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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 11:40

érie de l’été : Fabio Casartelli se tue dans la descente du Portet d’Aspet, 18 juillet 1995.

 

tdf18.jpgIls sont peu nombreux les coureurs à avoir payé de leur vie leur participation à la plus prestigieuse épreuve cycliste au monde. En 108 années d’existence, et 98 éditions, seuls trois cyclistes sont morts sur les routes du Tour de France. L’Espagnol Francisco Cepeda fut le premier, en 1935, des suites d’une chute à Bourg-d’Oisans. Tom Simpson que nous avons évoqué dans cette Série de l’Eté connut le même triste destin sur les pentes du Ventoux, en 1967. Fabio Casartelli croisa la Faucheuse dans la descente du Portet d’Aspet, un funeste 18 juillet 1995. Lorsque le Tour de France 1995 s’élance de Saint-Brieuc, le 1er juillet, Miguel Indurain (Banesto) frappe à la porte de la légende… Il peut rejoindre Anquetil, Merckx et Hinault au Panthéon des quintuples vainqueurs de la Grande Boucle mais, en sus, il peut devenir le premier à la remporter cinq fois d’affilée. Sa préparation est axée uniquement sur le Tour de France et il y arrive sans l’ombre d’un véritable rival. Ses adversaires désignés sont l’éternel outsider suisse Tony Rominger (Mapei-GB) qui parvient à briller sur la Vuelta et sur le Giro mais jamais vraiment sur le Tour, son compatriote Alex Zülle que l’équipe Once prépare spécifiquement depuis quatre ans et qui a terminé huitième en 1994, l’Italien Chiappucci (Carrera) dont on dit que, à 32 ans, ses plus belles années sont passées ainsi les Français Jalabert (Once) et Virenque (Festina) dont tout un peuple attend qu’ils prennent la succession d’Hinault au palmarès…

 

L’épreuve débute par un prologue à Saint-Brieuc, assez tard en soirée pour avoir l’heur de plaire aux chaines de télévision. Il est en outre perturbé par des averses aussi éparses que violentes et accouche donc d’un vainqueur surprise, le Français Jacky Durand (Castorama). Le grand favori de ce prologue, Chris Boardman s’étale et se brise le poignet… Son Tour aura duré moins de cinq kilomètres ! Comme à l’accoutumée depuis les années ’80, la première semaine fait la part belle aux sprinteurs, Baldato (MG-Technogym), Cipollini (Mercatone Uno), Blijlevens (TVM) et Zabel (Telekom-ZG Mobili) se partagent les bouquets. Jalabert, souvent placé, s’est emparé du maillot jaune par le jeu des bonifications avant de le céder à Ivan Gotti (Gewiss-Ballan) dont l’équipe à remporté le chrono collectif. Le 7 juillet, le Tour entre en Belgique à Charleroi ; le lendemain sur un parcours de type ardennais qui reprend plusieurs côtes de la classique Liège-Bastogne-Liège, le Tour de France 1995 va basculer une première fois. Jusqu’à présent, Indurain a habitué son monde à briller dans les contre-la-montre individuels et à contrôler en montagne. Mais, en cette veille de contre-la-montre, il va frapper un grand coup… Johan Bruyneel, futur Directeur Sportif de Lance Armstrong, attaque dans Mont-Theux, Indurain réplique avec le Français Boyer qui sera rapidement distancé… Il reste 25 kilomètres et Indurain entreprend alors de rouler un véritable contre-la-montre, seul sans relais, comme s’il répétait ses gammes pour le lendemain. Bruyneel ne relaye pas ; il ne peut pas le faire car ses deux leaders – Zülle et Jalabert – sont dans le peloton. Le peloton termine à un peu plus de cinquante secondes et au général, si Bruyneel endosse le jaune, Indurain est en embuscade à 31 secondes. Mais le plus important est que, la veille d’un vrai contre-la-montre, Indurain a relégué ses rivaux directs… Jalabert et Riis sont à 11 secondes ; Zülle à 33 ; Berzin à 42 ; Breukink à 1’23 ; Rominger à 1’34 ; Bugno à plus de 2 minutes ; Virenque et Chiappucci sont loin, très loin ! Indurain à frappé fort, pour la première fois avant le premier grand contre-la-montre du Tour il est déjà devant tous ses adversaires directs ! Le lendemain, sur 54 kilomètres entre Seraing et Huy, Miguelon réussit un nouveau coup de force. Il remporte le chrono en surclassement, seul Rominger parvient à limiter les dégâts en restant sous la minute… Indurain revêt le maillot jaune, il ne le quittera plus ! Après huit étapes, soit à peine plus du tiers de l’épreuve, ce Tour de France 1995 est terminé, Indurain l’a assommé.

 

On va devoir se passionner pour de petites choses sur les deux semaines de compétition qui restent, sur des exploits personnels, par exemple, à l’image de celui d’Alex Zülle. Largué au général, il entreprend de mener une grande offensive dans la première étape alpestre qui amène le peloton à La Plagne. Le Suisse reprend plus de deux minutes à Miguel Indurain et vient se replacer à la seconde place du classement général. Mais durant cette étape, le maillot jaune termine second et reprend encore du temps à tous ses adversaires, à l’exception, évidemment, de Zülle. Entre Saint-Etienne et Mendé, c’est Jalabert qui tente un gros coup. Il attaque très tôt et compte jusqu’à dix minutes d’avance pour devenir virtuel leader du Tour mais Indurain et son équipe contrôlent et limite la casse à 5’41’’, pas assez pour que Jalabert ne prenne le maillot jaune… Indurain contrôle encore les velléités offensives de Rominger, Jalabert et Riis dans les premiers contreforts de Pyrénées. Le Tour est agréable car les attaques fusent mais on sait aussi qu’avec la maitrise qu’il a imposée sur la course, rien ne pourra arriver à Indurain.

