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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 09:53

Série de l’été – Le peloton se met en grève et la 17è étape du Tour est escamotée, 29 juillet 1998.

 

tdf29.jpgQue retenir de ce Tour de France 1998 si ce n’est l’affaire Festina. Les médias et le grand public découvraient, dans l’hypocrisie la plus totale, que le peloton avait recours à des substances illicites pour boucler le Tour de France. Pensaient-ils donc que les coureurs pouvaient se farcir 4000 à 5000 kilomètres en 21 jours en ne buvant que de l’eau et en ne mangeant que des pâtes ? Depuis la nuit des temps cyclistes, l’on a recourt a des adjuvants moraux et physiques pour aller au bout de l’effort. Déjà en 1886, l’anglais Arthur Linton mourrait d’une trop forte dose de triméthyle sur les routes de Bordeaux-Paris… En 1924, l’immense reporter Albert Londres écrivait dans les colonnes du Petit Parisien, pour lequel il suivait le Tour, que les frères Pélissier, idoles de toute une nation, étaient comme la plupart des coureurs, des pharmacies ambulantes. Ils transportaient dans leurs poches de la cocaïne pour les yeux, du chloroforme pour les genoux, de l'aspirine pour les migraines et une quantité d'autres médicaments… Plus proche de nous, le livre de Laurent Fignon, «Nous étions jeunes et insouciants»(1) témoigne que dopage et cyclisme sont inséparables même si la pharmacie du peloton est devenu plus importante avec l’arrivée des enjeux commerciaux, à l’aube des années nonante.

 

Avant même le départ de la Grande Boucle 1998, une voiture Festina est contrôlée par la douane française. A son bord, 500 doses de produits dopants et stupéfiants dont 235 ampoules d'érythropoïétine (EPO), 120 capsules d'amphétamines, 82 solutions d'hormones de croissance et 60 flacons de testostérone… De quoi fournir toute l’équipe sur les trois semaines de course ! Rapidement, le conducteur de la voiture, Willy Voet, passe aux aveux et dénonce un système de dopage généralisé et médicalisé dans l’équipe Festina. Le Directeur sportif de Festina confirme les dires de Voet et dénonce tous les coureurs de l’équipe parmi lesquels des vedettes de premier plan comme Richard Virenque, Alex Zülle, Laurent Dufaux, Laurent Brochard ou Christophe Moreau. A l’exception de Virenque et d’Hervé qui nient s’être dopés, les autres coureurs de Festina avouent et sont placé en garde à vue, à Lyon. Le 18 juillet 1998, à la plus grande colère du public qui voyait s’envoler ses espoirs d’une victoire française avec Richard Virenque, l’organisation du Tour de France expulse l’équipe Festina. Nait alors une véritable chasse aux sorcières du dopage. Les perquisitions dans les hôtels s’enchainent, la suspicion plane au dessus du peloton. Les méthodes policières vont à l’encontre des pratiques sportives. Les descentes de police ont lieu tard le soir ou tôt le matin au mépris de la récupération des coureurs. La télévision joue aussi le rôle d’enquêteurs et cherche la sensation. Un reportage montre une poubelle d’hôtel remplie de seringues… Un peu trop gros que pour être vrai ! Quelle équipe, en pleine tourmente médiatico-policière, aurait l’idée d’abandonner ses seringues dans une poubelle au vu de tout le monde ? Quoi qu’il en soit, au lendemain de la diffusion de ce reportage, le peloton agite la menace d’une grève si ses plages de repos et sa présomption d’innocence ne sont pas respectées. On apprend, le même jour, que 104 doses d’EPO avaient été trouvées, par la douane, dans une voiture de l’équipe hollandaise TVM en mars… L’hôtel de l’équipe est perquisitionné et son Directeur sportif, Cees Priem, et un soigneur sont arrêtés et écroués à Foix.

