Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 10:42

Série de l’été : Mort sur le Ventoux, 13 juillet 1967.

 

tdf13.jpgLe 13 juillet 1967, par une très chaude journée de l’été, sur les pentes surchauffées du fabuleux Mont Ventoux, le cycliste anglais Tom Simpson mourrait victime d’un sulfureux cocktail fait d’alcool, de dopage et de chaleur…

C’est par une nouveauté que débute le 54è Tour de France qui s’élance le 29 juin 1967 d’Angers : un prologue contre la montre de 5,75 kms, le premier de l’histoire du Tour ; c’est l’illustre inconnu Errandonea de l’Equipe d’Espagne qui l’emporte. Vainqueur du Tour des Flandres (1961), de Bordeaux-Paris (1963), de Milan-San Remo (1964), du Tour de Lombardie (1965) et Champion du monde sur route (1965), l’Anglais Tom Simpson s’est construit un palmarès que beaucoup lui envient. Mais c’est surtout sur les courses d’un jour qu’il brille… son meilleur résultat sur une course à étapes est la victoire dans le Tour du Sud-Est en 1961. Simpson pense que pour entrer dans la légende du cyclisme, il faut remporter le Tour de France. Sixième de cette prestigieuse épreuve en 1962, il reste surtout sur deux abandons en 1965 et 1966. Aussi, lorsqu’il se présente au départ de la Grande Boucle 1967, il vient pour y jouer la gagne. Tom Simpson a suivi une préparation spécifique depuis plusieurs mois. Cette préparation a d’ailleurs déjà porté ses premiers fruits puisque le Britannique emporte, début mars 1967, Paris-Nice l’une des plus belles courses à étapes du calendrier.

Simpson termine 13è du prologue à 19 secondes du vainqueur. Durant les premières étapes de plaines, il se contente de suivre sans trop forcer la mécanique et en évitant tous les pièges – chutes, cassures dues aux bordures, fringales… - qui peuvent coûter la victoire à un favoris du Tour de France durant les premiers jours. Lors de la première étape de moyenne montagne, dans les Vosges, entre Metz et Strasbourg, le peloton reste groupé et, si Simpson est calfeutré dans le ventre mou, ses équipiers Wright (vainqueur de l’étape) et Hoban s’illustrent sur les premières pentes du Tour 1967. Le lendemain, au Ballon d’Alsace, le Français Lucien Aimar, vainqueur l’année précédente mais est déjà loin au général entreprend de se livrer à un numéro de prestige. Il remporte l’étape tandis que parmi les favoris, seuls le Hollandais Jan Janssen et Tom Simpson pointent à moins de 20 secondes d’Aimar, les autres sont rejetés à plus d’une minute et demi. Avec sa cinquième place au Ballon d’Alsace, Simpson effectue un beau rapproché au général. Il est désormais 7è à 5’15’’ de Pingeon…

Dans l’étape de Briançon, avec les cols du Galibier, de Tamié et du Télégraphe au menu, Felice Gimondi réussi un grand numéro, il remporte l’étape devant l’Espagnol Jimenez qui est le seul à avoir pu le suivre… Pingeon et Poulidor sont repoussés à près de trois minutes ; Aimar à 4’15’’ ; Simpson et Janssen à six minutes. Au général, Pingeon reste en jaune tandis que Tom Simpson est relégué à huit minutes et vingt secondes… Le lendemain, entre Briançon et Dignes, une étape classique du Tour, le peloton récupère et reste plus ou moins groupé pour le grand bonheur du Bleuet de France (ndlr l’équipe des Espoirs du cyclisme hexagonal), José Samyn, qui l’emporte au terme d’une échappée à quatre.

