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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 07:38

Série de l’été : Ocaña est brisé dans la descente du col de Mente, 12 juillet 1971.

 

tdf12.jpgLe 58è Tour de France s’élance de Mulhouse avec un seul et unique favori, Eddy Merckx évidemment. Les autres lutteront pour les accessits que sont les victoires d’étapes et les maillots distinctifs que le Cannibale voudra bien leur laisser. Deux hommes sont , cependant, bien décidé à mettre des bâtons dans les roues de Merckx, le Hollandais Joop Zoetemelk (Mars-Flandria), deuxième l’année précédente, et surtout le fier Espagnol Luis Ocaña (Bic) qui a gagné la Vuelta1970. Installé en France, à Mont-de-Marsan, depuis l’adolescence, Ocaña a démontré qu’il a l’étoffe d’un vainqueur du Tour. Il grimpe bien (vainqueur dans l’étape de Saint-Gaudens en 1970) et se défend bien contre-la-montre (GP des Nations et Trophée Baracchi en 1971). Sa victoire sur le Tour d’Espagne démontre, en outre, qu’il a la capacité à absorber une course de trois semaines. D’ailleurs, Luis Ocaña à l’intime conviction qu’il peut battre Eddy Merckx et ne se prive pas pour le claironner à tout vent. Il pointe même l’étape d’Orcières-Merlette, le 8 juillet, comme premier grand rendez-vous… Merckx sourit et frappe un grand coup d’entrée. Son équipe, Molteni avec des rouleurs puissant comme Wagtmans, Van Schill ou Swerts, remporte le chrono initial de 11 kilomètres avec 1’48’’ d’avance la formation Ferretti et 2’16’’ sur Mars-Flandria. Ocaña est déjà renvoyé à 2’23’’… Heureusement pour lui, les temps réels ne sont pas pris en compte mais des bonifications sont octroyées selon le classement. Finalement, le débours d’Ocaña n’est que d’une trentaine de secondes toutefois Merckx est déjà en jaune.

 

A l’exception d’une journée où il est cédé à son équipier Rinus Wagtmans par le jeu des bonifications, Eddy Merckx conserve le maillot jaune jusqu'au soir de la neuvième étape, à Saint-Etienne. Il faut dire que le Tour de France n’a pas encore pris son réel envol tout juste a-t-il passé quelques bosses et gravi, au Puy-de-Dôme, un seul col de 1ère catégorie. D’ailleurs, à Saint-Etienne, alors que nous sommes quasiment à la mi-tour, les écarts sont infimes. Merckx est leader avec 36’’ d’avance sur Zoetemelk et 39’’ sur Ocaña. Thévenet ne pointe qu’à 1’58’’ et Van Impe à 2’16’’, avec tous les grands cols encore à franchir, tous les espoirs restent permis. Ils le sont d’autant plus que dans la première étape des Alpes, qui rejoint Saint-Etienne à Grenoble avec deux cols de 1ère catégorie (Cucheron et Porte), Merckx n’est pas au mieux et termine septième en concédant 1’36’’ à Thévenet, vainqueur du jour, Zoetemelk et Ocaña. Joop Zoetemelk est en jaune mais Luis Ocaña est en embuscade, une seule seconde derrière lui ; Merckx est quatrième du général à une minute…

 

C’est ici que débute le drame en trois actes !

 

Acte 1 : l’attaque vers Orcières-Merlette

 

Nous sommes à la veille de l’étape d’Orcières-Merlette, celle-là même pointé par Ocaña dès avant le Tour. Tous les suiveurs du Tour de France attendent cette joute avec impatience et intérêt. Ocaña dynamitera-t-il l’épreuve ? L’orgueil de Merckx lui fera-t-il effacer le revers de la veille ? Comment Zoetemelk, en jaune, va-t-il gérer ses deux adversaires ? L’étape est courte, 134 kilomètres, et présente trois cols à gravir, Laffrey (C2) et Noyer (C2) et la montée vers Orcières-Merlette (C1). Très tôt, Ocaña attaque et entraîne avec lui Zoetemelk, très attentif, Van Impe et Agostinho. Merckx ne peut suivre aussi les quatre attaquants s’entendent-ils pour creuser un écart important. Dans le col du Noyer, Agostinho et Zoetemelk sautent. Van Impe lâchera prise dès le début de la montée finale. Le show promis par Ocaña a bien lieu comme il l’a dit et où il l’a dit… A Orcières-Merlette, Merckx perd 8’42’’ sur l’Espagnol, tout comme Zoetemelk d’ailleurs. Van Impe termine second de l’étape et ne cède que 5’52’’. Ocaña a tellement fait fort que seuls 39 coureurs rentrent dans les délais, les commissaires de courses repêcheront 63 coureurs hors-délai pour ne pas faire repartir la course avec un peloton maigre de moins de 40 hommes. Le Tour 1971 semble joué ! Le classement se présente ainsi au soir de cette 11è étape :

