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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 11:58

Série de l’été : un petit pas pour le cyclisme, un pas de géant pour Merckx, 20 juillet 1969.

 

tdf20.jpgLe Tour de France 1969 est celui qui marque le retour définitif des équipes de marque. C’est aussi celui où la Belgique rêve sérieusement d’un successeur à Sylvère Maes, dernier vainqueur belge de la Grande Boucleen 1939. En la personne d’Eddy Merckx, la Belgiquetient un vainqueur potentiel car le chasseur de classiques a démontré depuis un an qu’il est aussi un redoutable homme de courses par étapes (Tour de Romandie et Tour de Catalogne 1968, Paris-Nice 1969) et un homme de tours (Giro 1968). Là où Van Springel échoua en 1968, Merckx ne peut que réussir en 1969… Gagner le Tour de France est le rêve de tous les Belges, qu’ils soient Wallons, Flamands ou Bruxellois, pour Eddy Merckx. Et pourtant, le rêve faillit tourner au cauchemar dès avant le départ du Tour ! En effet, le 2 juin Merckx est contrôlé positif à la Felcafaminelors du Giro, dans l’étape de Savone. Il est immédiatement exclu de la course italienne et sait que la sanction est claire : un mois de suspension qui signifie pas de Tour de France puisque celui-ci débute le 28 juin… La disparition des échantillons d’urines de Merckx avant le second contrôle obligatoirement imposé par la Fédération Internationalede Cyclisme Professionnelle (FICP, ancêtre de l’UCI) laisse planer un doute sur la culpabilité du coureur belge qui n’a de cesse de clamer son innocence. Toujours est-il que pour vice de procédure – il n’y a pas eu de contre-expertise -, la FICP annule, le 14 juin, la sanction qui frappe Merckx. Il pourra disputer son premier tour de France ! Mais on lui a volé ce Giro 1968 qu’il dominait largement avant cette sombre histoire de dopage pour laquelle il fut donc blanchi. Aussi, avide de revanche débarque-t-il sur le Tour de France plus motivé que jamais. Il rebaptise son équipe, Faema, Faites Attention Eddy Merckx Arrive et sa motivation est renforcée parce que l’épreuve passe, dès le second jour, chez lui à Woluwé-Saint-Pierre. Merckx pointe le prologue de Roubaix à son agenda. S’il l’emporte, il arrivera à Woluwé en jaune.

 

Le Tour débute pourtant assez mal pour Merckx, avec une double désillusion pour tout dire. Rudy Altig lui souffle la victoire pour sept seconde dans le prologue et Marino Basso l’emporte au sprint à Woluwé-Saint-Pierre… Enfin pour adoucir cette double déception, Faema gagne le chrono par équipe, toujours à Woluwé, et Merckx peut quand même se parer de jaune chez lui. Un maillot de leader qu’il ne conserve pas, l’abandonnant dès le lendemain à son équipier Julien Stevens.

 

Merckx cannibalise le Tour

 

La défaite du prologue lui reste dans la gorge aussi Merckx a-t-il le contre-la-montre de Divonne-les-Bains, le 6 juillet, dans le viseur. Son souhait est de gagner ce chrono avec le maillot jaune sur les épaules. Alors entreprend-t-il un premier tour de force dans le Ballon d’Alsace(1). Au terme d’une étape très courte de 133 kms, il remporte son tout premier succès sur la Grande Boucle reléguant tous ses adversaires principaux – Pingeon, Gimondi, Poulidor, Aimar – mais aussi les grimpeurs purs que sont Agostinho, Van Impe ou Galdos à plus de quatre minutes. Seul l’Espagnol Joaquim Galera limite les dégâts en résistant jusqu’à quatre kilomètres du sommet du Ballon d’Alsace et en ne perdant que 55’’. «Suivre Bahamontes ou Jimenez, OK. Suivre Merckx c’est impossible !» déclare le grimpeur ibère à l’issue de l’étape. Merckx sera en jaune pour le contre-la-montre de Divonne, comme il le voulait. Il y réalise un exploit faramineux(1) où même s’il ne prend pas beaucoup de temps à ses adversaires, il écrit la première vraie page de sa légende…

 

Au premier tiers du Tour de France, après les premières montagnes et le premier chrono, Merckx est déjà un solide leader. Ses rivaux les plus dangereux sont loin : Altig est à 2’05’’ ; Janssen à 5’01’’ ; Poulidor à 5’12’’ ; Gimondi à 5’16’’ et Pingeon à 5’21’’… Dans la traversée des Alpes, on s’aperçoit vite que seul Roger Pingeon, vainqueur sortant, est encore motivé à l’idée d’affronter Merckx. Les deux hommes font jeu égal à Chamonix, où Pingeon l’emporte, reprenant 1’30’’ à Poulidor et près de 2’30’’ aux autres favoris. A Briançon, après avoir escaladé le Télégraphe, la Madeleine et le Galibier, Merckx laisse Van Springel s’imposer en solitaire, se contentant de gérer Pingeon, Gimondi et Poulidor. Agostinho, Van Impe et Janssen explosent et concèdent plus de sept minutes. Le lendemain, à Dignes, Merckx signe sa troisième victoire d’étape. A Aubagne, c’est Gimondi qui l’emporte, Merckx termine dans le même groupe mais c’est Pingeon qui craque et cède 1’23’’.

