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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 11:18

Série de l’été : Indurain superbe dans la défaite, chez lui à Pampelune, 17 juillet 1996.

 

tdf17.jpgIl parait évident que l’Espagnol Miguel Indurain sera le premier à remporter six Tour de France. Si El Rey Miguel est déjà entré dans la légende de cette épreuve mythique, l’édition de 1996 sera celle qui l’assoira au firmament… Personne avant lui n’a gagné six fois la Grande Boucle ! Indurain a rendez-vous avec l’Histoire lorsqu’il prend le départ à s’Hertogenbosch, aux Pays-Bas. Il vient de remporter le Dauphiné-Libéré plus que facilement et personne se semble en mesure de lui disputer la victoire. Pourtant, plusieurs blocs se présentent pour affronter Indurain :

- le bloc Once avec Jalabert, qui s’est découvert un talent caché pour les courses à étape en survolant la Vuelta à l’automne passé, et Zülle, deuxième de l’épreuve l’année précédente ;

- le bloc Mapei-GB avec Rominger, qui brille de mille feux sur le Vuelta et le Giro mais qui ne parvient pas à gagner le Tour, et Olano, que l’on présente comme le successeur du Roi ;

- le bloc Gewiss avec Berzin, qui fut le premier à battre Indurain sur un grand tour (Giro 94) et Gotti, cinquième du Tour en 1995 ;

- le bloc Festina avec son trio d’attaquants Virenque, Dufaux et Brochard

- le bloc Telekom avec le Danois Riis qui, sûr de lui, annonce qu’il est là pour gagner l’épreuve, et un jeune loup aux dents très longues, Jan Ullrich qui découvre le Tour.

 

Miguel Indurain n’a jamais eu autant de rivaux sur les routes du Tour et, paradoxalement, il n’en n’a probablement jamais été autant le grand favori… sauf peut-être l’année précédente où il avait écrasé la course pour rejoindre Anquetil, Merckx et Hinault dans la légende. Pourtant, le prologue hollandais voit la victoire d’Alex Zülle alors qu’Indurain ne prend qu’une septième place à 12’’ du Suisse. Mais le quintuple vainqueur s’économise, pense-t-on, pour le terrible parcours qui attend les coureurs ; pas moins de douze étapes avec, au moins, un col de deuxième catégorie au menu… Contrairement aux années précédentes, les organisateurs n’ont prévu ni contre-la-montre individuel ni chrono par équipe avant la montagne. Après que les sprinteurs se soient taillé la part du lion lors de la première semaine, le peloton arrive au pied des Alpes ; Zülle, Berzin, Olano, Riis, Indurain, Jalabert et Rominger se suivent, dans cet ordre, au général en moins de vingt secondes, le jeune Ullrich est à peine plus loin. Si l’on excepte Gotti, qui a abandonné lors de la cinquième étape, seuls les Festina sont un peu largués… La première étape alpestre amène les coureurs à Aix-le-Bains, c’est un amuse-bouche remporté par Breukink sans bouleversement. L’étape des Arcs, avec au menu les cols de la Madeleine(HC), du Cormet de Roseland (C1) et la montée vers Les Arcs (C1) va livrer un verdict pour le moins inattendu. Dans la descente de la Madeleine, Zülle d’abord et Bruyneel ensuite vont au sol. Des chutes sans gravité qui couteront quand même pas mal de temps aux deux hommes : 3’29’’ concédées pour le Suisse ; 7’05’’ pour le Belge… C’est que dans l’ascension finale Luc Leblanc attaque pour aller chercher l’étape. Rominger, Virenque, Dufaux, Riis, Olano, Berzin et l’incroyable gamin roux de 22 ans, Jan Ullrich, réagissent. Seul Miguel Indurain et Zülle, toujours marqué par sa chute dans La Madeleine, sont impassibles. Au sommet, Berzin endosse le maillot jaune, Olano est dans la même seconde, Rominger, Riis, Virenque, Ullrich et Dufaux sont en deçà des 40 secondes… Indurain à la 14è place, à 3’32’’. Il doit réagir et le contre-la-montre du lendemain doit lui permettre de le faire. C’est un as du chrono mais pas un grimpeur pur, or le parcours emprunte une bonne partie de l’Iseran. Berzin gagne et conforte son maillot jaune, Riis se place dans son sillage tandis qu’Indurain concède une nouvelle minute. Il est désormais à 4’53’’ de Berzin au général.

 

La troisième étape alpestre, vers Sestrières, est amputée de l’Iseran et du Galibier à cause de conditions climatiques terribles. Elle est ramenée à 46 kilomètres et tout se joue dans la montée finale où Riis attaque dès le pied pour faire exploser Berzin qui ne supporte pas le froid. Tous les favoris, à commencer par Indurain, perdent un peu de temps sur le Danois qui est désormais leader de la grande Boucle. Le Tour s’endort alors pour quelques jours, les favoris laissant libre champs à des échappées sans danger pour le général. Indurain tente de mettre à profit cette accalmie pour se ressourcer et envisager une offensive dans les Pyrénées. Cette offensive est d’autant plus attendue que la seconde étape pyrénéenne arrive à Pampelune, dans le Pays-Basque espagnol, patrie d’Indurain. Miguelon habite à Villava, à quelques encablures de Pampelune, nul doute que les organisateurs avaient pensé lui faire plaisir avec cette étape et saluer ainsi sa sixième victoire sur le Tour… Mais l’offensive n’a jamais vraiment été le fort de l’Espagnol, usuellement il dynamite les chronos et contrôle en montagne. Sa seule vraie escarmouche date de l’année précédente, à Liège, avec Johan Bruynneel…

