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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 12:21

Série de l’été : Janssen remporte le Tour sans avoir porté le maillot jaune, 22 juillet 1968.

 

tdf22.jpgLe Tour de France 1968 est sujet à polémique dès le printemps. En effet, pour beaucoup l’ère de la course par équipes nationales est révolue. Pour rappel, c’est en 1930 que le Directeur de Course Henri Desgranges avait pris la décision de bannir les équipes de marque. Elles furent réintroduites en 1962 mais les nouveaux maîtres du Tour, Jacques Goddet et Félix Lévitan, entendent remettre les sélections nationales à la mode. Cela n’arrange guère les concurrents étrangers car sur onze équipes au départ, la Franceen compte trois et la Belgiquedeux… Les autres nations doivent se contenter d’une seule équipe de dix coureurs et encore, le Luxembourg et la Suissedoivent partager une seule et même équipe. Les chances sont tronquées dit-on en dehors de l’Hexagone puisque la Franceet la Belgiqueont statistiquement beaucoup plus de chances de l’emporter que les autres pays… C’est qu’il est difficile de définir un favori pour ce Tour. Roger Pingeon (France A), vainqueur sortant, et Lucien Aimar (France B), vainqueur en 1966, semblent les mieux placés en l’absence de Felice Gimondi. Le jeune prodige belge Eddy Merckx, qui vient de gagner le Tour d’Italie et qui domine les classiques, n’est pas au départ… Peut-être Raymond Poulidor (France A) a-t-il une chance, tout comme le grand Hollandais Jan Janssen, deuxième du Tour 66 et vainqueur de la Vuelta 67… Côté belge, on se contentera de victoires d’étapes avec les spécialistes des classiques et les rouleurs que sont Eric de Vlaemicnck, Ferdinand Bracke, Eric Leman, Walter Godefroot ou Herman Van Springel. Ce n’est pas cette année que l’on aura un successeur à Sylvère Maes, dernier vainqueur belge du Tour, en 1939 !

 

Après un prologue remporté par Charly Grosskost (France B), la Belgiquecommence sa moisson d’étape. De Vlaeminck à Forest, Belgique B toujours à Forest lors du chrono par équipe, Godefroot à Roubaix et à Bordeaux, Van Rijckeghem à Royan et à Pau, Van Springel à la Seud’Urgell, Huysmans à Besançon et Leman à Auxerre offrent neuf succès partiels à notre pays. Mais, en plus de ces belles victoires d’étapes, voila que la Belgique se prend à rêver grâce à un coureur plutôt catalogué comme équipier, Georges Vandenberghe. Certes, l’homme gagna une étape du Tour en 1966 à Sète mais a part cela, c’était surtout un excellent serviteur. Il prend le maillot jaune lors du premier tronçon de la cinquième étape, en Basse-Normandie, en terminant troisième d’un groupe d’échappés qui relègue le peloton à 3’40’’. Pendant onze jours, Vandenberghe conserve son maillot jaune. Il grappille même quelques secondes par-ci par-là pour arriver au pied des Pyrénées avec une avance de 2’29’’ sur le Français Guyot mais surtout de plus de six minutes sur tous les favoris. Il passe les Pyrénées avec succès conservant 4’13’’ d’avance sur Poulidor, le premier des favoris. Aimar et Pingeon sont renvoyés à plus de sept minutes. Le Belgique se prend finalement à rêver d’une victoire finale d’autant plus que Walter Godefroot, décidément bien en jambes cette année, s’est replacé dans le sillage de Vandenberghe au général.

 

