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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 08:48

Série de l’été : Tony Rominger est le premier à battre Miguel Indurain contre le chrono, 24 juillet 1993.

 

tdf24.jpgNous avons déjà évoqué le Tour de France 1993 dans cette Série de l’été avec la toute première victoire d’étape de Lance Armstrong sur la Grande Boucle (voir ici). Le contexte de ce Tour tracé sur mesure pour Indurain est donc connu, l’on espère un beau duel entre l’Espagnol et son rival Suisse Tony Rominger, vainqueur du Tour d’Espagne à l’automne 1992 mais aussi grand spécialiste des courses à étapes de huit jours. Tony Rominger présente un profil parfait qu’il à affuté au fur et à mesure des saisons. Par contre, sur l’épreuve-reine du calendrier, il ne peut guère avancer d’expérience concluante. En effet, le Suisse, professionnel depuis 1986, ne participa qu’à deux éditions du Tour de France, en 1988 (68è à 1h23’) et en 1990 (27è à 1h15’) sans jamais y briller… Lorsqu’il débarque au Puy-du-Fou, Rominger a pourtant quelques ambitions. Probablement pas celle de gagner un Tour qu’il redécouvre après trois ans d’absence mais bien celles de titiller Le Roi Miguel contre la montre et en montagne. S’il parvient à tutoyer l’Espagnol dans ces deux domaines alors Rominger pourra envisager de faire le Tour de France 1994 pour le gagner. Il aura une année supplémentaire pour se préparer spécifiquement mais là, clairement, l’édition 1993 consiste à se situer avec précision par rapport à Indurain. Les 14 secondes perdues lors du prologue remporté par le Navarrais sont d’assez bon augure mais deux jours plus tard, la 1’43’’ perdue lors du chrono par équipe est beaucoup moins rassurante. Un premier constat s’impose, il faudra un bloc plus solide que l’équipe Clas-Cajastur à Rominger pour battre Indurain… Et comme un malheur ne vient jamais seul, en plus du temps perdu sur la route, Rominger se voit infliger une pénalité qui frappe toute l’équipe pour l’erreur d’un seul coureur lors du chrono. Et ce temps perdu par équipe aura une répercussion énorme pour la suite…

 

Au général, Tony Rominger est loin, très loin. Il est à plus de deux minutes d’Indurain qui contrôle calmement les événements, mais plus encore que les minutes et les secondes, c’est la place qui va influer. Lors de la neuvième étape, un contre-la-montre autour du Lac de Madine, son classement oblige Rominger à partir parmi les premiers et, surtout, sous un orage impressionnant. La route est trempée et le Suisse, ne prenant aucun risque qui hypothéquerait ses chances avant la montagne, roule prudemment. Lorsqu’Indurain s’élance, le ciel est bleu et la route a séché… Il reprend 2’42’’ à son rival désigné. Sans cette fichue pénalité encourue lors du chrono par équipe, Rominger serait parti en dehors de l’orage et aurait réussi un bien meilleur temps. Ainsi donc, au moment d’aborder les Alpes, Tony Rominger est à près de six minutes et il a déjà perdu le Tour. Cette défaite entérinée est, cependant, à imputer à des événements indépendants des possibilités du coureur suisse : son équipe est trop faible pour le chrono et les éléments climatiques ont joué largement en sa défaveur. Qu’à cela ne tienne, il reste à Rominger les Alpes, les Pyrénées et le dernier chrono de Montlhéry pour se jauger. S’il parvient à rester au contact d’Indurain, ou mieux à lui reprendre du temps, d’ici Paris cela signifiera qu’il peut envisager le prochain Tour de France sous l’angle de la victoire…

 

Les Alpes se déclinent en deux étapes que Rominger va dynamiter ! Dans le tronçon qui arrive à Serre-Chevalier, il l’emporte après avoir fait exploser tous les favoris sur une seule attaque… tous sauf Indurain qui termine dans son sillage. Le lendemain, à Isola 2000, Rominger remet le couvert pour ne conserver, cette fois encore, que l’Espagnol dans sa roue. Pas de doute, à armes égales, ces deux là sont bien seuls au monde sur les routes de France. Mais, hélas, malgré deux coups de maître Rominger n’a rien repris à Indurain. Dans les Pyrénées, à Saint-Lary-Soulan, Miguelon concède quelques secondes, sans plus… Reste l’effort individuel de Montlhéry, un exercice où Miguel Indurain est imbattable. La tactique de l’Espagnol est toujours la même depuis sa première victoire en 1991 : assommer ses adversaires lors des chronos et les contrôler en montagne ! Depuis 1991, Indurain a gagné haut-la-main tous les contres-la-montre individuels du Tour de France, sept au total, prologue y compris, en y forgeant ou en y asseyant ses victoires finales. Indurain développe la meilleure des techniques dans ce genre d’exercice, la plus esthétique aussi (aucun coureur n’avait et n’a jamais eu depuis une aussi belle position sur la machine qu’Indurain dans un chrono) enfin pour couronner le tout, il y a les chiffres fous d’Indurain que je m’en voudrais de passer sous silence…