 

Kilomètre 34

 

15è étape, Saint-Girons – Cauterets, une étape dantesque avec six cols, et non des moindres – Portet d’Aspet, Menté, Peyresourde, Aspin, Tourmalet et les Crètes du Lys – sont au programme. C’est la dernière joute montagneuse de ce Tour 1995, c’est aussi l’ultime occasion pour tenter de mettre Indurain à mal. Mais les rivaux directs semblent avoir compris que rien n’y ferait puisque c’est à un train de sénateur que roule le peloton. Le col du Portet d’Aspet, en Haute-Garonne, est un classique du Tour de France, depuis 1947 il a été gravit à 21 reprises. Même si c’est un col de deuxième catégorie, il présente une déclivité moyenne de 6,8% dans son ascension est par la Valléede la Bouigane empruntée par le peloton cette année. La descente est plus pentue puisqu’elle présente une déclivité de 9,6% avec des passages à plus de 14%. D’ailleurs quand le peloton escalade le Portet d’Aspet par l’ouest, le col est classé en 1ère catégorie… La descente est donc assez technique, voire dangereuse. Fabio Casartelli dispute son deuxième Tour de France, Champion Olympique à Barcelone, en 1992, il a rejoint à l’intersaison l’équipe Motorola de Lance Armstrong et Alvaro Méjia après avoir couru deux saisons dans une équipe italienne. Il est parmi les premiers du peloton à s’élancer dans la descente du Porte d’Aspet lorsque dans un virage au kilomètre 34 de l’étape, à cause d’un écart ou d’un ennui technique, il chute lourdement entrainant avec lui six autres coureurs. La chute est terrifiante… Rapidement, les secours sont sur place, le médecin du Tour, Gérard Nicolet, arrive parmi les premiers. Le Français Dante Rezze (Aki) a basculé dans le ravin par-dessus le parapet, on doit le treuiller pour le remonter, il souffre d’une énorme plaie ouverte à la cuisse gauche. Dirk Baldinger (Team Polti) est lourdement retombé sur le dos ; il s’est fracturé le bassin. Giancarlo Perini (Brescialat), Johan Museeuw (Mapei-GB), Erik Breukin (Once) et Julio Cesar Aguirre (Kelme) repartent rapidement tandis que Casartelli reste au sol, dans une mare de sang (ndlr je me souviens de cette image horrible) en position quasi fœtale. Il a heurté le parapet en béton celui par-dessus lequel Rezze a, finalement, eu beaucoup de chance de passer… L’Italien est dans le coma, il doit être transporté d’urgences à l’hôpital mais dans ce col, impossible d’arriver en hélicoptère. C’est donc une ambulance qui le descend jusqu’à Saint-Lary-Soulan où un hélico l’attend ? Durant le court trajet aérien vers l’hôpital, Fabio Casartelli est victime de trois arrêts cardiaques récupérés, à chaque fois par les médecins à bord de l’hélicoptère. Mais, dès son arrivée à l’hôpital, on constata que les dégâts cérébraux étaient irréversibles et après un nouvel arrêt cardiaque, le décès du jeune coureur fut prononcé à 14h00 précises.

 

Ce jour-là, Richard Virenque remporta l’étape après avoir franchi tous les autres cols en tête. Il vantera ses exploits au micro des journalistes quelques heures seulement après le décès de Casartelli… Même en cyclisme, the show must go on ! Le lendemain, l’étape entre Tarbes et Pau est neutralisée et c’est toute l’équipe Motorola qui franchit la ligne d’arrivée en tête en guise d’hommage à Casartelli. Lance Armstrong, leader de la Motorola, veut ajouter un second hommage à son équipier. Alors que la course à repris ses droits, il s’impose en solitaire lors de l’antépénultième étape, à Limoges. Il franchit la ligne d’arrivée, les deux index pointés vers le ciel, avec une trentaine de secondes d’avance sur le peloton… Cette 18è étape, Fabio Casartelli la pressentait pour lui, il voulait y réussir un truc et l’avait inscrite dans son agenda à l’encre rouge… rouge comme le sang qu’il laissa sur le bitume du Portet d’Aspet ! Jusqu'aux Champs-Elysées, le vélo de Fabio Casartelli accompagna la course, avec sa plaque de cadre 114, sur le toit de la voiture Motorola.

 

Une stèle (photo d’illustration de l’article) a été érigée à sa mémoire dans le Portet d’Aspet en octobre 1995. Désormais, lorsque le Tour passe par là, un arrêt et une minute de silence sont respectés.

 

Tour de France 1995

Classement final

1. Miguel Indurain (Banesto)

2. Alex Zülle (Once) à 4’35’’

3. Bjarne Riis (Gewiss-Ballan) à 6’47’’

Maillot vert : Laurent Jalabert (Once)

Maillot à pois : Richard Virenque (Festina)

Meilleur jeune : Marco Pantani (Carrera)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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