Roger Pingeon, pas encore mort, frappe un grand coup dans l’étape d’Albi, il s’offre une échappée spectaculaire de 193 kilomètres pour venir reprendre trois minutes à Vandenberghe, à Godefroot et à tous les autres. Il se replace à la quatrième place du général mais toujours à plus de quatre minutes… C’est lors de la 16è étape, entre Albi et Aurillac, que Vandenberghe explose. Il perd plus de neuf minutes sur le vainqueur, l’Allemand Wolfshohl qui en profite pour endosser le maillot jaune. Cette étape, d’apparence anodine, redistribue toutes les cartes. Herman Van Springel s’est replacé à 2’09, Ferdinand Bracke est une seconde derrière et Jan Janssen est à 2’29’’… Pingeon a perdu tout le bénéfice de sa victoire de la veille en terminant avec Vandenberghe à plus de neuf minutes. Désormais, Herman Van Springel, qui a gagné une étape des Pyrénées prouvant par là-même qu’il sait grimper, et Jan Janssen, vainqueur de la Vuelta1966, font figure de vainqueurs potentiels. A Sallanches, le 18 juillet, Barry Hoban remporte sa seconde victoire d’étape sur le Tour, deux ans après celle qui lui a été offerte par le peloton au lendemain de la mort de son grand ami Tom Simpson (voir chapitre 13). Van Springel termine troisième de l’étape prend le maillot jaune, Janssen cinquième du jour se place deuxième du général, à 16’’. La fin de Tour risque d’être passionnante. Il faut dire que cette édition 196 a réellement été très ouverte et même agréable à suivre. Grosskost, Genet, Vandenberghe, Wolfshohl, San Miguel et, désormais, Van Springel se sont partage le maillot jaune depuis le début et, à quatre jours du terme, seulement 16 secondes séparent le leader belge de son dauphin hollandais.

 

Si la Belgique a rêvé avec Vandenberghe, elle commence à croire sérieusement aux chances de Van Springel. Il reste un seul col, celui de la Faucille (C3), et puis deux étapes de plaine et un contre-la-montre final, à Vincennes. Le terrain est propice à Van Springel. Tout se passe bien et au matin de l’ultime joute, le 22 juillet, le classement est le suivant :

1. Van Springel

2. San Miguel à 12’’

3. Janssen à 16’’

4. Bitossi à 58’’

7. Bracke à 1’56’’

 

Le dernier chrono doit sourire à Van Springel qui n’est pas mauvais dans cet exercice. Il apparait meilleur en tous cas que Janssen ou Bitossi et surtout que San Miguel. Seul Ferdinand Bracke, recordman de l’heure depuis octobre 1967, est largement supérieur à Van Springel contre-la-Montre. 54,7 kilomètres attendent les coureurs, sur cette distance, Van Springel peut contenir Bracke, c’est sûr ! Les premiers temps tombent, Grosskost, le vainqueur du prologue détient longtemps la meilleure performance. Jusqu’à ce que les coureurs du top10 s’élancent. Pingeon explose le chrono en réalisant un temps de 1h21’26’’ soit, 1’37’’ de mieux que Grosskost. Wolfshohl perd 23’’ sur le Français. On attend avec impatience l’arrivée de Ferdinand Bracke mais le recordman de l’heure, fatigué par les trois semaines de course, déçoit et ne réalise qu’un piètre temps en 1h21’32’’… Aimar, Bitossi et, surtout, San Miguel font encore moins bien. Par contre, Jan Janssen place la barre très haute. 1h20’09’’, meilleur temps pour le hollandais myope ! La pression est sur les épaules de Van Springel, il sait qu’il peut battre Janssen ou, à tout le moins, concéder moins des seize secondes de marge dont il dispose. Au fil du parcours, Van Springel est dans le rythme et semble sur les bases d’une victoire finale dans le Tour. Mais le parcours sinueux le dessert, il faiblit en fin de parcours et dans les derniers hectomètres il ne peut que constater la triste réalité ; il va devoir s’effacer au profit de Jan Janssen. Le Belge termine second de l’étape, il a été bon dans l’ensemble mais perd finalement 54 secondes qui sont synonymes de défaite au bout de 4492 kilomètres ! Jan Janssen, sur un parcours qui ne semblait pas taillé pour lui (beaucoup de virages que sa myopie légendaire redoutait), réussit un exploit hors du commun et un temps remarquable. Il remporte ce 55è Tour de France lors de l’ultime étape ; il est le premier Hollandais à gagner l’épreuve… Il ne porta jamais, lors de cette édition, le maillot jaune sur la route puisqu’il l’endossa sur la dernière ligne d’arrivée. Heureusement pour lui, il avait connu le bonheur d’une étape en jaune, c’était en 1966 où il l’avait porté lors de la 17è étape !

 

Tour de France 1968

Classement final

1. Jan Janssen (Pays-Bas)

2. Herman Van Springel (Belgique A) à 38’’

3. Ferdinand Bracke (Belgique B) à 3’03’’

Maillot vert : Franco Bitossi (Italie)

Maillot à pois : Aurelio Gonzalez (Espagne)

Meilleur jeune : Non existant (créé en 1975)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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