 

1. Luis Ocaña (Bic)

2. Joop Zoetemelk (Mars-Flandria) à 8’43’’

3. Lucien Van Impe (Sonolor) à 9’20’’

4. Gosta Petersson (Ferretti) à 9’26’’

5. Eddy Merckx (Molteni) à 9’46’’

 

Acte 2 : la révolte de Marseille

 

Mais après la journée de repos, lors de la longue étape plane de transition vers Marseille, Eddy Merckx se rebiffe. Le Cannibale a échafaudé un plan d’attaque. Dès le départ, Rinus Wagtmans, descendeur intrépide, attaque provoquant la naissance d’un groupe de 9 hommes composé de Merckx, Wagtmans et Huysmans (Molteni), Paolini et Armani (SCIC), Van der Vleuten (Goudsmit), Aimar (Sonolor), Bouloux (Peugeot) et Letort (Bic), le seul équipier d’Ocaña. Sous la canicule et pendant 250 kilomètres, l’étape se résument à un mano à mano à distance entre les échappés uniquement emmenés par les trois Molteni (Merckx effectue sa part de travail) et le peloton emmené par les équipes Bic d’Ocaña et Fagor de Cyrille Guimard, alors maillot vert de l’épreuve. Joseph Bruyère, équipier de Merckx resté dans le peloton subit une crevaison et malgré l’aide de deux équipiers, ne pourra jamais rentrer tant la vitesse est élevée. L’étape arrive avec une heure d’avance sur le meilleur horaire prévu, elle est remportée au sprint par Luciano Armani et Merckx reprend 1’56’’ à Ocaña. Malgré cet éclatant coup d’orgueil, l’écart au général entre Ocaña et Merckx reste de 7’50 et l’on ne voit pas comment le Belge pourra détrôner l’Espagnol… Le lendemain, lors du contre-la-montre d’Albi, Merckx remporte l’étape mais ne reprend que onze secondes, une broutille.

 

Acte 3 : le virage maudit de Mente

 

Arrive, le 12 juillet, l’étape qui relie Revel à Luchon. Elle est longue, 214 kilomètres, et trois cols sont au menu, le Portet d’Aspet (C3), Mente (C2) et le Portillon (C2). José Manuel Fuente a attaqué très tôt dans la journée, il est seul en tête. Lors de l’ascension du col de Mente, un violent orage éclate. Les conditions sont dantesques, il tombe tantôt de la pluie battante tantôt de la grêle, il fait noir et le vent souffle en rafales. Fuente passe en solitaire, Cyrille Guimard suit quelques minutes plus tard puis viennent Merckx et Ocaña, inséparables, et encore un peu plus loin Joop Zoetemelk, Lucien Van Impe et Vicente Lopez-Carril. La descente du col de Mente est rendue périlleuse par les conditions météorologiques, la route est pleine d’ornières qui sont remplies d’eau et que les coureurs ne devinent pas. Plusieurs chutes émaillent la plongée, Merckx et Ocaña négocient très mal un virage, ils chutent, Guimard parvient à éviter se maintenir sur les roues. Merckx se relève et repart, Ocaña tarde un peu lorsque survient Joop Zoetemelk qui percute de plein fouet l’Espagnol occupé à se relever. Ocaña est inanimé, sa respiration est coupée par le choc, rapidement les secours interviennent et le transportent inanimé par hélicoptère, sous le déluge, vers l’hôpital de Saint-Gaudens. Ocaña a perdu le Tour 1971 dans la descente de Mente !

 

A l’issue de l’étape remportée par Fuente, Eddy Merckx a repris le commandement de l’épreuve mais il refuse de recevoir le maillot jaune sur le podium protocolaire. Il se rend à l’hôpital pour prendre des nouvelles de son rival. Il avoue même par la suite qu’il a songé à abandonner ce Tour mais il semble qu’Ocaña l’ait convaincu du contraire sur son lit de souffrance. «J’aurais préféré me classer second en me battant tous les jours que de vaincre dans de telles circonstances» déclara un jour Merckx à propos de ce Tour 1971. Ocaña, lui, écrira dans son autobiographie : «Un jour de juillet, le maillot jaune m’est entré dans la peau»… Le lendemain, lors de l’étape entre Luchon et Superbagnères, Eddy Merckx refuse toujours de porter le maillot jaune, il ne l’acceptera qu’au départ suivant. Merckx gagne son troisième tour de France, Ocaña remportera celui de 1973 en l’absence de Merckx.

 

Tour de France 1971

Classement final

1. Eddy Merckx (Molteni)

2. Joop Zoetemelk (Mars-Flandria) à 9’51’’

3. Lucien Van Impe (Sonolor) à 11’06’’

Maillot vert : Eddy Merckx (Molteni)

Maillot à pois : Lucien Van Impe (Sonolor)

Meilleur jeune : Non existant (créé en 1975)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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