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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 10:05

Série de l’été : Le martyr de Pascal Simon dans le Puy-de-Dôme, 16 juillet 1983.

 

tdf16.jpgLe Tour de France 1983 se situe en pleine période d’euphorie du cyclisme français. Bernard Hinault a remporté quatre des cinq Tour de France précédents (1978, 1979, 1981 et 1982) et Laurent Fignon s’apprête à en gagner deux autres (1983 et 1984) avant qu’Hinault ne remporte son ultime Grande Boucle en 1985. A cette époque, entre 1978 et 1985, sept des huit Tours de France ont été remporté par un coureur français. Qu’elle est loin cette époque dorée ! Depuis lors plus un seul coureur français n’a gravé son nom au palmarès de l’épreuve. 1983 voit donc la première victoire de Laurent Fignon. Au départ de ce Tour qui accueille une équipe colombienne totalement amateur, Bernard Hinault est absent pour cause de blessure. Le Blaireau à laissé son genou sur les routes de la Vuelta, en mai, qu’il a remporté avec le précieux concours du jeune Laurent Fignon qui laissait entrevoir de grandes qualités de coureur de tours. La succession d’Hinault est ouverte et plusieurs noms se dégagent pour la victoire :

- Joop Zoetemelk (Coop-Mercier), vainqueur en 1980 mais qui reste sur un début de saison pauvre;

- son compatriote Hennie Kuiper (Aernoudt) qui a gagné Paris-Roubaix au printemps et qui, à 34 ans, se voit offrir une dernière chance sur la Grande Boucle qu’il termina second en 1977 et 1980 ;

- Jean-René Bernaudeau (Wolber) que Hinault avait déjà désigné comme son successeur mais qui n’émergera jamais vraiment ;

- Lucien Van Impe (Metauromobili) vainqueur en 1976 et deuxième en 1981 mais son équipe apparait faible sur le papier (ce qui se confirmera sur la route).

 

Parmi les outsiders qui pourraient valoir une belle surprise, on cite souvent le petit grimpeur Peter Winnen (Ti-Raleigh), l’Australien Phil Anderson (Peugeot) qui a terminé 5è en 1982, le Suisse Beat Breu (Cilo), ancien vainqueur de son tour national qui gagna deux étapes de montagne sur le Tour 1982 voire le vétéran portugais Joaquin Agostinho (41 ans ! – SEM) vainqueur de cinq étapes du Tour et qui termina deux fois sur le podium… Mais il est vraiment délicat de miser sur le nom du futur vainqueur !

 

Le parcours de ce Tour 1983 est ardu, les organisateurs ont intégré cinq contres-la-montres individuels (le prologue, deux sur plat et deux en montagne), un chrono par équipe de 100 kilomètres et huit étapes de montagnes dont cinq sont terribles : les deux chronos ; l’étape pyrénéenne entre Pau et Bagnères-de-Luchon (Aubisque, Tourmalet, Aspin, Peyresourde) et les étapes alpestres de l’Alpe d’Huez (Cucheron, Grand-Cucheron, Glandon et montée finale de l’Alpe d’Huez) et de Morzine (Glandon, Madeleine, Aravis, Colombière et joux-Plane)… Un vrai tracé de fous ! Nul doute que le vainqueur de ce Tour de France sera un homme fort.

 

Le prologue, dans la banlieue est de Paris est remporté par Eric Vanderaerden (le dernier prologue remporté par un Belge, je pense) mais le premier vrai rendez-vous est fixé au 3 juillet, lors de la deuxième étape, le fameux contre-la-montre par équipe de 100 kilomètres. Cette épreuve est un épouvantail pour bien des coureurs. Les dernières années, cet exercice particulier épousait la distance de 40 à 45 kilomètres, pas plus. Il faut remonter à 1978 pour voir un chrono par équipe de plus de 100 bornes. Cette année-là, Ti-Raleigh l’avait emporté en reléguant les favoris à plusieurs minutes : Thévenet avait pris 13’20’’ dans la vue, Pollentier et Agostinho pointaient à 6’20’’ ; Galdos plus de 24 minutes… Clairement, en 1978, le très long contre-la-montre par équipe influa sur le classement final, des favoris ont perdu le tour ce jour-là ; des inattendus ont pris place dans le top10 final ce jour-là. Pour éviter l’hécatombe, en 1983, les organisateurs ont décidé de ne pas prendre en compte les temps réels mais d’accorder des bonifications. Ainsi, l’équipe gagnante prendra 45’’ à la deuxième classée, 1’15’’ à la troisième, et cetera… Mais l’histoire ne se répète pas et le chrono par équipe accouche d’une souris. Les écarts sont minimes : Coop-Mercier l’emporte de 17’’ sur Peugeot, Aernoudt est troisième dans le même temps et Ti-Raleig termine quatrième à 43’’. Le chrono individuel de Nantes n’apporte rien non plus. Bref, le premier grand rendez-vous de ce Tour 1983 sera dans les Pyrénées avec la fameuse étape au quatre cols mythiques.

