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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 09:26

Série de l’été – Jan Ullrich au sol sur les routes détrempées de Nantes, 26 juillet 2003.

 

ullrich02Le Tour de France 2003 fut, sans conteste, le plus dur à remporter pour Lance Armstrong. Pourtant, il est le seul favori au départ de ce Tour doublement mythique ; d’abord parce que c’est celui du Centenaire, ensuite parce qu’Armstrong, en cas de victoire, rejoindra Anquetil, Merckx, Indurain et Hinault au rang des quintuples vainqueurs. Quel plus beau contexte que celui des 100 Ans de la Grande Boucle pour égaler ces légendes ? La rivalité est mince malgré la présence de quelques cadors qui ne rêvent que de faire vaciller l’Empereur Texan : Joseba Beloki (Once), sur le podium des trois éditions précédentes, est annoncé comme l’adversaire le plus sérieux d’Armstrong, sinon l’on cite aussi Alexandre Vinokourov (Deutsche Telekom), qui vient de remporter le Tour de Suisse, Iban Mayo (Euskaltel), qui a dominé l’Américain sur le Dauphiné-Libéré ou encore le revenant Jan Ullrich (Bianchi) qui vient de purger une longue suspension pour avoir été contrôlé positif aux amphétamines après une soirée de folie en boite de nuit…

 

Le Tour du Centenaire va tenir toutes ses promesses. La canicule le martèle au quotidien mais les attaques et les rebondissements sont aussi au rendez-vous. A commencer par le prologue, dans les rues de Paris, qui s’offrait à l’Ecossais David Millar (Cofidis) jusqu’à quelques dizaines de mètres de l’arrivée où sa chaine sauta et lui fit perdre une dizaine de secondes précieuses. Il termina, finalement, second à huit seconde de Bradley McGee (FDJeux.com). Le Lendemain, une chute spectaculaire à l’arrivée à Meaux jette au sol plusieurs grands noms dont Tyler Hamilton (CSC) qui se fracture la clavicule, Lance Armstrong que la poisse épargne et Levy Leipheimer (Rabobank) qui doit abandonner. Si US Postal remporte le chrono par équipe, elle ne parvient pas à creuser des écarts aussi se prend-t-on à rêver d’un Tour plus ouvert que les précédents. Beloki est à 32’’ d’Armstrong, Ullrich à 38’’, Vinokourov à 1’48’’. Mayo, à 3’34’’ est le seul grand leader repoussé à distance respectable. Une distance qu’il effacera pourtant, en très grande partie, à l’Alpe d’Huez. Armstrong est successivement attaqué par ses rivaux et ne peut empêcher le Basque d’attaquer. Il termine avec 1’45’’ d’avance sur Vinokourov et 2’12’’ sur Armstrong et les autres leaders. Seul Jan Ullrich concède du temps et parait trop juste pour inquiéter Armstrong. Mais ce Tour 2003 n’est pas à un rebondissement près ! Le Lendemain, 14 juillet, entre Bourg d’Oisans et Gap, dans la descente du Col de la Rochette, Joseba Beloki, que l’on sent capable de mettre Armstrong en péril, est victime d’une chute spectaculaire (voir ici) qui le laisse au sol avec des fractures au poignet, au coude et à la hanche. Le rebondissement eut encore pu être énorme si Armstrong qui suivait Beloki n’avait pas évité le leader de la Once au prix d’un réflexe prodigieux et d’un rodéo sur deux roues… Vinokourov gagne l’étape, reprend du temps et vient s’installer à la seconde place du général.