 

Indurain et Rominger ensemble dans la souffrance

 

L’étape d’Hautacam est dominée par un Riis que l’on prend de plus en plus au sérieux. Il avait annoncé sa victoire, il semble tenir parole. Au sommet de ce col hors-catégorie, il reprend plus d’une minute à ses rivaux directs que sont Olano, Rominger et Ullrich (par ailleurs équipier de Riis). Indurain concède 2’28’’ et l’on comprend qu’il n’y aura pas de sixième Tour de France pour lui… Reste à Indurain l’étape de Pampelune pour essayer de sauver les apparences. Elle est titanesque : 262 kilomètres et cinq cols à gravir dont le dernier assez loin de l’arrivée. Les cols sont groupés en première partie d’étape et, dans le Soudet (C1) sous une chaleur d'enfer, l’équipe Festina met le feu aux poudres. Indurain, Rominger, Olano mais aussi des grimpeurs purs comme Guerini, Piepoli ou le vieillissant Chiapucci sont lâchés. Un groupe de huit hommes – Dufaux et Virenque (Festina), Riis et Ullrich (Telekom), Leblanc (Polti) ; Ugrumov (Roslotto), Escartin (Kelme) et Luttenberger (Carrera) – se forme à l’avant. On ne le reverra plus, Dufaux réglant l’étape devant Riis et Virenque…

 

Tout le monde espérait un sursaut d’orgueil de l’homme qui domina les cinq Tours précédent, il ne vint pas. Au contraire, Indurain a explosé comme jamais ! Le Navarrais à souffert le martyr pour aller au bout de cette étape. Avec Rominger, son meilleur ennemi, et Olano, son successeur annoncé, Miguelon a vu le Port de Larrau (HC) se transformer en un chemin de croix qu’il n’aurait jamais imaginé. Au bord de l’asphyxie, puisant sans cesse dans ses maigres réserves, Miguel Indurain était beau ! A ses côtés, Rominger partageait la souffrance, signe évident d’une passation de pouvoir des deux briscards qui ont dominé les courses par étapes entre 1991 et 1995 (5 tour et 2 Giro pour Indurain ; 3 Vuelta et 1 Giro pour Rominger) à une jeune génération aux dents longues emmenée par Jan Ullrich après l’intermède Riis. Mais que le spectacle de ses deux rivaux d’hier, unis dans la douleur, était grandiose pendant que Riis, Ullrich, Virenque et les autres s’envolaient vers l’arrive, sur les terres du Roi, creusant un écart sans cesse plus grand… Après le dernier sommet, dans la descente et sur le plat – une centaine de bornes jusqu’à la banderole – Tony Rominger va déployer tout ce qui lui reste de puissance pour regagner du temps. Rien n’y fait le groupe dans lequel se trouve Indurain débourse 8’30’’ à Pampelune !

 

Quelques instants après l’arrivée, Bjarne Riis endosse un nouveau maillot jaune, il a gagné le Tour de France, il le sait, il sera le premier Danois en jaune à Paris. Il a désormais 3’59’’ d’avance sur son équipier Ullrich, les autres sont au-delà des cinq minutes. Indurain est un piètre onzième, à plus de 15 minutes… Les autorités locales font quand même venir Indurain sur le podium protocolaire. Le Roi, déchu et déçu, aurait pu refuser d’ainsi s’exhiber, 19è de l’étape et sans maillot distinctif, il n’avait rien à faire sur ce podium si ce n’est saluer ce public qui croyait en lui et qu’il a déçu. Belle image ! S’il a perdu, Miguel Indurain a quand même gagné un côté plus humain dans ce Tour 1996. Non, il n’est pas la machine à calculer froide et invincible que l’on croyait… Soudain, Riis arrive près de lui, lui serre la main et lui lève le bras au sol avant de lui offrir son bouquet de leader du général. Au bord des larmes Indurain esquisse un sourire ; il tente de rire pour ne pas pleurer, masque sa tristesse par un rictus.

 

Riis à gagné le Tour de France, Indurain à gagné en popularité, Ullrich est né et Rominger s’est dépassé comme jamais malgré une douleur lancinante au genou. C’est beau le cyclisme lorsque c’est dans cet esprit-là. Riis avouera, onze ans plus tard, s’être dopé sur ce Tour et la victoire lui sera retirée ! Peu m’importe car l’exploit physique et le spectacle étaient bien au rendez-vous ce jour-là ! Que l’on était loin du sport-business d’aujourd’hui où l’on calcule le moindre paramètre, où la course est scientifique avant d’être humaine. J’ai vu, ce 17 juillet 1996, l’un des plus beaux spectacles qui soit, offert par des hommes généreux, c’est tout ce que je demande au Tour de France !

  

Tour de France 1996

Classement final

1. Bjarne Riis (Telekom)

2. Jan Ullrich (Telekom) à 1’41’’

3. Richard Virenque (Festina) à 4’37’’

Maillot vert : Erik Zabek (Telekom)

Maillot à pois : Richard Virenque (Festina)

Meilleur jeune : Jan Ullrich (Telekom)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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