 

Arrive alors le contre-la-montre de Revel, le 13 juillet. Merckx dynamite le chrono reléguant tous les autres au-delà de la minute. A huit étapes de la fin, sauf accident, Eddy Merckx est d’ores et déjà le vainqueur du Tour de France 1969…

 

Classement au soir de l’étape de Revel

1. Eddy Merckx

2. Roger Pingeon à 8’03’’

3. Felice Gimiondi à 8’47’’

4. Raymond Poulidor à 12’04’’

5. Andres Gandarias à 13’53’’

 

L’épopée de Mourenx

 

Comment ne pas évoquer l’étape Luchon-Mourenx du 15 juillet 1969. Merckx a donc d’ores et déjà gagné le Tour de France. L’étape est effrayante – Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque – d’autant plus qu’elle arrive en fin de Tour. Les deux premiers cols sont gravit en peloton groupé. A l’attaque du Tourmalet, Martin Vandenbossche, équipier de Merckx, accélère. Etonnement, Le Cannibale va derrière… Mais c’est que Vandenbossche à signé un contrat chez Molteni, la grande équipe rivale de Faema. Les deux hommes prolongent leur effort et le peloton s’étire, seul un petit groupe de dix hommes reste devant. Au sommet du Tourmalet, Merckx, qui est en tête de tous les classements, sprinte pour prendre les points de la montagne. Il bascule seul dans la descente et se relève pour attendre les autres… qui ne viennent pas. Alors Merckx a l’idée folle de rallier seul Mourenx, à quelque 130 bornes de là. Il roule de façon aérienne, son avance s’accroit et passe de 2’40’’ au pied du col d’Aubisque à 7’21’’ au sommet. Au bas de la descente l’écart est stabilisé et Merckx commence à défaillir. Mais il refuse de couper son effort et va au bout de lui-même pour écrire un nouvelle page de sa légende. Il arrive à Mourenx, où il remporte sa cinquième étape du Tour, avec 7’56’’ d’avance. Il est épuisé mais ses adversaires, eux, sont atomisés ! Merckx gagnera encore le dernier chrono à Créteil pour remporter en surclassement son premier Tour de France. Il a tout gagné : le maillot jaune mais aussi le classement au point, le classement de la Montagne, le Combiné et le classement par équipe… Le 20 juillet 1969, il y a eu deux événements ; Merckx a remporté le Tour de France en géant et, ensuite, Neil Armstrong à marché sur la lune !

 

Sur ce Tour de France, Eddy Merckx a inventé un style unique, une tactique incroyable qui consiste à attaquer ses adversaires sur tous les terrains : contre-la-montre, montagne, plaine et même dans les sprints pour quelques secondes de bonifications…

 

Tour de France 1969

Classement final

1. Eddy Merckx (Faema)

2. Roger Pingeon (Peugeot) à 17’54’’

3. Raymond Poulidor (Mercier BP) à 22’13’’

Maillot vert : Eddy Merckx (Faema)

Maillot à pois : Eddy Merckx (Faema)

Meilleur jeune : Non existant (créé en 1975)

 

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(1) lire à ce propos le Chapitre 6 de notre série de l’été

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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commentaires

Le Webzine de l'Histoire 10/11/2012 08:06

Merckx était dopé comme un bourrin, avec les produits de son temps, autant que Lance Armstrong. Le dopage sur le Tour existe depuis 1903, date du premier Tour de France. Quant à dire que le dopage
"industriel" (qu'est-ce que ça veut dire ?) a démarré avec l'arrivée d'un cyclisme "commercial" est d'une idiotie ! Faut-il rappeler que, jusque dans les années 20, c'était des équipes de marques
qui existaient ? Donc un cyclisme "commercial". Ensuite, avec les équipes nationales, les coureurs étaient aussi dopés. Dans les années 1980, la seule mutation que le dopagea connue, c'est
l'arrivée de l'EPO. Point.
Ce n'est pas l'argent qui explique le dopage (argument ridicule et obsessionnel de ceux qui crient haro sur les profits, l'entreprise, le commerce, la mondialisation, etc. ...) Non. C'est la
compétition elle-même. Il n'existe aucun Tour de France propre : c'est pour cela que la décision de rayer Lance Armstrong du palmarès est injuste, ridicule et honteuse : l'Américain fait un joli
bouc-émissaire. Tant qu'il y aura des coureurs volant aller plus vite qu'un autre, il y aura du dopage. Brad Wiggins, qui a gagné le Tour cette année, a roulé plus vite que Lance Armstrong en 2002
: 39,900 km/h pour Wiggins contre 39,88 km/h pour Armstrong en 2002. Puisque Lance Armstrong est une ordure et un tricheur, j'attends qu'on traite de la même manière Merckx, Fignon, Anquetil,
Lemond, Hinault, Indurain, Contador, Virenque, Pingeon, Coppi, Pantani, Bartali, etc. ...

epicurien 22/07/2011 08:44


bien résumé !


epicurien 21/07/2011 14:54


attaques quotidiennes, rage de vaincre, panache...

on vit une autre époque aujourd'hui (coureurs à la petite semaine et dopage industriel)


Olivier Moch 22/07/2011 08:38



Le dopage a, évidemment, toujours existé dans le cyclisme mais il a connu une réelle et profonde mutation dans la seconde partie des années '80 pour prendre son envol dans les années '90. Jusque
vers 1987 ou 1988, les coureurs utilisaient des produits dopants ou facilitateurs de la récupération mais ces produits ne nivellaient pas les forces en présence. Un bon grimpeur restait un bon
grimpeur, un rouleur restait un bon rouleur... Aujourd'hui, les produits permettent de faire d'un rouleur un excellent grimpeur. En fait, le dopage est devenu industriel lorsque le cyclisme est
devenu commercial, quand Tapie a investi dans ce sport avec l'unique dessein d'en retirer des bénéfices juteux.