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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 11:33

Série de l’été : il me fallait une chute pour la série de l’été, elle portera sur cinq chutes terribles qui font partie de l’histoire du Tour…

 

tdf31.jpgLa chute est la hantise de tous les cyclistes, qu’ils soient pro ou pas, mais elle fait partie intégrante de ce sport. Le Tour de France n’a pas été épargné par les chutes tout au long de son histoire. Nous avons évoqué celle, tragique, de Fabio Casartelli (voir ici) et celles qui mirent fin aux rêves de victoires de Luis Ocaña en 1971 (voir ici) ou de Pascal Simon (voir ici) voire celle plus anodine mais aux conséquences capitales pour Zülle lors du passage du Gois (voir ici) mais le grand livre du Tour regorge de chutes plus ou moins graves que l’on pourrait évoquer. Le Tour 2011 ne fut d’ailleurs pas épargné par les chutes, on se souviendra longtemps de celles de Vinokourov, qui mit fin prématurément à sa carrière, et de Jurgen Van den Broeck, pas plus tard que le 10 juillet dernier sur la route de Saint-Flour voire celle, le même jour, de Johnny Hoogerland qui fut balancé dans les barbelés par un chauffard de France Télévision. La chute fait partie du sport cycliste, les cinq gadins magistraux que j’ai choisi d’évoquer pour conclure cette série de l’été sont :

-          celui d’Oscar Pereiro dans le col d’Agnel, en 2008 ;

-          celui de Chris Boardman dans le prologue de Saint-Brieuc, en 1995 ;

-          celui de Laurent Jalabert et Wilfried Nelissen, à Armentières, en 1994 ;

-          celui de Djamolidine Adboujaparov, à Paris en 1991 ;

-          celui de Bernard Hinault à Saint-Etienne, en 1985.

 

1. Oscar Pereiro, une chute de plusieurs mètres

 

tdf31.1Oscar Pereiro est un bon coureur mais pas un géant, c’est presque par hasard qu’il gagna le Tour 2006, grâce à un coup de poker (une échappée bouclée avec trente minutes d’avance sur le peloton) et un coup du sort (le déclassement de Landis, maillot jaune, pour dopage). En 2007, il se classe à une honorable 10è place, qui correspond plus à son rang, au classement final. Aussi, lorsqu’il se présente au départ du Tour de France 2008 c’est dans la peau d’un équipier de luxe pour Alejandro Valverde (Caisse d’Epargne) qui, avec Cadel Evans (Silence-Lotto), endosse le costume de grand favori de l’épreuve. Le Tour ne se déroule pas vraiment comme prévu pour la formation espagnole Caisse d’Epargne puisque rapidement Valverde est hors du coup. Au départ de la 15è étape, entre Embrun et Prato Nevoso, Valverde est 12è à 4’41’’, Oscar Pereiro pointe, quant à lui à la 15è place à 6’01’’… Il ne reste plus que l’espoir d’un succès d’étape pour les Ibères en noir. La pluie est de la partie et, pour la première fois de son histoire, le Tour de France emprunte le col d’Agnel (HC) qui relie la France à l’Italie. A l’origine, ce col ne devait pas être emprunté mais par mesure de prudence (risque d’éboulement de pierre dans le col de Larche) les organisateurs ont changé la parcours et dirigé le peloton vers Agnel. Une échappée matinale de quatre hommes se dégage et prend une avance importante. Le peloton se désintéresse des quatre hommes dont aucun n’est une réelle menace. Il semble se concentrer davantage sur la descente du col d’Agnel. Soudain, à l’entrée d’un virage large, en plein milieu du peloton, Oscar Pereiro fait un écart et bascule par-dessus le parapet. Il fait une chute de plusieurs mètres pour retomber violemment sur le bitume en contrebas. Ses équipiers mettent pied à terre pour lui porter secours, les médecins du Tour sont rapidement là, on se rend compte de la gravité de la chute. On craint même le pire un instant mais Pereiro bouge et l’on peut voir la douleur sur son visage. «J'ai cru mourir et l'unique chose que je voulais c'est ne rien sentir, être inconscient quand je toucherai terre» déclara-t-il plus tard. Il est emmené d’urgence à l’hôpital de Cuneo où sont diagnostiquées une fracture de l’humerus gauche et une fracture de l’épaule. Mais ce jour-là, Oscar Pereiro a quand même eu de la chance car les médecins qui l’ont opéré ont déclaré que 90% des victimes d’une telle chute auraient été consignées à vie dans un fauteuil roulant… Un an plus tard, il était au départ du Tour de France !

