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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 12:18

Série de l’été : Delgado est contrôlé positif mais il n’est pas exclu, 21 juillet 1988.

 

tdf21.jpgLe Tour de France 1988 fut l’un des plus terne de ces cinquante dernières années, il fut dominé de la tête et des épaules par Pedro Delgado (Reynolds) sans que réellement personne ne cherche à le déstabiliser. Même à la grande époque de Merckx, d’Indurain ou d’Armstrong, qui contrôlaient pourtant la course, on n’a jamais eu Tour si soporifique. Probablement est-ce du aux organisateurs qui n’ont pas livré un parcours très intéressant. Deux belles grandes étapes de montagne, l’une dans les Pyrénées l’autre dans les Alpes, et puis c’est tout ! Il faut dire que ce tracé est particulièrement bizarre puisqu’il s’ouvre sur un prologue court, le plus court de l’histoire, 1000 mètresà peine à La Baule. Il faut 1’14’’ à Guido Bontempi (Carrera) pour boucler ce chrono… Ridicule ! Le lendemain, deux demi-étapes sont au menu dont un contre-la-montre par équipe qui, désespérément plat ne permet pas de décanter le classement, l’équipe espagnole Teka, dernière classée, perd à peine deux minutes sur les vainqueurs. Il faut attendre la neuvième étape pour voir la montagne sinon c’est à une litanie de sprints qui ponctuent des étapes sans intérêts que l’on a droit. Seule l’échappée victorieuse de Valerio Tebaldi (Château d’Ax), à Reims, sort le public de sa torpeur. Et quand le dénivelé arrive, c’est pour trois étapes de moyenne montagne en Alsace, dans le Territoire de Belfort et à l’entrée des Alpes. Ce n’est que  le 15 juillet, lors de la 12è étape, entre Morzine et l’Alpe d’Huez que l’on se régale un tant soit peu. Au départ de cette étape, le Canadien Steve Bauer (Weinmann) est leader mais les sept premiers du général se tiennent en deux minutes. On ne voyait guère de super favori avant le départ, la situation est assez similaire alors qu’on a franchi la première moitié du Tour ! Le nom de Pedro Delgado, second en 1987, semble se détacher mais la cohorte hollandaise peut lui tenir tête. Les Frère Siamois Rooks et Theunisse (PDM), le jeune Breukink (Panasonic) et son équipier virevoltant en montagne Peter Winnen pointent comme des outsiders sérieux. A ce jou,r seuls Urs Zimmermann (Carrera), pourtant débarrassé de son équipier Stephen Roche qui lui a barré la route au Giro et au Tour de France 1987, et Laurent Fignon (Système U) ont course perdue. Pour le reste tout est encore à faire.

 

Delgado va vite décanter les choses dans l’Alpe d’Huez. Seuls les duettistes PDM parviennent à le suivre. Rooks remporte l’étape en prenant même une poignée de secondes à l’Espagnol. Theunisse complète le podium mais il écope d’une pénalité de plusieurs minutes pour avoir utilisé un produit prohibé et de eux autres minutes pour s’être battu avec son Directeur Sportif. Le Batave à longue crinière s’est éliminé tout seul de la course à la victoire… Quant aux autres, ils sont relayés au-delà des quatre minutes, à l’exception de Fabio Parra (Kelme) qui a limité les dégâts. Perico Delgado remporte le chrono de Villard de Lans le lendemain et prend plus d’une minute à Rooks, plus de deux à Breukink, trois à Theunisse et près de six à Winnen. La course est jouée… Les Pyrénées ne changent rien à la donne, les retransmissions télévisées sont mortelles et il faut attendre un coup de théâtre pour rendre un peu de piment, l’espace d’une quelques heures, à ce Tour 1988. Au terme de la 18è étape, remportée par Gianni Bugno (Château d’Ax) à Limoges, Pedro Delgado passe un contrôle anti-dopage de routine. Normal, il est maillot jaune et doit, à l’instar du vainqueur d’étape et de quelques coureurs tirés au sort, s’y soumettre. Le résultat tombe assez vite : il est positif au probénicide… Le probenicide est un diurétique très utilisé pour masquer la prise de stéroïdes anabolisants. Delgado est donc dopé ! Quelques minutes après l’arrivée, Steven Rooks voit donc son avenir en jaune alors que les montagnes sont passées et qu’il n’a jamais réussi à y prendre du temps à Delgado. C’est sur le tapis vert que le Hollandais semble se destiner à gagner le Tour 1988. Mais en soirée, une information contraire tombe : le probénicide est interdit pas le Comité International Olympique (CIO) mais pas par l’Union Cycliste Internationale (UCI). Le cyclisme est sport olympique mais l’organisation du Tour de France soumise aux règles de l’UCI… En conséquent, comme le probénicide n’est pas sur la liste des interdits de l’UCI, Pedro Delgado bénéficie d’un non-lieu et peut reprendre la course comme si de rien n’était le lendemain. Quatre jours plus tard, il triomphe sur les Champs-Elysées… le coup de théâtre ne fut, finalement, que coup d’épée dans l’eau. Il attisera cependant la colère des Hollandais car quelques jours plus tôt, Gert-Jan Theunisse avait écopé de dix minutes de pénalité pour avoir usé d’un produit prohibé alors que Delgado n’est pas sanctionné du tout. Deux poids deux mesures dans le giron des organisateurs ?

 

Un bien triste Tour de France avec un vainqueur soumis à caution pour la dernière apparition d’un grand Monsieur. En effet, Jacques Goddet, Directeur de Course depuis 1936 et la retraite d’Henri Desgranges (voir ici). Quant à Delgado, après avoir raté le départ du Tour de France 1989 (ndlr il s’est présenté avec 2’40’’ de retard au départ du prologue alors que le chrono avait été enclenché !!!), il remportera encore une Vuelta avant de se mettre au service de son illustrissime successeur, Miguel Indurain.

 

Tour de France 1988

Classement final

1. Pedro Delgado (Reynolds)

2. Steven Rooks (PDM) à 7’13’’

3. Fabio Parra (Toshiba) à 9’58’’

Maillot vert : Eddy Planckaert (ADR)

Maillot à pois : Steven Rooks (PDM)

Meilleur jeune : Erik Breukink (Panasonic)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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