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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 10:29

Série de l’été – On voudrait un cyclisme éthique dans une société qui ne l’est pas !

 

tdf30.jpgIl est difficile de parler du Tour de France sans évoquer ce fameux dopage. L’édition 2011 de la Grande Boucle a été, à l’exception du cas de Kolobnev, plutôt épargnée – jusqu’à présent(1) – par ce phénomène intimement lié au cyclisme mais aussi, ne nous voilons pas la face, au sport-business moderne. Car le problème il est là, le sport n’est plus du sport au sens littéral ou noble du terme, c’est avant tout un business et, comme dans tous les business, la compétitivité et la rentabilité sont de mises ! Et dans ce grand barnum des temps modernes, il convient de mettre en avant que le cyclisme est le sport le plus contrôlé qui soit. Ceux qui crient haro sur le cyclisme semblent ne pas vouloir comprendre que c’est dans ce sport que l’on fait le plus pour contrer le dopage et que d’autres disciplines comme le football, le tennis ou le rugby, par exemples, sont plutôt épargnées par la chasse à la sorcière du dopage.

 

Du sport comme un spectacle dans cette société d’entertainment

 

Oui, il est évident que, aujourd'hui, le sport de haut niveau est devenu un spectacle et un business dans une société de loisirs mais qu’il n'est plus du tout du sport ! Il ne faut pas confondre : désormais le sport c'est l'activité physique que nous, simples quidams, pratiquons pour nous maintenir en forme; la pratique professionnelle de haut niveau c'est devenu du spectacle financé outrancièrement ! Si Di Luca, Rasmussen, Vinokourov, Federer, Cristiano Ronaldo, Kaka et toutes les autres stars du foot, du tennis, de la F1, du cyclisme, de l'athlétisme et cetera font du sport, c'est uniquement à côté de leur métier, en délassement... Leur métier n'est plus du sport ! Non, le «sport» de haut niveau est un spectacle physique, très physique, dont l’objectif est d’occuper les masses, de meubler leurs loisirs et de les contraindre à injecter leur argent dans le système économique mis en place par des multinationales ultralibérales dont le profit est l’unique intérêt… Pour preuve, la société ASO (Amaury Sport Organisation) qui organise le Tour de France fait partie du groupe Amaury qui détient les médias L’Equipe, Le Parisien, Vélo-Magazine ou France-Football notamment, et qui organise également le Paris-Dakar, le Marathon de Paris et l’Open de France de Golf… Jusqu’il y a peu, Amaury était aussi le propriétaire du Futuroscope de Poitiers. Finalement, le Tour de France n’est qu’une partie des activités de ce groupe financier.

 

Le sport de haut niveau est donc spectacle au même titre que le concert de Johnny au Parc de Princes. Vous êtes-vous demandé pourquoi, jusqu’il y a 20 ans, Johnny et les autres grands formats de la musique chantaient dans des salles comme l’Olympia, le Zénith ou le Bataclan et pourquoi désormais ils chantent au Parc des Princes ou à Wembley pour les stars internationales ? Tout simplement pour pouvoir entasser plus de monde et engranger des bénéfices plantureux qui font de ceux de l’époque de l’Olympia des oboles pour SDF… Il en va de même pour le sport-business. Droits TV, publicité, merchandising et contrats d’affaires sont ultradéveloppés autour des événements sportifs de haut niveau dans le but de fidéliser le quidam et de l’obliger à dépenser son argent en échange d’un spectacle… Aussi quand je vais voir un concert, je me fous que le chanteur ait fumé un joint, se soit fait un rail, avant de monter sur scène ou qu'il soit mort-bourré ! Je vais voir son show et s'il est bon je suis content ! C’est exactement pareil pour le cyclisme et le sport en général. Quand Armstrong et Ullrich se livrent bataille dans un col, je suis ravi... Quand Schleck et Contador font pareil, je vois le spectacle que j'attends. Si les coureurs se chargent comme des bœufs mais qu'ils le font volontairement, je n'en n'ai rien à foutre ! Je sais que cette position choque certains mais je m'en fous aussi...

 

Exemple, égalité des chances et agression corporelle ?

