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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 14:31

Série de l’été – Henri Desgranges quitte définitivement son Tour de France, 8 juillet 1936.

 

tdf08.jpgC’est à Henri Desgranges, journaliste et patron de presse, que l’on doit le Tour de France, c’est lui qui l’imagina à l’aube du 20è siècle. A la fin du 19è siècle, le quotidien Le Vélo est l’unique titre de la presse sportive en France. Son patron, Pierre Griffard, prend ouvertement position pour le Capitaine Dreyfus alors que les financiers du journal sont plutôt antidreyfusards… Dès lors, ils choisissent de retirer leurs billes du Vélo pour financer un nouveau quotidien qui parlera surtout de sport. Ce nouveau support, baptisé L’Auto-Vélo, voit le jour le 16 octobre 1900 ; sa gestion en est confiée à Henri Desgranges qui est aussi un cycliste passionné et un sportif accompli. C’est lui qui établira le premier record du monde de l’heure cycliste, en 1893, avec une moyenne de 35,32 km/h. Evidemment, la guerre fait rage entre les deux quotidiens et surtout autour du cyclisme qui est le sport-roi en France à l’époque. Griffard attaque Desgranges en justice pour usurpation du nom de son quotidien et le 16 janvier 1903, par ordre de justice, L’Auto-Vélo est contraint de changer de nom. Il sera rebaptisé L’Auto, tout simplement. Alors que la guerre semble tourner à l’avantage de Pierre Griffard – procès gagné et plus de lecteurs pour Le Vélo -, Desgranges cherche une idée pour dynamiser son journal. Il doit agir vite et bien ! Quelques mois auparavant, vers la mi-1902, le journaliste de L’Auto Géo Lefevre avait proposé à Desgranges la création d’une course cyclistes en plusieurs étapes tout autour de la France. Cette idée saugrenue avait été rapidement écartée… Mais, tout compte fait, si c’était la bonne idée pour captiver le lecteur. Chaque jour, il attendrait des nouvelles de cette folle épopée qui relieraient plusieurs grandes villes françaises, il se passionnerait pour les aventures de ces héros sur deux roues et suivrait la compétition avec entrain et ferveur. Oui, c’est décidé, Desgranges va organise, par le biais de son quotidien, cette compétition inhumaine !

 

Tout s’enchaine, le 19 janvier 1903, soit trois jours seulement après le verdict du procès perdu, Henri Desgranges annonce officiellement la naissance de son Tour de France à bicyclette. En quelques semaines, toute l’organisation est mise en place. Le Tour de France partira de Montgeron, le 1er juillet 1903, et comportera six étapes à Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Paris. Maurice Garin, le vainqueur pédale pendant 94 heures étalées sur 18 jours pour accomplir ce Tour de France. L’idée est géniale, les ventes de L’Auto s’envolent à un point tel que, privé de ses lecteurs, Le Vélo doit cesser ses activités et disparait donc en 1904. Le succès du premier Tour de France à bicyclette est immense, il en appelle d’autres et Henri Desgranges décide donc de renouveler l’épreuve en 1904, puis de l’installer de façon récurrente, chaque année à l’été. La formule évolue et Desgranges gère son produit avec une poigne de fer. Ainsi, par exemple, toute forme d’assistance extérieure est prohibée, les cyclistes sont totalement livrés à eux-mêmes. Pour courir le Tour de France, il faut donc être un vrai sportif mais aussi un bon mécano et savoir prendre soin de sa personne.

 

Lille-Charleville, la toute dernière étape…

 

On doit à Desgranges plusieurs innovations sur le Tour de France, c’est lui qui :

- introduisit un premier classement par points, en 1905 ;

- créa le maillot jaune pour distinguer le leader de la course, en 1919 ;

- inventa le système des bonifications en temps à l’arrivée, en 1923 ;

- intégra les équipes régionales française à l’épreuve afin d’avoir plus de candidats nationaux, en 1928 ;

- supprima les équipes de marque et les remplaça par des équipes nationales pour éviter tout problème relationnel et de concurrence publicitaire, en 1930 ;

- imagina la caravane publicitaire pour refinancer le Tour de France, en 1930 ;

- lança le classement de la montagne, en 1933 (le maillot à pois n’apparaîtra qu’en 1975).

 

Pendant 32 ans, Henri Desgranges régna en maître sur son œuvre. Le pauvre Géo Lefevre, véritable père de l’idée, se contentera de jouer les faire-valoir. Desgranges fit de cette idée folle née en 1902 un véritable monument du sport international dès les années ’10. Chaque année, il suit avec ardeur son Tour de France. Mais au printemps 1936, quelques semaines avant le départ du Tour, il doit subir une grosse opération chirurgicale. Qu’à cela ne tienne, il sera quand même au départ du 30è Tour de France, le 7 juillet, à Paris. Son bras droit, Jacques Goddet, qui a pris de plus en plus d’importance depuis 1931 tant au sein de L’Auto que dans l’organisation du Tour de France, s’est occupé du moindre détail afin que Desgranges puisse quand même être sur le Tour. D’autant que pour cette édition, le public devrait être très nombreux sur les routes grâce aux premiers congés payés acquis quelques jours auparavant.

 

Les favoris de cette 30è édition sont le Belge Romain Maes, vainqueur sortant, son compatriote Sylvère Maes (aucun lien de parenté) ainsi que les Français Antonin Magne, vainqueur en 1931 et 1934, et Georges Speicher, qui gagna en 1933. Il conviendra de se méfier de l’équipe d’Allemagne qui participe pour la première fois sous la bannière nazie (ndlr aucun de ses membres ne terminera le Tour !!!). A noter aussi la présence de trois équipes dites de Touristes-Routiers, parmi lesquelles il y a René Vietto qui est tout sauf un touriste puisqu’il gagna six étapes en 1934 et 1935… La première étape, Paris-Lille (258 km), est remportée par le Suisse Egli qui règle un trio d’échappés pour endosser le premier maillot jaune qui lui est remis par Desgranges. Celui-ci est présent contre l’avis de ses médecins car, souligna-t-il alors, c’était son devoir que d’être sur le Tour de France. Le lendemain, 8 juillet 1936, les coureurs doivent rejoindre Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Dès le matin, Henri Desgranges n’est pas bien, il sait qu’il a présumé de ses forces, qu’il aurait encore du être en convalescence plutôt que par monts et par vaux sur les routes de l’Hexagone. Durant la journée, ses forces l’abandonnent totalement et, à Charleville-Mézières, c’est contraint et forcé qu’il est obligé de renoncer à suivre la Grande Boucle. Il remet toutes ses prérogatives, ses obligations et ses pouvoirs à son adjoint Jacques Goddet en promettant d’être de retour en 1937. Il ne reviendra jamais sur le Tour de France trop marqué par la maladie.

 

Henri Desgranges s’éteint le 16 août 1940, à Beauvallon dans la Drôme où il s’était retiré. Une stèle commémorative lui est dédiée au sommet du Galibier, dans les Alpes.

 

Tour de France 1936

Classement final

1. Sylvère Maes (Belgique)

2. Antonin Magne (France) à 26’55’’

3. Félicien Vervaecke (Belgique) à 27’53’’

Maillot vert : pas encore existant (créé en 1953)

Maillot à pois : Julian Berendero (Espagne)

Meilleur jeune : pas encore existant (créé en 1975)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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