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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 14:07

Série de l’été : l’orgueil de Merckx à Divonne-les-Bains, 6 juillet 1969.

 

tdf06.jpgLorsque s’élance l’édition de 1969, cela fait 30 ans que la Belgiqueattend un successeur à son dernier vainqueur du Tour de France, Sylvère Maes. En effet, aucun Belge n’a gravé son nom au palmarès après la seconde guerre. Et pourtant, il s’en fallut de peu pour qu’Herman Van Springel ne le fît en 1968 mais il perdit son maillot jaune, de manière assez incompréhensible lors de la dernière étape pour 38 secondes… Tout le monde s’accorde à dire qu’Eddy Merckx est capable de remporter le Tour, d’autant qu’à ses succès dans des classiques d’un jour et dans des courses à étapes de moyenne durée (Tour de Romandie et Tour de Catalogne 1968, Paris-Nice 1969) il a jouté un grand tour, le Giro en 1968. Mais il s’en fallut de peu que Merckx ne soit pas au départ du Tour de France 1969. En effet, impliqué dans une affaire de dopage lors du Giro duquel il est exclu, Merckx écope d’une suspension d’un mois synonyme d’absence sur le Tour. Il a été contrôlé positif à La Felcafamine lors de l’étape de Savone, le 1er juin alors qu’il est leader de l’épreuve. Prostré dans sa chambre, apprenant son exclusion du Giro, Merckx hurle son innocence. Assez bizarrement, les échantillons d’urine qui auraient du être contrôlé une deuxième fois comme l’exigent les règlements du cyclisme international ne le sont pas. Pire, le car-laboratoire du Giro disparait de la course et avec lui les fameux échantillons d’urine…

 

Dès lors, Merckx est blanchi au bénéfice du doute et pour vice de procédure ce qui lui permet d’être au départ du Tour de France, le 28 juin, à Roubaix. Ce Tour 1969 marque définitivement le retour à la course par équipe de marque et parmi les favoris on pointe Felice Gimondi (Salvarani) vainqueur en 1965, Roger Pingeon (Peugeot) qui l’emporta en 1967 voire Jan Janssen (Bic), surprenant vainqueur en 1968 et second en 1966. Bien entendu, dans ce Tour sans véritable patron, il est difficile de ne pas pointer Merckx comme l’un des favoris. Cette année 1969, il a déjà remporté Milan – San Remo, le Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège (un tel triplé n’est plus imaginable de nos jours) mais aussi Paris-Nice et Paris-Luxembourg… En outre l’équipe Faema est toute à disposition du jeune coureur Belge. D’ailleurs, assoiffé revanche, Merck a rebaptisé, non sans humour, son équipe Faites Attention Eddy Merckx Arrive. Enfin, le Tour passe chez lui, à Woluwé-Saint-Pierre où il a grandi, dès la deuxième étape ce qui lui procure une motivation complémentaire. Cependant, le prologue constitue une désillusion pour Merckx qui doit se contenter de la seconde place derrière l’Allemand Rudy Altig et qui, donc, n’arrivera pas en jaune à Woluwé comme il l’avait tant voulu. Qu’à cela ne tienne, si ce n’est pas en jaune qu’il y arrive, Le Cannibale remportera l’étape chez lui… Cette étape est divisée en deux parties, une étape en ligne de 147 kms qui relie Roubaix à Woluwé et un contre-la-montre de 16 kms dans Woluwé. Seconde désillusion, Marino Basso gagne l’étape en ligne ; il n’y en aura pas de troisième ! Faema gagne le contre-la-montre par équipe repoussant Salvarani et Bic à 45’’. Merckx endosse le maillot jaune.