 

Laurent Jalabert (Once) devient le porte-parole du peloton et s’insurge contre les conditions que vivent les coureurs à qui l’on demande néanmoins d’assurer le spectacle au quotidien. Sur la route, et pour la petite histoire, Marco Pantani et Jan Ullrich se livrent à une belle bataille. Mais rien n’y fait, la police continue son œuvre et le 28 juillet, à l’issue de l’étape d’Albertville remportée par Ullrich, les chambres de l’équipe TVM sont à nouveau perquisitionnée tandis que tous les coureurs sont emmenés à l’hôpital pour subir des analyses. La formation Big Mat subit, elle aussi, une perquisition. Le lendemain diffusée en intégralité et en direct à la télévision, l’étape doit emmener les coureurs d’Albertville à Aix-les-Bains. Au kilomètre 32, le peloton met pied à terre et tous les coureurs enlèvent leur dossard ce qui est synonyme d’abandon… Après une discussion animée entre Jean-Marie Leblanc et Bjarne Riis (Deutsche telekom), le peloton repart à allure modérée. L’équipe Once refuse de repartir et c’est en masse que ses coureurs abandonnent. Quelques kilomètres plus loin, c’est l’équipe Banesto qui met pied à terre et qui abandonne sur décision du sponsor. Le peloton arrivera à Aix-Les-Bains après une longue balade cyclotouriste. Symboliquement, ce sont les coureurs de TVM qui franchissent en premier la ligne d’arrivée.

 

Le soir, alors que les équipes Casino et La Française des Jeux viennent d’être perquisitionnés, c’est au tour des deux dernières équipes espagnoles, Kelme et Vitalicio, d’annoncer qu’elles renoncent à ce Tour 1998. Elles sont imitées par la formation italienne Riso Scotti… D’autres équipes italiennes veulent faire pareil mais Gianluigi Stanga, le très respecté Directeur sportif du Team Polti, affirme qu’il faut poursuivre le Tour par respect pour Marco Pantani qui est alors leader et qui pourrait offrir une victoire que l’Italie attend depuis 1965 et Felice Gimondi. Les équipes italiennes, sauf Riso Scotti, restent donc en course mais, que ce serait-il passé si ce fut Jan Ullrich qui avait été premier du général à Aix-les-Bains ? Le Tour de France se poursuit mais l’étape de ce 29 juillet est annulée par la direction de course ce qui permet de ne pas contraindre à l’abandon les coureurs qui ont arraché leur dossard. Le lendemain, vers Neuchâtel en Suisse, des 21 équipes au départ 15 restent en course… puis 14 car TVM profite de ce passage en Suisse pour se retirer sans pouvoir être inquiétée par la police française.

 

Marco Pantani remporte finalement un Tour de France marqué du sceau de la police. La chasse aux sorcières n’a finalement rien donné, le dopage présent bien avant 1998 est toujours présent dans le peloton. Il est partie intégrante du cyclisme comme l’on prouvé par la suite l’Affaire Puerto mais aussi les cas Landis, Hamilton, Vinokourov ou Rasmussen pour n’en citer que quelques-uns… Croire que le cyclisme peut tendre vers la propreté totale en matière de dopage relève, à mon sens, de la gageure totale. Au vu des enjeux financiers et de l’ultramédiatisation de ce spectacle, il me parait peu probable que le peloton et, surtout, ses sponsors renoncent aux adjuvants physiques.

 

Tour de France 1998

Classement final

1. Marco Pantani (Mercatone Uno)

2. Jan Ullrich (Deutsche Telekom) à 3’21’’

3. Bobby Jullich (Cofidis) à 4’08’’

Maillot vert : Erik Zabel (Deutsche Telekom)

Maillot à pois : Christophe Rineiro (Cofidis)

Meilleur jeune : Jan Ullrich (Deutsche Telekom)

 

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(1) Nous étions jeunes et insouciants, par Laurent Fignon et Jean-Emmanuel Ducoin, Editions Grasset, 2009

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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