au titre... Et pourquoi pas, finalement, le texte original de Rouget de l'Isle ? Alors il adapte ses paroles sur un rythme reggae, remplace le refrain par la simple phrase aux armes et caetera et se propose de l'enregistrer ainsi. Autour de cette chanson il veut un album reggae alors il écrit et compose onze autres titres et s'envole pour Kingston, en Jamaïque terre du reggae, pour le mettre sur vinyle avec le concours des choristes de Bob Marley. L'album Aux armes et caetera sort en mars 1979 et comprend, notamment, Vieille Canaille, qu'il chantera en duo avec Eddy Mitchell quelques années plus tard, une reprise de La Javanaise et une autre de Marylou Reggae qui se trouvait déja sur l'album L'Homme à la Tête de Chou (1976).

L'album Aux ames et caetera est une révolution en France, d'abord parce qu'il importe un rythme qui était encore plus que méconnu dans l'Hexagone(2), ensuite parce qu'il crée la polémique. Les militaires sont heurtés par l'interprétation de l'hymne national par Gainsbourg. Le journaliste, romancier et futur académicien Michel Droit, qui fut un proche du Général De Gaulle, s'autorise une véritable diatribe dans les colonnes du Figaro Magazine du 1er juin 1979 à l'encontre de la chanson. Il emploie des termes violents comme chienlit ou profanation du sacré à l'encontre d'Aux armes et caetera mais, plus grave, il attaque personnellement Gainsbourg avec des mots comme pollution ambiante, Droit flirte même avec la limite de l'antisémitisme... Cette polémique initiée par les milieux conservateurs et militaires français servent davantage Gainsbourg qu'elle ne l'ennuient. Le chanteur prend quand même le temps de répondre, quinze jours après l'attaque, à Michel Droit dans un article publié dans Le Matin. Partout, dans ses cercles d'amis, dans les couloirs des radios ou des plateaux de télévision qui l'invitent, Gainsbourg répond lorqu'on évoque le sujet par un jeu de mot laconique et direct "On n'a pas le con d'être aussi Droit !" retournant encore un peu plus la situation à son avantage. Mais de simples mots couchés sur le papier vont devenir menaces verbales et physiques. Alors que l'album Aux armes et caetera devient disque d'or, le premier de la carrière de Gainsbourg, il décide de remonter sur scène. Il n'a pas donné de concert depuis le milieu des années soixante aussi est-ce un événement important lorsqu'il débute une tournée hexagonale en décembre 1979. Le 4 janvier 1980, à Strasbourg, une alerte à la bombe est lancée dans l'hôtel occupé par Gainsbourg et ses musiciens jamaïcains. Le soir même, la salle où il doit se produire est prise d'assaut par des para-commandos qui entendent clairement molester l'outrecuidant qui a osé profaner La Marseillaise. La situation est tendue et le service de sécurité a du mal à contenir les paras. Gainsbourg monte alors seul sur scène, déclare de façon haute et claire "Je suis un insoumis qui a redonné à La Marseillaise son sens initial ! Je vous demanderai de la chanter avec moi"(1) et il entone La Marseillaise à cappella devant les militaires aussi éberlués qu'incrédules qui, comme un seul homme, se mettent au garde-à-vous... Il en faut décidément bien peu, parfois, pour calmer des abrutis ! Gainsbourg quitte alors la scène en saluant les militaires d'un bras d'honneur magistral... Le concert est annulé pour le plus grand plaisir des paras mais avec cette audacieuse prise de risque, seul face à ses détracteurs, Serge Gainsbourg a évité un pugilat entre les militaires et ses fans...

Gainsbourg se plaisait à rapporter cette anecdote : il eut l'opportunité, lors d'une vente aux enchères à Versailles en 1981, d'acheter le manuscrit original de La Marseillaise de Rouget de l'Isle. Sa version lui ayant apporté succès et gloire, il voulut absolument obtenir le manuscrit, aussi enchérit-il jusqu'à 135.000 francs français de l'époque(3) pour l'acquérir. Lorsqu'il eut le document entre les mains, il vit qu'après le second couplet, Rouget de l'Isle notait pour le refrain... Aux armes, et caetera ! Ce n'était pas le copiste de l'encyclopédie qui n'avait pas eu la patience de recopier à chaque fois le refrain, mais bien Rouget de l'Isle en personne...

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(1) Scandales du XXè siècle - Gainsbourg métisse La Marseillaise, par Bruno Lesprit, in Le Monde, 1er septembre 2006
(2) il est communément admis aujourd'hui que c'est cet album de Gainsbourg qui introduisit le reggae en France !
(3) ± 14.000 euros

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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commentaires

GAMBETTA 14/06/2016 18:53

gfnf

Alix 05/06/2016 19:13

Super article, on trouve des infos qu'on ne trouve pas ailleurs (à se demander si elles sont véritables ^^) et le côté subjectif est plus agréable.

Lily 06/09/2015 16:44

merci au nom de tous les troisiemes qui font leur histoire des arts super article !!!

ee 28/05/2015 22:40

genial je suis en 3 et c'est exctement ce que j'avais besoin merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.

faf 04/03/2015 13:37

troooooooooooooooooooooooooooooooooooooooop bien

faf 04/03/2015 13:38

tu as raison