 

Nous avons évoqué, tout le mois durant, des exploits, des aventures humaines, des joies, des déceptions, des moments de vie… bref une litanie d’histoires d’Hommes qui ont fait le Tour de France. Coppi à l’Alpe d’Huez, Van Impe qui gagne le Tour dans Peyresourde, Thévenet qui assomme Merckx dans Pra-Loup, la souffrance de Pascal Simon dans le Puy-de-Dôme, la défaite d’Indurain à Pampelune, la mort de Casartelli dans le Portet d’Aspet, la domination outrancière de Merckx en 1969, le duel contre-la-montre entre Fignon et LeMond sur les Champs-Elysées vingt ans plus tard, Hinault le visage en sang qui poursuit sa route, la chute d’Ullrich sous la pluie nantaise ou le duel entre ce même Ullrich et Armstrong dans le Tourmalet… autant de grands moments, parmi d’autres, qui sont inscrits dans une légende qui ne demande qu’à en vivre de nouveaux dans les années à venir. Je dis haut et fort que je me fous de savoir si ces moments ont été entachés par le dopage ou pas ! L’évolution de la pratique sportive vers le spectacle-business est intimement liée au dopage, bien plus que les envies de gloire personnelles des athlètes… Ceux qui crient haro sur le dopage résument souvent leur argumentaire à trois thèmes principaux :

 

L’exemple : l’athlète, en tant qu’icône, doit donner l’exemple… surtout aux enfants qui voudraient se lancer dans le sport ;

L’égalité des chances : en «sport» (ndlr notez que je mets toujours le terme entre guillemets) chaque participant doit avoir les mêmes chances de remporter la victoire ;

L’agression physique du corps : le dopé porte atteinte à son corps, il joue avec sa santé.

 

Je me gausse et je reprends ces trois points pour les commenter :

L’exemple : aujourd’hui, l’exemple ce sont les peoples, des pseudo-chanteurs de la télé-réalité aux athlètes victimes de la mode en passant par les acteurs à belles gueules. Di Luca, Vinokourov ou Zidane sont des exemples au même titre que peuvent l’être Johnny, Paris Hilton, le vainqueur de la Starac’, l’abruti de Secret Story, Lindsay Lohan ou Amy Winehouse… Pourquoi, dès lors, ne suspend-t-on pas Doc Gynéco lorsqu’il fume un pétard ? Pourquoi ne fustige-t-on pas davantage Paris Hilton lorsqu’elle est bourrée ou Lindsay Lohan quand elle est ivre à la sortie d’une cure de désintoxication ? Pourquoi la France défend-t-elle Zidane lorsqu’il assène un grand coup de boule à la poitrine de Materrazzi en finale de la Coupe du Monde ? Pourquoi personne ne s’émeut-il lorsque Johnny balance en direct à la télé que ce même Zidane va deux fois par an dans une clinique suisse pour jouer avec son sang ? Quand Vinokourov le fait, on le traite de salaud et quand Rasmussen est exclu du Tour sans être contrôlé positif on le hue… Existe-t-il deux poids et deux mesures dans les exemples pour notre jeunesse ? OUI !

L’égalité des chances : peut-on conférer les mêmes chances de gagner le Tour de France à Christian Knees (un colosse de près d’un mètre nonante et plus de 80 kg) et à Alberto Contador, un grimpeur pur qui se défend contre la montre ? Non, évidemment, le second est naturellement avantagé. Donc l’égalité des chances n’existe déjà pas à l’origine avec la distribution génétique… Pareil dans la vie de tous les jours, peut-on parler d’égalité de chances entre Gisèle Bundchen, mannequin sublime, et Gisèle Dupont, 160 cm de haut et 160 cm de large ? Et entre le Real de Madrid, club multimillionnaire qui peut acquérir des stars planétaires, et le club kazakh du Tobol Koustanaï ? Tous les deux sont qualifiés pour la prochaine Champion’s League mais, dès avant l’entame de la compétition, leurs chances d’aller au bout sont fortement différentes… Imaginons même – pure utopie ! – que Koustanaï puisse lever la centaine de millions d’euros (oui, 100 millions pour un seul homme !!!) utiles pour acheter le Galactique Cristiano Ronaldo et que ce dernier ait donc le choix entre rester à Madrid ou aller à Koustanaï, que fera-t-il ? Existe-t-il une égalité des chances au départ dans le sport ? NON !