 

Jusqu’au bout de la douleur…

 

Nous sommes le 11 juillet 1983, jour de la 10è étape. Comme escompté, le rendez-vous pyrénéen fait exploser le classement. L’Ecossais Robert Millar l’emporte devançant de quelques mètres Pedro Delgado. Pascal Simon termine troisième de l’étape, à 1’13’’ du vainqueur mais endosse le maillot jaune. Parmi les favoris, Bernaudeau (4’06’’) et Van Impe (5’45’’) sont les seuls à limiter tant bien que mal les dégâts. Zoetemelk et Winnen concèdent 8’55’’ ; Agostinho et Breu sont relégués à 10’30’’ et Anderson prend plus de 12’00’’ dans la vue. Un jeune coureur presqu’inconnu, à peine révélé par une excellente Vuelta quelques semaines plus tôt, Laurent Fignon, qui prend part à son premier Tour de France réalise une superbe étape et pointe désormais à la seconde place du général, à 4’22’’ de Pascal Simon qui, au vu de cette étape, endosse désormais clairement le rôle de super favori. Vainqueur du Tour de l’Avenir 1981, il a aussi gagné l’étape montagneuse d’Orcières-Merlette sur le Tour 1982 et, surtout, le Dauphiné-Libéré (ndlr il sera déclassé, par la suite pour dopage) juste avant le départ de ce Tour 83. Il a le profil du futur vainqueur d’autant plus que tous les favoris initiaux sont relégués très loin au général. C’est donc nanti d’une avance confortable et d’un nouveau statut que Pascal Simon aborde l’étape de transition suivante qui emmène le peloton dans le Gers, à Fleurance. Le trajet est idéal pour les baroudeurs qui ne visent qu’un succès d’étape. Pour ceux qui visent un classement final, ce sera une journée calme… sauf pour Pascal Simon qui ne peut éviter une chute anodine. Il se relève et rapidement on craint une fracture de la clavicule pour le maillot jaune. Aidé par son équipe, grimaçant de douleur, Simon rejoint l’arrivée avec le peloton. A Fleurance, il passe des radios à l’hôpital et le diagnostic tombe, plus lourd encore que la fracture de la clavicule, c’est l’omoplate qui est salement touchée… elle est fendue sur une belle longueur. Dramatique pour un cycliste qui doit tirer sur le guidon. Simon prend pourtant le départ le lendemain matin, décidé à défendre sa tunique jaune au mépris de la douleur. Ce matin de la douzième étape il compte 4’22’’ d’avance sur Fignon, 5’34’’ sur Bernaudeau et 5’57’’ sur Kelly. Pendant trois étapes, et malgré deux étapes montagneuses dans la région des Puys, Simon parvient, grâce à l’aide de son équipe, à surpasser la douleur et à conserver son avance. Avant le contre-la-montre de 15 kilomètres au Puy-de-Dôme, il dispose encore de 4’14’’ sur Fignon, 5’29’’ sur Kelly et 5’34’’ sur Bernaudeau. Mais le chrono sur les pentes du Puy-de-Dôme s’apparente à un calvaire annoncé. Il sera seul avec sa douleur sous la chaleur… Une journée en enfer !

 

Pascal Simon va faire preuve d’un courage exceptionnel durant cette escalade en solitaire contre le temps. Mais chaque mètre grappillé à la route est un calvaire, il ne peut plus tirer sur son guidon tant la douleur est intense. Simon fait appel à toutes ses ressources pour aller au bout de la montée. Au prix d’un effort surhumain, il boucle l’étape à la 55è place, à 5’10’’ du vainqueur l’Espagnol Angel Arroyo. Mais l’effort extraordinaire de Pascal Simon est récompensé puisqu’il ne perd que 3’22’’ sur Fignon et conserve donc le maillot jaune pour 52 secondes. Plus que des mots, les images d’époque de l’INA témoignent de la souffrance de Pascal Simon dans le Puy-de-Dôme. Cet exploit – car c’en est un et même l’un des plus admirables de l’Histoire du Tour ! – est d’autant plus beau qu’il est finalement inutile. Car si Simon peut encore conserver, au prix d’un nouvel effort incroyable, son maillot le lendemain lors de l’étape entre Issoire et Saint-Etienne, le tronçon suivant, première véritable étape alpestre avec arrivée à l’Alpe d’Huez, sera celle de l’abandon. Simon ne peut plus avancer, la douleur l’a terrassé. Mais qu’il était grand dans la douleur… Simon a conservé le maillot jaune au prix de la souffrance physique et morale sept jours durant. C’est pour ce genre d’exploit que le Tour de France est beau ! Je suis persuadé que, avec la plénitude de ses moyens, Pascal Simon aurait remporté ce Tour de France 1983. C’est finalement Laurent Fignon qui profita de la chute et de l’abandon dans la douleur de Simon pour remporter le Tour lors de sa première participation.

 

Pour l’anecdote, Pascal Simon est issu d’une fratrie de coureurs cyclistes. Le 17 juillet 2001, soit 18 ans jour pour jour après l’abandon de Pascal l’étape de l’Alpe d’Huez, son frère François endossait, pour trois étapes, le maillot jaune à l’Alpe d’Huez…

 

Tour de France 1983

Classement final

1. Laurent Fignon (Renault)

2. Angel Arroyo (Reynolds) à 4’04’’

3. Peter Winnen (Ti-Raleigh) à 4’09’’

Maillot vert : Sean Kelly (SEM)

Maillot à pois : Lucien Van Impe (Metauromobili)

Meilleur jeune : Laurent Fignon (Renault)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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