 

Le geste d’Ullrich

 

Cependant, la surprise majeure de cette première partie de la Grande Boucle 2003 vient au soir du Contre-la-Montre de Cap Découverte, situé entre les Alpes et les Pyrénées. Sous la canicule, Jan Ullrich réussit un chrono prodigieux. Armstrong termine second à 1’36’’, tous les autres favoris sont repoussés au-delà des deux minutes. Il s’agit là de la défaite la plus sévère de Lance Armstrong au temps de sa suprématie. Avant d’entamer les Pyrénées, Jan Ullrich est second avec seulement 34’’ de retard sur Lance Armstrong. Tout est possible car Vinokourov, troisième, pointe à 51’’. Le combat promet d’être beau et le premier rendez-vous est fixé au Plateau de Bonascre. Ullrich termine second derrière Carlos Sastre mais il reprend dix-neuf secondes à Armstrong et vingt-neuf à Vinokourov… Ce dernier, orgueilleux en diable, s’échappe le lendemain et, s’il doit laisser la victoire d’étape à Simoni, vient se replacer à 18’’. Les trois premiers du général pointent en moins de vingt secondes… le Tour 2003 est excitant ! Comment Lance Armstrong va-t-il aborder la dure étape de Luz-Ardiden avec les cols d’Aspin (C1), du Tourmalet (HC) et de Luz-Ardiden (HC) au menu ? Ullrich décide de passer à l’attaque très tôt dans le Tourmalet. Il prend quelques mètres, se retourner, hésite, tergiverse et permet à Armstrong de revenir. Par contre, Vinokourov n’a pas pu suivre… Dans la descente, le groupe se reforme et l’on sent que la montée vers Luz-Ardiden va accoucher d’un grand moment. De fait, alors qu’il roule un peu trop près du bord de la chaussée, Armstrong accroche la poignée de son frein droit dans une musette que tenait un enfant... Arrivé en bout de course, la lanière de la musette se tend soulevant le guidon de King Lance et le projetant au sol. Iban Mayo, qui suivait à la roue, n’a pu éviter la chute, heureusement sans grand mal pour les deux hommes... Au prix d’un écart et d’un trait de lucidité remarquables, Ullrich parvient à rester sur ses roues et à ne pas percuter le duo d’hommes au sol. Premier changement de rythme pour Ullrich... Le reste des hommes forts, relégué à quelques mètres constate avec stupeur la situation : Armstrong au sol et Ullrich seul devant ! Le Tour de France venait-il de basculer en même temps que son leader ? Non, car immédiatement Ullrich se retourne pour constater les dégâts. Il voit qu’Armstrong se relève et il décide de ralentir pour l’attendre. Quelques minutes plus tard, toutes les oreillettes chauffent de concert ; Armstrong vient de déchausser en plein effort alors qu’il revient sur les hommes de tête qui l’attendent, regroupés quelques dizaines de mètres plus haut... Tyler Hamilton neutralise la course en faisant signe de ralentir encore. Deuxième changement de rythme pour Ullrich... Finalement, Armstrong revient dans le groupe avec une rage décuplée. Il répond rapidement à une attaque d’Iban Mayo avant de le laisser sur place et de s’envoler vers la victoire. Troisième changement de rythme pour Ullrich... Au décompte final, l’Américain reprend 40 secondes à l’Allemand.

 

En respectant le pacte tacite de non-agression d’un leader au sol, Jan Ullrich a probablement sacrifié de grandes chances de victoire finale... «Armstrong était trop près des spectateurs et c'est un peu de sa faute mais il était normal que j'attende, je n'ai jamais attaqué un homme à terre, ce n'est pas mon style !» expliquait Ullrich à Luz Ardiden. Ce geste de fair-play est beau mais risque de coûter cher ! Parce qu’en fin de compte, Ullrich n’a rien à voir dans la chute et les trois changements de rythme lui auront été fatals, lui qui déteste cela et qui monte en accélérant progressivement, à l’inverse des vrais grimpeurs.

 

Il pleut sur Nantes

 