 

- Il possède le plus gros cœur du peloton, un cœur qui lui permet de pomper, à l’effort, 48 litres de sang par minutes (la moyenne pour un individu normal est de 25 à 30 litres !) ;

- au repos le cœur d’Indurain bat à 28 pulsation minutes (la moyenne pour un individu normal est de 60 à 75 pulsations par minute) ;

- à l’effort, lors d’un contre-la-montre par exemple, il peut monter jusqu’à 195 pulsations et redescendre à la normale – sa normale – en 45 secondes à peine (chez un individu normal, les pulsations à l’effort varient entre 156 et 180 et il faut de une à deux minutes pour le retour à la normale) ;

- la longueur impressionnante des segments supérieurs de ses jambes lui offrent un levier naturel exceptionnel pour le pédalage, à l’image de Merckx ;

- A chaque inspiration, Miguel Indurain absorbe huit litres d'air (la moyenne pour un individu normal en bonne santé est de quatre à cinq litres), son oxygénation est extraordinaire ;

- Lors de tests d'endurance effectués à l’hiver 1992, il développe, durant 30 minutes, une puissance de 550 watts. A titre d’exemple, d’autres cadors du peloton comme Jalabert, Bugno, LeMond ou Argentin parviennent à développer dans les mêmes conditions entre 500 et 520 watts…

 

Indurain est une vraie machine humaine à contre-la-montre !

 

Mais Rominger n’est pas un manche dans cet exercice, non plus. Il le prouvera en battant le record du monde de l’heure, à deux reprises, sur la piste de Bordeaux, à la fin de l’année 1994 pour le porter à 55,281 km/h. Sur la Vuelta il a remporté plusieurs exercices en solitaire. Certes Rominger à concédé 2’42’’ à Madine mais sans l’orage il eut fait un bien meilleur temps(1)… Concentré comme jamais, Tony Rominger va réaliser l’exploit d’être le premier à défaire Miguel Indurain dans un chrono depuis 1991. Il lui reprend 42 secondes ce qui est loin d’être banal ! D’aucuns dirent qu’Indurain était démobilisé, qu’il avait course gagnée mais c’était bien mal connaître l’Espagnol que de penser cela. Il confirmera qu’il avait bien roulé à fond et que, ce jour-là, Rominger était le plus fort ! Tony Rominger sera le seul à avoir eu la capacité à reprendre du temps au Roi Miguel depuis sa prise de pouvoir à Madine, quarante-cinq secondes au total. En ce 24 juillet 1993, Tony Rominger eut la certitude, après avoir fait jeu égal en montagne et l’avoir battu contre-la-montre, qu’il pouvait dominer Miguel Indurain sur le Tour de France 1994… Mais, de façon incompréhensible, le Suisse se trompera complètement dans sa préparation pour connaitre un premier pic de forme en mars (avec une victoire presque trop facile dans Paris-Nice) et un second en septembre pour remporter aisément sa troisième Vuelta. Par contre, s’est totalement épuisé, hors-forme et hors-coup (à près de 8’00’’ d’Indurain) qu’il abandonne lors de la 13è étape de ce Tour 1994 qu’il avait escompté remporter…

 

Tony Rominger ne gagna jamais le Tour de France. Il en avait pourtant l’étoffe mais pour son plus grand malheur, il eut ses plus belles heures sportives au moment où Miguel Indurain eut également les siennes… Jamais il ne parvint à surclasser l’Espagnol et pourtant il est incontestable que le nom de Tony Rominger n’aurait pas dépareillé le palmarès du Tour de France !

 

Tour de France 1993

Classement final

1. Miguel Indurain (Banesto)

2. Tony Rominger (Clas-Cajastur) à 4’59’’

3. Zenon Jaskula (GB-MG) à 5’48’’

Maillot vert : Djamolidine Abdoujaparov (Lampre)

Maillot à pois : Tony Rominger (Clas-Cajastur)

Meilleur jeune : Antonio Martin (Amaya)

 

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(1) «sans l’orage il eut fait un bien meilleur temps» : il ne s’agit pas ici d’une lapalissade mais bien d’une vérité qui se rapporte non pas au temps météorologique mais bien au temps chronologique de Rominger ;o))

 

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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