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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 13:04

Série de l’été : Le jour de gloire de Bernard Thévenet, 14 juillet 1975.

 

tdf14.jpgLe 14 juillet est un jour hors du commun pour tous les cyclistes français qui participent au Tour de France. Le jour de sa fête nationale, chacun d’entre eux rêve de s’imposer à l’étape. Quelques-uns l’ont fait, on peut citer de mémoire David Moncoutié, le dernier en date c’était en 2005, Richard Virenque (2004), Laurent Jalabert (1995 et 2001), Laurent Brochard (1997), Vincent Barteau (1989), Raymond Poulidor (1974)… Mais le plus beaux des exploits français un jour de fête nationale est, sans conteste, celui réussit par Bernard Thévenet en 1975. Le Bourguignon avait déjà remporté une étape un 14 juillet sur le Tour de France, en 1970, lors de sa première année professionnelle, mais le grand numéro qu’il réalisa dans la montée vers Pra-Loup cinq ans plus tard fait partie de la légende du Tour de France. A l’entame du Tour 1975, difficile de voir un autre favori qu’Eddy Merckx (Molteni) qui vient là pour gagner sa sixième Grande Boucle, un exploit qu’il serait le premier à réaliser. Parmi les favoris de cette édition particulièrement montagneuse, on pointe Joop Zoetemelk (Gan-Mercier) et Bernard Thévenet (Peugeot) qui vient de remporter le Dauphiné-Libéré en repoussant Merckx à dix minutes. La Franceest d’ailleurs assez optimiste quant aux chances de voir Thévenet succéder au Cannibale… Le départ est donné à Charleroi, en Belgique, et en guise de nouveauté le leader du classement de la Montagne aura, enfin, son maillot distinctif, un maillot blanc à pois rouge.

 

Si Francesco Moser (Filotex), qui découvre le Tour (1), domine les cinq premières journées, Eddy Merckx a déjà posé son empreinte sur la course. Dès la première étape en ligne, il attaque dans la côte d’Alsemberg pour prendre plus d’une minute à Zoetemelk, Ocaña et Van Impe. Thévenet parvient à suivre sans problème et s’interroge sur les motivations du Cannibaleà dynamiter la course si tôt. Merckx est-il si peu sûr de lui qu’il veuille prendre du temps à tous les grimpeurs avant les nombreux cols ? En tous cas, il prend le maillot jaune dès la sixième étape, un contre-la-montre à Merlin-Plage. Après moins d’une semaine de course, Thévenet est à 2’07’’, Van Impe à 2’50’’ et Zoetemelk à 3’08’’… On en parle même plus d’Ocaña qui est à plus de cinq minutes. Pour beaucoup d’observateurs, le Tour de France est déjà joué… D’autant que les organisateurs ont prévu un autre chrono, à Auch au pied des Pyrénées, seulement trois jours plus tard. Merckx s’y impose à nouveau et reprend encore du temps à ses rivaux, sauf à Thévenet qui ne concède que neuf petites secondes.

 

A l’entame de l’indigeste chapitre montagneux de ce Tour 1975, Thévenet a donc 2'20’’ de retard sur Merckx. Poulidor est à 4’42’’, Zoetemelk à 4’48’’, Ocaña et Van Impe à plus de cinq minutes… Gimondi remporte le premier round pyrénéen sans que cela ne bouleverse la donne. Le lendemain, vers Saint-Lary-Soulan avec l’Aspin, le Tourmalet et le Pla d’Adet au menu, Zoetemelk et Thévenet passent à l’attaque, ils font des dégâts considérables. Le Hollandais emporte l’étape suite à la crevaison de Thévenet dans le dernier kilomètre. Malgré cet ennui mécanique, le Bourguignon reprend 55 secondes à Merckx tandis que qu’Ocaña et Gimondi explosent et perdent définitivement leurs maigres chances de victoire. Thévenet ne pointe plus qu’à 1’31’’ de Merckx… L’ultime étape pyrénéenne ne changera rien par contre, dès le Puy-de-Dôme, Thévenet grappille encore une trentaine de secondes pour arriver dans les Alpes avec moins d’une minute de retard au général. Durant cette étape, les spectateurs français eurent un comportement malsain, indigne du cyclisme usuellement épargné par ce genre de débordements. Lors de l’ascension finale du Puy-de-Dôme, Merckx est hué et insulté par des dizaines de gens en bord de route qui ont pris fait et cause pour Thévenet. Pire, dans les derniers hectomètres, un imbécile lui donne même un coup de poing qui touche le champion belge au foie. C’est dans la douleur que Merckx termine cette étape…