Tyler Hamilton, avec sa clavicule fracturée, remporte en solitaire l’ultime étape des Pyrénées sans conséquence pour le général. Il reste le contre-la-montre de Nantes pour départager Armstrong et Ullrich qu’a peine une minute sépare au classement. A Port Découverte, l’Allemand à repris 1’36’’ à l’Américain. Si la chaleur est au rendez-vous, le coureur Bianchi sait qu’il a encore une chance de gagner un second Tour de France, six ans après le premier. Mais, loin de la canicule, c’est la pluie qui est au rendez-vous ! "Il pleut sur Nantes…" chantait admirablement Barbara. Imaginait-elle alors planter le décor de l'ultime combat des chefs du Tour du Centenaire ? Oui, la pluie a perturbé ce dernier grand rendez-vous entre Armstrong et Ullrich. L'Allemand aurait-il pu gagner la Tour de France si la pluie n'avait modifié les données d'un contre la montre dont il partait avec les faveurs ? Nul ne saura le dire avec certitude… Une chose est sûre, sans cette ondée continue qui noya le parcours, le résultat de l'étape eut été différent. Mais comme la canicule qui lésa Armstrong à l'occasion du précédent effort solitaire, à Cap Découverte, la pluie est un élément qui fait partie du jeu, n'en déplaise au leader de la mythique équipe Bianchi. Il faut pourtant lui tirer sa casquette ! Légèrement en avance, mais pas suffisamment que pour déshabiller de jaune le serein Américain, Ullrich a pris des risques d'autant plus beaux qu'inutiles… Jamais, en effet, sous le déluge nantais il n'aurait pu résorber cette minute et quelques secondes de handicap ! Clairement Jan Ullrich se battait contre lui-même pour sortir de ce Tour du Centenaire sur un dernier coup d'éclat, sur une victoire certes partielle mais ô combien capitale pour un sportif encore au fond du gouffre quelques semaines plus tôt ! Une chicane, même pas vicieuse, en aura décidé autrement ! En glissant sur la chaussée humide, Ullrich aura eu tout le temps utile à comprendre que son coup d'éclat se brisait…

 

Le Tour perdu dans le Tourmalet

 

Est-ce à dix kilomètres de Nantes, dans les bottes de paille, cerbères de la sécurité de l'Homme et de sa machine, que le champion allemand a perdu le Tour de France ? Certainement pas ! Au matin même de ce dernier grand assaut, en levant les yeux au ciel, il avait compris que c'était fini. Est-ce alors à Luz-Ardiden ? Probablement ! Noble chevalier des temps modernes, son panache de patience l'aura desservi alors qu'Armstrong gisait au sol... Mais plus encore que son fair-play, je pense que, dans cette fameuse étape, c'est une forme d'attentisme dans le Tourmalet, dernière ascension avant la folle montée vers Luz Ardiden, qui aura été fatale à Jan Ullrich… D'aucuns se sont étonnés qu'il attaqua l'Américain dans ce fameux Tourmalet, avançant même qu'il perdît là de précieuses forces pour tenir la comparaison lorsque Armstrong eût démarré. De toutes manières, les moult changements de rythme causés par les péripéties d'Armstrong ont empêché Ullrich de suivre le Postier texan… Ullrich on le sait était un diesel qui montait progressivement en puissance mais incapable de bondir comme un pur grimpeur. Dès lors, je suis convaincu que lorsqu'il lâcha Armstrong dans le Tourmalet, il aurait du produire, là, un effort progressif qui aurait étouffé son rival et qui lui aurait permis de basculer seul au sommet de ce col de légende. Descendeur plus qu'honorable, il aurait alors entamé en solitaire la dernière ascension, celle de Luz-Ardiden, et personne n'aurait pu lui reprocher d'avoir continué à son train alors qu'Armstrong était sur le macadam… Il n'aurait, dans ce cas, pas attaqué un homme au sol mais un champion bien sur ses deux roues dans un Tourmalet où il était visiblement moins fort que lui…

Au lieu de cela, l'Allemand tergiversa, se retourna pour voir si l'Américain suivait, hésita… Dans le Tourmalet, Ullrich a commis, à mon sens, sa plus grande erreur dans un Tour de France qui était à sa portée.

 

Tour de France 2003

Classement final

1. Lance Armstrong (US Postal)

2. Jan Ullrich (Bianchi) à 1’01’’

3. Alexandre Vinokourov (Deutsche Telekom) à 4’14’’

Maillot vert : Baden Cooke (FDJeux.com)

Maillot à pois : Richard Virenque (Quick Step)

Meilleur jeune : Denis Menchov (i-Banesto.com)

 

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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