 

2. Chris Boardman, un tour qui dura moins de 4 kms !

 

tdf31.2Le Tour de France 1995, celui qui fit entrer Miguel Indurain (Banesto) au Panthéon du Cyclisme, débute par un prologue de 7,3 kilomètresà Saint-Brieuc, en Bretagne. Pour une basse question financière liée à la retransmission de ce chrono en direct et en prime-time, la course a lieu en soirée. Chris Boardman (Gan), champion du monde du contre-la-montre et vainqueur du prologue de 1994, apointé ce rendez-vous à son agenda depuis la présentation du Tour 1995. Le direct télé, à une heure de grande écoute, lui confère un attrait intéressant pour le véloce britannique. Mais une invitée de dernière minute change la donne : la pluie qui s’abat en trombes sur Saint-Brieuc à partir de 19h00. Plusieurs coureurs sont déjà partis, dont Jacky Durand (Castorama) qui fera un temps moyen mais qui ne sera plus battu car sur les routes bretonnes glissantes, aucun des spécialistes du chrono n’a voulu prendre des risques. Aucun sauf Chris Boardman qui démarre comme une flèche et qui, au bout de quelques minutes, glisse dans un virage. Il s’étale à plus de 60 km/h, dans une nuit précipitée par les conditions climatiques qui commence déjà à poindre, et fonce dans les barrières. Salement touché, il est contraint à l’abandon après moins de quatre kilomètres parcourus dans ce Tour 1995. Boardman remportera, au total, trois prologues du Tour de France (1994, 1997 et 1998), il passera grâce à ses victoires quelque six jours vêtu du maillot jaune. Par contre, le rendez-vous de Saint-Brieuc qui lui tenait tant à cœur sera un bel échec sanctionné par une chute mémorable à 60 km/h…

 

3. Laurent Jalabert et Wilfried Nelissen : le sprint fou d’Armentières

 

tdf31.3C’est à Lille que s’élance le Tour 1994. Boardman (Gan)- tient donc !- remporte le prologue et la première semaine est dévolue aux sprinteurs. L’on en compte plusieurs, et non des moindres, sur la route du Tour cette année là : Johan Museeuw (MG-Technogym), Guido Bontempi (Gewiss), Jan Svorada (Lampre), Djamolidine Abdoujaparov (Polti), Erik Zabel (Telekom), Jean-Paul Van Poppel (Festina), Wilfried Nelissen (Novemail), Nicola Minali (Gewiss) et même Laurent Jalabert (Once) qui, à l’entame de sa carrière, est un sprinteur pur. La première étape en ligne amène le peloton à Armentières, dans le Nord-Pas-de-Calais. Le peloton arrive groupé au terme d’une balade de 234 kilomètres, on se prépare au premier combat de sprinteurs. Chaque équipe tente de placer son cador car la route n’est pas très large. Derrière les barrières, la foule attend impatiemment le spectacle. De manière assez incompréhensible dans une organisation si bien rodée que celle du Tour de France, un agent de police, chargé de la sécurité est devant les barrières… Lorsque le peloton déboule au bout de l’ultime ligne droite, la vitesse approche déjà les 70 km/heure. La masse approche à une vitesse folle lorsque le policier, armé d’un appareil photo, avance d’un pas pour immortaliser sur pellicule cet emballage final. Dans son viseur, il n’a pas le recul utile pour jauger de la distance qui le sépare du peloton qui fond sur lui, le nez dans le guidon. Le champion de Belgique, Wilfried Nelissen, percute le policier de plein fouet. Laurent Jalabert, vêtu du maillot rose de la Once, ne peut éviter Nelissen et s’envole dans une cabriole impressionnante avant d’aller percuter les barrières de sécurité. La chute touche plusieurs coureurs mais Jalabert et Nelissen en sont les principales victimes… avec le policier qui est lui aussi sérieusement blessé. Si Nelissen n’a rien de cassé, il sera quand même contraint à l’abandon à cause des plaies qui le font souffrir toute la nuit. Quant à Jalabert, mâchoire cassée, il sera transporté à l’hôpital. Le Français avouera que cette chute l’a aidé à revoir ses dispositions et à abandonner progressivement le rôle de sprinteurs pour celui de baroudeurs. Un changement salutaire qui lui permettra de gagner la Vuelta en 1995.

