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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 06:34

Série de l’été : pour 82 mètres…, 23 juillet 1989.

 

tdf23.jpgLe Tour de France 1989 fut, sans conteste, le plus abouti en terme de suspense puisqu’il aura fallu attendre les ultimes mètres de l’épreuve pour connaitre le vainqueur. Pour marquer le coup de son arrivée à la tête de la course, Jean-Marie Leblanc imagine une étape contre-la-montre, avec arrivée sur les Champs-Elysées, pour clore ce 76è Tour de France. Secrètement, il espère un dénouement lors de ce rendez-vous, comme ce fut le cas en 1968 (voir ici) entre Janssen et Van Springel, sinon ce sera l’apothéose d’un défilé des coureurs, un par un, sur celle que les Français appellent la plus belle avenue du monde. Quoi qu’il en soit, l’idée de terminer par un chrono parait bonne. Et il allait être comblé l’ami Leblanc au vu du dénouement… A Luxembourg, d’où le Tour s’élance, ils sont plusieurs à pouvoir prétendre à la victoire finale. Pedro Delgado (Reynolds), qui aura à cœur de faire oublier sa victoire un peu tronquée de 1988 (voir ici) mais aussi les fameux duettistes bataves Steven Rooks et Gert-Jan Theunisse (PDM) voire l’Américain Andy Hampsten (7 Eleven), vainqueur du Giro 1988, Stephen Roche (Fagor) qui revient sur le Tour après une année blanche mais toujours auréolé de son fabuleux triplé de 1987, Erik Breukink (Panasonic), qui vient de perdre le Giro et qui rêve de revanche, ou encore le grimpeur colombien Luis Herrera (café de Colombia) qui attend ce tour plutôt montagneux avec impatience. La France compte sur Laurent Fignon (Super U) qui arrive sur ce Tour nanti d’un fort capital confiance, au top physiquement et moralement. Il veut effacer son cuisant échec de 1988 et a remporté, au printemps, Milan – San-Remo et le Tour d’Italie. Pour beaucoup d’ailleurs, le Parisien est le grand favori de la course.

 

Parmi ces favoris on relève la présence de Greg LeMond, vainqueur du Tour de France en 1986, qu’un accident de chasse, le 20 avril 1987, atenu éloigné du peloton pendant plus d’un an. L’Américain a eu le corps criblé de plombs de chasse suite à un tir accidentel, il est passé près de la mort et son corps porte les irrémédiables cicatrices de l’accident. D’ailleurs, 37 plombs restent, encore aujourd’hui, fichés dans ses chairs. Après une saison 1987 sans activité et une année 1988 passée à retrouver rythme, endurance et compétitivité, LeMond revient par le biais de la petite équipe belge ADR, confiée aux bons soins de José de Cauwer. A cause de l’accident, LeMond a perdu beaucoup de poids (de 68 kg à 62 kg) mais à surtout gagné trop de masse graisseuse (de 4% à 17%). Il doit donc s’astreindre à un programme d’entrainement ultra-sévère qui l’amène en bonne condition au printemps 1989. Il a décidé d’axer toute sa saison sur le Tour de France et compte le préparer au Giro comme ça lui a souvent réussi par le passé. Si en début de saison, l’Américain a obtenu des résultats probants pour le revenant qu’il est, il explose complètement sur les routes italiennes concédant plus de vingt-cinq minutes à Fignon, Herrera ou Hampsten, des adversaires qu’il dominait pourtant avant son accident de chasse. Au soir de l’étape mythique des Tre Cime de Lavaredo, où il a perdu 17 minutes sur les meilleurs, il téléphone, plein d’amertume, à son épouse. «Il n’a jamais été aussi près d’abandonner le cyclisme que ce soir là» confiera-t-elle plus tard. Et c’est vrai que LeMond est au plus bas moralement. Mais il s’accroche, motivé par de Cauwer, et progressivement la forme revient. Il termine les dernières étapes de montagne de ce Giro avec les meilleurs… Mieux, il finit même second du dernier chrono derrière l’impressionnant rouleur polonais Lech Piasecki ! Dès cet instant, Cyrille Guimard, le Directeur sportif de Laurent Fignon, sait que LeMond sera un rival dangereux sur le Tour… Pour sa part, Greg LeMond participera au Tour de France avec l’ambition de viser le podium, ce serait sa plus belle victoire, plus belle encore que le succès qu’il avait obtenu en 1986.