 

Le lendemain, Julien Stevens, équipier de Merckx, l’emporte à Maastricht et endosse le maillot jaune. Il le gardera trois jours avant de le céder au Français Letort. Eddy Merckx a, depuis Roubaix, pointé une étape en particulier celle du 6 juillet, le contre-la-montre de Divonne-les-Bains. Non pas que cette étape ait un intérêt quelconque, elle est même plutôt courte, 9 kms, et le Tour de France ne s’y jouera pas. Mais l’échec du prologue lui reste dans la gorge et Merckx possède cet orgueil dont on fait les champions. Il veut faire le contre-la-montre de Divonne en jaune et même l’emporter vêtu de jaune. Pour cela, il doit enlever la tunique des épaules de Letort au Ballon d’Alsace. Le 4 juillet, Merckx dynamite le Ballon et remporte sa toute première victoire d’étape sur le Tour (ndlr compte non-tenu de la victoire de Faema dans le contre-la-montre de Woluwé). Seul l’Espagnol Joaquim Galera parvient à limiter les dégâts en restant sous la minute. Poulidor, Van Impe, Aimar, Gimondi et Pingeon sont rejetés à 4’21’’… Après une étape de transition, Merckx arrive comme il le souhaitait au départ du chrono de Divonne en jaune. Pour satisfaire son orgueil il doit encore le gagner. C’est sur les routes divonnaises que nait réellement la légende de Merckx. Ses rivaux sont motivés car ils ne doivent plus laisser filer de temps. Pour cela, ils vont tous devoir élever leur niveau très haut. Roger Pingeon, le vainqueur sortant, boucle les 8,8 kilomètres du parcours en 10’53’’, un temps remarquable qui place la barre très haut. Pour celui que l’on surnomme l’Echassier, il est important de marquer le coup. Pingeon sait qu’il ne reprendra pas beaucoup de temps sur moins de neuf kilomètres mais il s’agit de faire comprendre à Merckx que le Tour est encore long et qu’il faudra compter avec lui… Roger Devlaeminck, plutôt adroit dans ce genre d’exercice, perd cependant quatre secondes sur Pingeon, c’est dire si la performance du Français est remarquable. Poulidor ne fait pas mieux, il débourse même une seconde à Pingeon. Il reste quatre coureurs à partir : Gimondi, Janssen, Altig et Merckx. Fort de son temps Pingeon entrevoit la victoire. Gimondi se loupe totalement et perd13 secondes sur Pingeon. Jan Janssen réussit un chrono de10’58’’ qui lui permet à peine d’entrer dans le top10. L’Allemand Rudy Altig se sort les tripes et explose le temps de Pingeon de 13 secondes, 10’40’’ un véritable exploit… Reste Merckx qui a pris la route dans la liesse, il est acclamé par les spectateurs et déroule un braquet exceptionnel. Il s’arrache à la route pour venir battre Altig de deux secondes. 8,8 kms en 10’38’’, soit une moyenne exceptionnelle de 49,655 km/h ! A titre de comparaison, le meilleur chrono de Lance Armstrong – avec vélo et casque profilés et matériel ultramoderne – est de 53,986 km/, à Mulhouse en 2000. Avec son vélo «normal» Merckx réalisa un temps qui laisse rêveur encore aujourd’hui.

 

Eddy Merckx termine encore second à Chamonix, dans la roue de Pingeon avant de gagner à Dignes, avec les escalades de Vars et d’Allos, où seul Gimondi peut suivre, et à Revel où, contre-la-montre, il exécute tous ses adversaires. Le Tour 1969 s’est trouvé un vainqueur ! Si ce n’est pas à Divonne-les-Bains que Merckx le gagna, c’est bien ce jour là qu’il posa le premier vrai jalon de sa légende…

 

Tour de France 1969

Classement final

1. Eddy Merckx (Faema)

2. Roger Pingeon (Peugeot) à 17’54’’

3. Raymond Poulidor (Mercier BP) à 22’13’’

Maillot vert : Eddy Merckx (Faema)

Maillot à pois : Eddy Merckx (Faema)

Meilleur jeune : Non existant (créé en 1975)

 

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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