 

4. Djamolidine Abdoujaparov, l’Ouzbek Dément !

 

tdf31.4.jpgSurnommé L’Express de Tachkent Abdoujaparov était assurément l’un des hommes les plus véloce du peloton des années nonante. C’était aussi l’un des plus détesté tant sa technique zigzagante de sprint était dangereuse ! Vainqueur de neuf étapes sur le Tour de France, il fut aussi souvent déclassé pour des sprints irréguliers, n’hésitant pas à heurter ses opposants ou à couper leur trajectoire. Abdou est responsable de plusieurs chutes durant sa carrière mais la plus spectaculaire reste, assurément, celle qu’il provoqua sur les Champs-Elysées lors de l’ultime étape du Tour de France 1991… Le traditionnel critérium des Champs-Elysées qui ponctuent, depuis 1975, l’arrivée du Tour de France devait permettre, cette année, à Miguel Indurain (Banesto) de savourer son premier succès sur la Grande Boucle. Pour Abdoujaparov (Carrera), qui dispute son premier Tour de France, cela doit aussi être l’apothéose puisqu’il s’apprête à remporter le classement par points. L’Ouzbek, déjà vainqueur à Lyon et à Reims, entend aussi l’emporter sur les Champs-Elysées pour parachever son œuvre en vert. Fidèle à sa technique de balayage gauche-droite, il lance le sprint mais dans sa fougue dangereuse, Abdoujaparov vient percuter une canette publicitaire géante à l’effigie d’une boisson américaine bien connue entrainant avec lui plusieurs coureurs dans la chute. Complètement sonné par le choc frontal avec la canette, Abdoujaparov reste au sol. Il doit franchir la ligne d’arrivée sinon il sera considéré comme abandonnant et perdra son maillot vert au profit de Laurent Jalabert… Plusieurs de ses équipiers qui ont assisté à la chute se sont arrêtés et ont compris la situation. Au mépris du danger que cela comporte pour l’Ouzbek, ils le relèvent, le remettent en selle et le poussent jusqu’à la ligne d’arrivée. Abdoujaparov conserve le maillot vert et écrit là l’une des pages les plus spectaculaires de sa légende de Boucher du Sprint

 

5. Bernard Hinault, le courage du Blaireau

 

tdf31.5.jpg1985, la dernière grande année du Blaireau ! Après avoir du s’effacer deux années de suite devant le jeune Laurent Fignon, Bernard Hinault (La Vie Claire) entend mettre à profit l’absence de son rival pour gagner une cinquième fois la Grande Boucle.Il vient de gagner le Giro et s’impose d’emblée comme le patron du Tour en gagnant le prologue et le chrono par équipe. Mais c’est dans le contre-la-montre de Strasbourg qu’il prend un véritable ascendant sur ses rivaux, à commencer par son équipier Greg LeMond mais aussi Stephen Roche (La Redoute) et Joop Zoetemelk (Kwantum). Les Alpes permettent au Blaireau d’asseoir encore plus sa domination, au sortir de cette première salve montagneuse, il compte 5’32’’ d’avance sur LeMond et 6’08’’ sur Roche. La 14è étape conduit le peloton d’Autrans à Saint-Etienne, elle est marquée par l’attaque du Colombien Luis Herrera qui gagne sur le Cours Fauriel tandis que LeMond, parti en contre, reprend deux minutes à Hinault mais, plus grave que cette perte de temps, lors du sprint du groupe dans lequel il se trouve, Bernard Hinault est victime d’une chute collective. Rien d’impressionnant à première vue, d’autant que la télévision nous montre cette chute de loin et par derrière… Mais lorsqu’il se relève pour repartir, Bernard Hinault a le visage en sang. Lors des quelques dizaines de mètres qu’il doit boucler pour terminer l’étape, la caméra nous montre, en gros plan, le visage d’Hinault maculé de sang et le nez complètement écorché… Le règlement est avec lui, la chute ayant lieu dans le dernier kilomètre, Hinault sera crédité du temps du groupe dans lequel il était… Sans ce point de règlement, il aurait perdu le maillot jaune. Le leader du Tour est hospitalisé et on décèle une fracture du nez. Il décide de repartir le lendemain car un maillot jaune n’abdique pas aussi facilement (Pascal Simon l’avait aussi démontré en 1983 !)… A la sortie de l’hôpital, Hinault aura cette phrase remarquable à l’attention des médias : «Je peux rassurer tout le monde, il n'y a rien, j'ai juste le nez cassé; il me reste mes 2 bras, mes 2 jambes, c'est le plus important». C’est au courage et réellement handicapé par une difficulté permanente à respirer que Bernard Hinault terminera ce Tour de France 1985. Il parviendra à contenir les envies de victoires de Greg LeMond qui lui reprend du temps dans toutes les étapes pyrénéennes ainsi que dans l’ultime chrono autour du Lac de Vassivière. C’est finalement avec 1’42’’ et dans la souffrance que le Blaireau remporte son cinquième Tour de France, avec bravoure et panache !

 

Voila, c’est ainsi que se termine notre série de l’été consacrée au Tour de France. Trente histoires autour du Tour que vous pouvez relire à l’envi => ici

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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