 

Pra-Loup, une vengeance qui tourne en déroute

 

Merckx a pointé la première étape alpestre, entre Nice et Pra-Loup. D’abord parce que l’Eurovision a choisi cette étape pour une diffusion télévisée très tôt (on est pas encore à l’époque des étapes intégrales) ; dès le col de Champs, on sera en direct dans une vingtaine de pays, un théâtre parfait pour un exploit à la Merckx. Ensuite parce qu’il a du mal à l’idée d’avoir concédé du temps à Thévenet dans les Pyrénées et qu’il entend frapper un grand coup pour asseoir sa sixième victoire sur le Tour de France. Mais Merckx est sous médicament des suites du coup de poing reçu dans le final du Puy-de-Dôme. Ce coup a laissé de réelles traces au foie et le médecin du Tour lui a administré des cachets pour atténuer la douleur. Dès Champs, Merckx est impérial, il domine la course. Dans le col d’Allos (C1), il accélère et s’envole seul… Il entend plonger en solitaire pour aller chercher l’ultime ascension, un petit col de 2è catégorie vers Pra-Loup, qu’il veut avaler goulument. Merckx entame la descente d’Allos à une vitesse folle, à tel point que les voitures de presse et de l’organisation doivent se ranger sur le côté pour le laisser passer… La fusée Molteni est impressionnante ! Mais, dès les premières pentes de Pra-Loup, c’est un Merckx totalement différent que l’on voit, il a l’air collé au bitume, il n’avance plus… Gimondi, qui a fait la descente seul derrière, dépasse Merckx qui gravit avec une peine qu’on ne lui a jamais vue.

 

Thévenet revient, accompagné de Van Impe et Delisle, sur Le Cannibale. Au détour d’un virage, il l’aperçoit à la dérive et se dresse sur les pédales pour accélérer. Il revient à hauteur de Merckx, passe devant et, entendant les consignes de son Directeur Sportif qui lui crie : «Vas-y Bernard, il coince, il est cuit», Thévenet laisse le maillot jaune sur place. Survolté, Nanar, comme on le surnomme affectueusement, reprend même Gimondi pour s’offrir, un 14 juillet qui plus est, une victoire de prestige qui lui assure, en outre, le maillot jaune. Dans Pra-Loup, il vient de détrôner Merckx qui a été victime d’une terrible défaillance. Merckx affirme que cette défaillance est due au coup de poing qu’il avait reçu au foie et aux médicaments qu’on lui a fait prendre. Est-ce vrai ? Peut-être cela a-t-il influé mais Thévenet était bien le plus fort cette année là. Pour preuves, il avait déjà repris du temps à Merckx dans les Pyrénées, avant le coup de poing, mais il en reprendra aussi dans les Alpes, après Pra-Loup, en remportant encore l’étape de Serre-Chevalier avec 2’22’’ d’avance…

 

Après avoir compté 2’20’’ d’avance avant la montagne et pour terminer, finalement, à 2’47’’ de Thévenet, Merckx a déboursé, au total, 5’07’’ dans les Pyrénées et les Alpes. Ce ne sont pas les deux minutes perdues à Pra-Loup qui auront, à elles seules, fait la différence dans ce Tour 1975… C’est le début de la fin de l’Ere Merckx. Après Pra-Loup, l’immense champion belge ne gagnera plus qu’un Milan – San-Remo (pour la septième fois !), Une Semaine Catalane et un Tour Méditerranéen avant de laisser la place à un autre Baron du Cyclisme qui commençait à poindre, Bernard Hinault.

 

Tour de France 1975

Classement final

1. Bernard Thévenet (Peugeot)

2. Eddy Merckx (Molteni) à 2’47’’

3. Lucien Van Impe (Gitane) à 5’01’’

Maillot vert : Rik Van Linden (Bianchi)

Maillot à pois : Lucien Van Impe (Gitane)

Meilleur jeune : Francesco Moser (Filotex)

 

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(1) le Trentinois réussit l’exploit d’endosser le maillot jaune pour se toute première étape sur le Tour et de le conserver cinq jours durant avant de terminer 7è à Paris

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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