 

Breukink remporte un prologue luxembourgeois qui s’achève sur une ânerie monumentale du vainqueur sortant, Delgado, qui arrive en retard de 2’40’’pour son départ… Le chrono est lancé, comme il se doit, à l’heure officielle et l’Espagnol est crédité d’un temps qui tient compte de sa bourde. Il a déjà perdu l’épreuve avant même le départ… Lors du premier chrono, à Rennes, Greg LeMond essaie un guidon de triathlète pour améliorer sa position en course. Il s’impose en prenant 24’’ à Delgado, 56’’ à Fignon, 2’16’’ à Breukink, 3’16’’ à Roche qui n’est pas du tout dans le rythme et qui abandonnera quelques jours plus tard, 4’28’’ à Hamspten et plus de sept minutes aux Siamois Roooks et Theunisse. Le revenant à frappé un grand coup, probablement aidé par son guidon qui se généralisera bien vite à tout le peloton. LeMond est en jaune et il conserve sa tunique jusqu’aux Pyrénées où, à quelques jours de son 25è anniversaire, un jeune Espagnol nommé Miguel Indurain s’offre sa toute première victoire d’étape sur le Tour. A Superbagnères, Laurent Fignon s’empare du jaune pour une poignée de secondes… Une poignée de secondes, c’est l’écart permanent qu’il y aura entre les deux hommes tout au long du Tour, tantôt à l’avantage de Fignon, tantôt à celui de LeMond. L’Américain reprend la tête dès la première étape des Alpes, le Français la récupère deux jours plus tard à l’Alpe d’Huez. Au sortir des Alpes, à Aix-les-Bains, au terme d’une étape royale, avec les cols de Porte (C1), du Cucheron (C2) et du Granier (C2), remportée par Greg LeMond au sprint devant Fignon, Delgado et Theunisse, le leader de Système U garde un avantage de 50 secondes sur l’Américain d’ADR. Il reste un tronçon de plaine et puis le contre-la-montre de 24 kilomètresentre Versailles et Paris… Le Tour de France 1989 a été palpitant, le duel entre Fignon et LeMond parmi les plus beaux de toute l’histoire de l’épreuve. Il fallait qu’il s’achève sur une ultime joute.

 

Comme 21 ans auparavant, et comme l’avait certainement un peu espéré les organisateurs, le Tour de France 1989 va se jouer sur un chrono mais la distance est plutôt courte, moins de 25 kilomètres. Pour remporter le Tour, LeMond doit reprendre deux secondes au kilomètre à Fignon. La motivation de l’Américain est énorme, il peut gagner un deuxième Tour de France après avoir frôlé la mort. La motivation est d’autant plus grande que Fignon semble gêné par une inflammation à l’entrejambe. Pourtant, tous les spécialistes s’accordent à dire que la distance est trop courte que pour combler tout le retard. Dès le début, sur son vélo de triathlète, LeMond pousse un braquet énorme : neuf mètres de développement à chaque tour de pédalier. Il est bien en position. Fignon est moins à l’aise et ne peut pousser un aussi grand braquet. En outre, sa longue chevelure flotte au vent, véritable affront à l’aérodynamisme tant recherché aujourd’hui. On se rend rapidement compte que Greg LeMond remportera l’étape, sa troisième sur ce Tour de la Résurrection, mais parviendra-t-il à combler les 50 secondes qui le séparent de Fignon ? La fin de parcours est stressante à souhait, elle résume ce Tour passionnant. Au pointage à trois kilomètres de l’arrivée, Fignon compte un retard de 48’’ sur le temps de LeMond, il ne reste que deux secondes à reprendre sur trois mille mètres… On comprend dès lors que le Tour a choisi l’Américain pour vainqueur ! Il termine dans un nuage de voitures et de motos suiveuses ; 26’57’’, un temps exceptionnel pour LeMond qui signe là la meilleure performance de tous les temps sur un chrono, 54,545 km/h ! Fignon termine troisième de l’étape à 58’’. Il vient de perdre le Tour de France pour huit secondes… soit 82 mètresau bout de 3285 kilomètres, le plus petit écart jamais enregistré. Le Parisien, chez lui, est assis au sol sur les Champs-Elysées, tentant de se réhydrater entourés de journalistes. Il est en larmes !

 

Décidément ce genre de happy end sied parfaitement aux cyclistes américains… Avant Armstrong, LeMond vainquit l’adversité pour remporter le Tour de France ! Assez bizarrement, malgré l’incroyable suspense que cela a généré, plus aucune arrivée de Tour de France ne s’est soldée par un contre-la-montre sur les Champs. Le Giro et la Vuelta optent encore pourtant régulièrement pour cet exercice de conclusion. A noter pour la petite histoire que Greg LeMond est le seul vainqueur du Tour de France moderne (entendez de l’après-guerre), dont le nom n’a jamais été évoqué, de près ou de loin, franchement ou indirectement, dans une affaire de dopage !

 

Tour de France 1989

Classement final

1. Greg Le Mond (ADR)

2. Laurent Fignon (Super U) à 08’’

3. Pedro Delgado (Reynolds) à 9’58’’

Maillot vert : Sean Kelly (PDM)

Maillot à pois : Gert-Jan Theunisse (PDM)

Meilleur jeune : Fabrice Philippot (Toshiba)

 

Voir les images des derniers mètres de Fignon et de LeMond et de la victoire de l’Américain dans les archives de l’INA => ici

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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