Ventoux fatal…

Pour refaire son retard, Tom Simpson a pointé l’étape provençale entre Marseille et Carpentras. Il n’y a qu’une seule ascension mais elle est de taille puisqu’il s’agit de celle du Géant de Provence, le Mont Ventoux. Nous sommes le 13 juillet 1967, il règne une chaleur caniculaire de 38 degrés renforcés encore par le mistral qui souffle… Pour conserver un espoir de remporter ce Tour dont il a fait l’objectif de sa saison, Simpson sait qu’il doit y assommer la concurrence et reprendre beaucoup de temps. Il lui faut attaquer très tôt dans l’ascension afin de creuser un écart le plus grand possible. Pour s’aider dans la terrible mission qui est la sienne, l’Anglais a recours à des amphétamines… Mais les choses ne se passent pas comme il l’avait imaginé. Dès le pied du Ventoux, Poulidor et Jimenez attaquent ! Derrière eux, un groupe de huit coureurs s’est formé ; il comprend Pingeon, Gimondi, Aimar, Janssen, Simpson, Balmamion, Letort et Castello. Les huit hommes reviennent au prix d’un effort surhumain durant lequel chacun assume sa part de travail. Mais à peine revenu sur le duo de tête, Jimenez accélère à nouveau… Poulidor peut suivre. Ils sont à nouveau seuls en tête ; derrière Aimar, Letort et Castello abdiquent laissant les cinq autres poursuivre Jimenez et Poulidor. Simpson est marqué par l’effort, on le voit moins frais que ses compagnons d’échappée. Petit à petit, il lâche prise… Il comprend alors qu’il ne gagnera pas le Tour de France 1967. Lorsqu’il voit revenir Aimar et Letort, piqué au vif, Simpson tente de les suivre mais il ne le peut. Soudain, il zigzague, son teint est blême… il s’écroule sur le bitume chaud du Ventoux. Les spectateurs se précipitent sur lui, le relèvent et le remettent en selle. Tom Simpson repart comme un robot, probablement sans plus savoir ni ce qu’il fait ni où il est ! Il s’écroule une seconde fois quelques mètres plus haut… Il est inconscient. Un spectateur tente de le ranimer avant l’arrivée rapide du Dr Dumas, médecin officiel du Tour de France. Pendant quarante minutes, Dumas tente de ranimer Simpson avant qu’il ne soit transféré d’urgences, par hélicoptère à l’hôpital d’Avignon. Mais c’est trop tard, Tom Simpson est officiellement déclaré mort à 17h40. Pendant ce temps là, dans l’indifférence générale, Jan Janssen remporte l’étape devant Gimondi et Pingeon…

Dans la poche arrière du maillot de Simpson, les médecins découvriront plusieurs tubes de Tonedron, une amphétamine surnommée le Pépé dans l’univers cycliste et qui permet de repousser les limites de la fatigue. Pas de doute, Simpson en a ingurgité tout au long de l’étape ; mais si le Pépé repousse la fatigue, il ne l’annihile pas… A l’autopsie, on découvrira également une quantité non négligeable d’alcool dans le sang de Simpson. Le cocktail alcool, amphétamines et chaleur a provoqué le dépassement des capacités thermorégulatrices du corps de Tom Simpson, débouchant sur l'évanouissement puis la mort rapide. Tom Simpson avait-il déjà eu recours au dopage auparavant ou s’était-il chargé pour réussir son pari de reprendre suffisamment de temps à Pingeon, à Gimondi et à Aimar lors de cette étape ? Nul ne le saura jamais vraiment. D’aucuns disent que la façon dont cela a été fait (durant l’étape et avec de l’alcool) tend à démontrer que Simpson ne savait pas le danger qu’il encourait en procédant de la sorte et donc qu’il n’était pas coutumier du dopage… Peut-être, mais toujours est-il que pour entrer au firmament des stars du cyclisme, le coureur anglais n’a pas hésité à mettre sa vie en jeu… Un jeu auquel il a perdu bien plus que le Tour de France 1967 !

Le lendemain à Sète, un vibrant hommage était rendu au défunt et le peloton offrait la victoire d’étape à Barry Hoban, équipier et ami de Simpson… Finalement, Roger Pingeon remportait le Tour de France et une stèle était érigée en l’honneur de Tom Simpson sur les pentes du Mont Ventoux où il est mort, à 29 ans, à l’été 1967.

 

Tour de France 1967

Classement final

1. Roger Pingeon (France)

2. Julio Jimenez (Espagne) à 3’40’’

3. Franco Balmamion (Primavera) à 7’28’’

Maillot vert : Jan Janssen (Pays-Bas)

Maillot à pois : Julio Jimenez (Espagne)

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans A découvrir
commenter cet article

commentaires