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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 12:25

Série de l’été : A Verdun Lance Armstrong écrit la première page de son Grand Livre du Tour, 11 juillet 1993.

 

tdf11.jpgL’opus 1993 nous réserve, promet-on, une belle bataille entre Miguel Indurain et Tony Rominger. L’Espagnol est le vainqueur sortant des deux éditions précédentes, le Suisse à gagné le Tour d’Espagne 1992 et revient sur la Grande Boucleaprès trois ans d’absence. Malheureusement pour Rominger le duel tourne court puisque sa formation, Clas-Cajastur, hérite d’une pénalité en temps lors du chrono par équipe de la quatrième étape. Parmi les autres favoris, on cite Gianni Bugno, 3è en 1992, le grimpeur Claudio Chiapucci, 2è en 1992, ou encore l’Américain Andy Hampsten qui a réalisé plusieurs top 10 et qui a vaincu l’Alpe d’Huez l’année précédente. Aucun d’eux ne parviendra à rivaliser avec Indurain, seul Rominger y arriva en gagnant les deux étapes alpestres et en domptant El Rey Miguel sur l’ultime contre-la-montre, mais il ne parvint, cependant, pas à combler cette fameuse pénalité… Les plus jeune des coureurs au départ est un Américain timide porteur du dossard 34, un certain Lance Armstrong issu du triathlon. Il découvre le Tour de France qui ne le faisait même pas rêver là-bas dans son Texas natal lorsqu’il était gamin. Armstrong est passé professionnel le 1er août 1992, dans l’équipe Motorola, et quelques jours plus tard il termine second du GP de Zurich, une classique comptant pour la Coupe du Monde. Le milieu du cyclisme découvre là les capacités de ce jeune athlète taillé pour les épreuves d’un jour… L’Américain développe une puissance surprenant acquise dans son entrainement de triathlète. Personne n’est étonné de le voir au départ, le 3 juillet 1993 au Puy du Fou, de son premier Tour de France. En début de saison, il a gagné le Trophée Laigueiglia avant de terminer deuxième du Tour du Pont, aux Etats-Unis, en mai, et de devenir champion de son pays.

 

Le Tour 93 débute sans surprise par la victoire d’Indurain dans le prologue. Les sprinteurs s’en donnent à cœur joie dans les trois étapes de plaine qui suivent avant que la machine à rouler GB-MG ne remporte, à Avranches, le contre-la-montre par équipe. La formation Motorola, emmenée par Hampsten, termine à la troisième place de cet exercice et celui-ci prend près d’une minute à Indurain. Ce soir-là, Lance Armstrong pointe à la 15è place du général à seulement 1’15’’ du leader Mario Cipollini, aussi l’idée de tenter un coup lui traverse-t-elle l’esprit. Si l’étape suivante, qui rejoint Evreux, semble faite pour les sprinteurs, celle qui, le 10 juillet, rejoint Châlons-sur-Marne depuis Péronnes pourrait s’avérer favorable aux audacieux. Mais il y a un autre homme qui a pointé cette date, Johan Museeuw (GB-MG) qui depuis le contre-la-montre par équipe pointe à la 10è place et rêve aussi en jaune. Accompagné du Danois Bjarne Riis et de Bruno Cenghialta (tous deux Ariostea), de Leonardo Sierra (ZG) ainsi que du trio composé par le véloce italo-anglais Max Sciandri, Phil Anderson et Alvaro Mejia, tous trois équipiers d’Armstrong, Museeuw se fait la belle et part en conquête du maillot jaune. Armstrong doit donc laisser filer le coup qui réussit. Riis s’impose à Châlons et Museeuw s’habille de jaune. Armstrong, dépité, termine avec le peloton à plus de 2’30’’…

 

Le lendemain, le Tour de France entre dans La Meuseoù l’étape s’achève à Verdun où eut lieu, en 1916, l’une des batailles les plus sanglantes de la première guerre mondiale. Pour la première fois, Verdun est ville étape de l’épreuve. 172 coureurs prennent le départ au pied de la cathédrale de Châlons-sur-Marne. C’est une véritable étape de flingueurs ! Dès le quatrième kilomètre, le Belge Herman Frison tente une attaque en solitaire. Il sera bien vite repris mais c’est pour laisser la place à Pascal Lance, de l’équipe GAN qui vise surtout des étapes car elle n’a pas de réelles prétentions au général. Lance fait un bout de route seul avant d’être repris par Claudio Chiapucci, le leader de la formation Carrera. Dans le peloton, on se souvient des deux chevauchées précédentes de Chiapucci… En 1990, dans l’étape du Futuroscope en début de tour, il s’était glissé dans un groupe qui avait fini avec plus de huit minutes d’avance. Il s’était paré de jaune dans la montagne obligeant Greg LeMond à attendre l’avant-dernière étape, un contre-la-montre autour du lac de Vassivière, pour enfin prendre le maillot de leader ; en 1992 Il Diavolo s’était imposé en solitaire à Sestrières, reprenant plus 1’30’’ à Indurain, après un raid solitaire de 125 kilomètres. Inutile de dire qu’il est hors de question pour Miguel Indurain de laisser trop de champs à son rival italien. L’échappée tourne court…

 

Peu après l’ossuaire de Douaumont où gisent quelque 130.000 soldats inconnus tombés à Verdun en 1916, un groupe de six hommes prend la poudre d’escampette. Et il y a du beau monde puisque l’on retrouve :

- Ronan Pensec (Novemail), ancien porteur du maillot jaune et deux fois top10 du Tour ;

- Raul Alcala (Wordperfect), meilleur jeune du Tour 87 et trois fois top10 du Tour ;

- Dominique Arnould (Castorama), vainqueur d’étape en 1992 ;

- Giancarlo Perini (ZG) ;

- Stephen Roche (Carrera), vainqueur en 1987 et trois fois top10 du Tour ;

- Lance Armstrong (Motorola), le benjamin de la course.

 

Les six hommes s’entendent et malgré le forcing du peloton parviennent à conserver une poignée de secondes à l’entrée dans Verdun. La puissance physique de Lance Armstrong ne fait aucun doute et c’est aisément qu’il enlève le petit sprint à cinq (Roche à cédé quelques mètres ne participant pas à l’emballage). Le peloton vient mourir juste derrière à quelques secondes. Museeuw conserve le maillot jaune mais Lance Armstrong vient d’écrire la première page de son livre sur le Tour de France… Le lendemain à Madine, il débourse plus de six minutes dans le contre-la-montre avant d’en perdre vingt et une dans l’étape montagnarde de Serre-Chevalier et près de vingt-neuf à Isola 2000. Armstrong est taillé comme un colosse, il est parfait pour rouler en force sur le plat mais pas en montagne et le contre-la-montre n’est pas son apanage. Qu’à cela ne tienne, il sera un bon coureur de plaine, un chasseur de classique… D’ailleurs, deux mois plus tard, à Oslo dans des conditions climatiques dantesques, il deviendra champion du monde ! Puis il vaincra le cancer, sa plus belle victoire, avant de devenir l’homme plus fin, plus affuté, que l’on sait et qui gagnera sept fois le Tour de France…

 

Tour de France 1993

Classement final

1. Miguel Indurain (Banesto)

2. Tony Rominger (Clas-Cajastur) à 4’59’’

3. Zenon Jaskula (GB-MG) à 5’48’’

Maillot vert : Djamolidine Abdoujaparov (Lampre)

Maillot à pois : Tony Rominger (Clas-Cajastur)

Meilleur jeune : Antonio Martin (Amaya)

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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