L’agression physique du corps : se doper c’est mettre son corps en danger… C’est assurément vrai ! Mais les athlètes qui ont recours au dopage le savent et le font, dans l’immense majorité des cas, en connaissance de cause. Dans le contexte du spectacle-business tel que le sport a dérivé, le dopage est aussi dangereux pour le sportif que ne le sont le tabac et l’alcool pour le commun des mortels. Un fumeur s’adonne à son vice sachant le risque physique qu’il encourt, un sportif s’adonne au dopage en sachant le risque physique qu’il court… Et tout comme le fumeur qui enfreindrait la loi sur le tabac dans les lieux publics, le dopés sait qu’il encourt une punition s’il est attrapé ! Existe-t-il un risque pour le corps ? OUI MAIS chacun n’est-il pas libre de prendre les risques qu’il veut avec son corps ?

 

Et dans notre vie quotidienne ?

Mais, puisque l’on parle d’exemples, ne sommes-nous pas, à travers la cellule familiale et le cercle relationnel, les premiers exemples d’éthique pour nos prochains ? Si, évidemment alors pourquoi adoptons-nous des comportements qui vont à l’encontre de l’éthique… vous savez cette éthique que l’on voudrait tant voir dans le «sport» de haut niveau !

La jeune femme qui entre en clinique pour une augmentation mammaire ou pour se faire un nouveau nez plus esthétique ne joue-t-elle pas avec son corps. Une anesthésie n’est pas sans risques pour la santé alors pourquoi exposer son corps lorsque ce n’est pas intrinsèquement vital ? Pour le faire correspondre à des canons de beauté arbitraires et pour augmenter artificiellement ses chances de plaire ! Est-ce éthique ? Non !

Mon collègue qui s’est enfilé, hier à 15h00, un Red Bull, une boisson énergisante, pour tenir le coup et finir sa journée n-a-t-il pas eu recours à un produit dopant ? Selon le dictionnaire, le dopage est «la pratique consistant à absorber des substances ou à utiliser des actes médicaux afin d'augmenter artificiellement ses capacités physiques ou mentales»… Dès lors, ce type s’est bel et bien dopé ! Est-ce éthique ? Non ! Faut-il le licencier, l’exclure de son travail ?

Pareil pour nos ados qui, en période d’examen, absorbe des pilules ou des compléments pour rester éveiller et s’aider, du moins le pensent-ils, à mieux retenir leur matière… C’est aussi une forme de dopage. Ils n’ont assurément pas besoin de Di Luca, Vinokourov ou Rasmussen pour savoir que l’on peut s’aider artificiellement… Est-ce éthique ? Non !

Que dire de ces mêmes ados qui, en sortie, enfilent moult litres de bières ou alcool avant de terminer aux urgences de l’hôpital dans lequel je bosse? N’est-ce pas là une manière de jouer avec son corps et sa santé ? Est-ce éthique ? Non !

Le gamin qui naît de parents défavorisés, sans emploi et sans grande culture, dans les bas-fonds d’une cité sociale grise et triste (on dirait du Zola !) a-t-il les mêmes chances dans la vie que celui qui naît dans une famille aisée, éduquée et unie ? Pas vraiment, l’égalité des chances est plus que relative dans notre société… Est-ce éthique ? Non !

Le dopage existe dans le sport de haut niveau depuis des décennies, on le sait mais on a voulu l’ignorer faisant ça et là quelques exemples avec des athlètes contrôlés positifs. Mais aujourd’hui, on semble s’offusquer d’une situation qui a évolué avec la marchandisation de la pratique sportive. Alors, on réclame des contrôles plus sévères, des chartes éthiques ou des passeports biologiques. On voudrait un sport éthique dans une société qui ne l’est plus… Il faut cesser cette hypocrisie !

 

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(1) jusqu’à présent car même si la course est finie, certains cas pourraient être dévoilés par la suite comme celui de Di Luca sur le Giro 2009 ou de Contador sur le Tour 2010 qui ont été annoncés plusieurs semaines plus tard !

 

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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