Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 19:03

Arriver au terme du Tour de France sans chuter s'apparente de plus en plus à une loterie !

chutes.jpgDepuis le début du mois, Acta Diurna vous propose une série d'articles sur les petites histoires du Tour de France mais cette plongée dans le passé ne doit pas nous faire oublier que le Tour de France c'est aussi l'actualité. En effet, depuis neuf jours, le peloton sillonne les routes hexagonales... enfin il en fait davantage connaissance directe qu'il ne les sillonne tant les chutes sont nombreuses cette année; nombreuses et dangereuses surtout ! On le sait, le Tour de France est une des épreuves les plus propices aux chutes, la nervosité y est palpable (surtout en première semaine), les ilots directionnels sont nombreux, les routes sont souvent très étroites dans certains petits villages et, pour certains, la fatigue qui s'accumule après quelques jours de courses affaiblit la concentration. Mais cette année, le Tour est particulièrement délicat ! On compte déja 14 abandons consécutifs à des chutes alors que l'on est seulement au tiers de l'épreuve. Et pas n'importe qui mais des cadors du peloton qui pouvaient revendiquer un top 10 : Brajkovic, Wiggins, Van Den Broeck et, dans une moindre mesure, Vinokourov et Horner. Et parmi tous les prétendants au top 10, seuls les frères Schleck n'ont pas encore connu les "joies" du bitume. Alors que je suis assidûment le Tour depuis des lustres, je ne me rappelle pas de pareille hécatombe... Mais ce qui est le plus heurtant c'est que beaucoup de ces chutes sont graves : fracture du fémur pour Vinokourov (ce qui signifie une fin de carrière prématurée pour Vino qui avait décidé de tirer sa révérence en fin de saison), fractures d'omoplate, de clavicule, de poignet pour d'autres et puis cette terrible image de Johnny Hoogerland en larmes luttant contre la douleur, les jambes en sang, sur le podium où il venait chercher son maillot à pois... Car si le parcours et la nervosité du peloton sont causes "normales" de chutes, il convient d'y ajouter une raison nettement moins "normale" cette année : le comportement des suiveurs. Déja deux accidents provoqués par des véhicules suiveurs; une moto de presse qui accroche Nicky Sorensen et l'envoie au tapis et puis cette voiture de France Télévision qui propulse Flecha au sol et Hoogerland dans les barbelés à l'issue d'une manoeuvre aussi stupide que dangereuse du chauffard au volant.

Il est grand temps que les organisateurs du Tour de France repensent la sécurité de leur course. C'est la plus grande course cycliste du monde, c'est aussi la plus belle mais c'est assurément la plus dangereuse. Le décès de Wouter Weylandt, sur le Giro en mai dernier, et les chutes graves qui emaillent ce Tour de France doivent servir de détonateur à une réforme profonde à plusieurs niveaux pour la sécurité du peloton.

Au niveau du parcours : si l'on aime le Tour de France c'est aussi pour la beauté des paysages qu'il traverse. Les organisateurs mettent en avant les sites remarquables comme les petits villages pittoresques mais cela ne peut plus se faire au détriment de la sécurité des coureurs. Certains passages se font dans des rues étroites qui sont des goulots ou dans des endroits qui ne conviennent pas à un peloton lancé à 50 km/h, rappelez-vous du Passage du Gois, en 1999, qui s'est transformé en entonoir où plusieurs coureurs, dont des favoris, ont perdu le Tour à cause d'une chute collective. Aujourd'hui, en regardant l'étape à la télé, je faisais la remarque - prémonitoire - de la dangerosité de ces barbelés en bord de route. Si un coureur devait sortir de la route, il pourrait aller se déchirer sur ces barbelés... Et c'est ce qui s'est passé quelques instants plus tard à cause de l'abruti qui pilotait la voiture de France Télévision. Je crois que ceux qui ont en charge le tracé du Tour de France doivent se rendre compte que le peloton ne peut pas passer dans des goulets étroits, qu'il faut limiter au maximum les petites routes départementales et les axes coupé en deux par des ilots directionnels surélevés. Il faut aussi prévoir des routes avec des espaces suffisants pour que le nombreux public puisse prendre place sans gêner les coureurs et donc éviter les routes avec un bas-côté étroit. Il est important de ne plus tracer un parcours en fonction des attraits touristiques de la région mais bien de la sécurité des coureurs. Ainsi, reprennons l'exemple du Passage du Gois qui avait été une grossière erreur en 1999; il aurait fallut faire passer le peloton dans le coin, sur une route plus adaptée tout en permettant des vues par hélicoptère de ce passage pour la qualité du reportage proposé au téléspectateur. Pareillement, il faut bannir le passage dans le joli petit village si pittoresque de Morzy-les-Coyons-sur-Loiret si ses routes sont trop étroites ou pas parfaitement praticables. Si le village est si joli qu'il vaille la peine de la montrer, il suffit d'y envoyer une moto avec un cameraman et d'inclure quelques images dans la réalisation du reportage pour faire vivre celui-ci. Mais le peloton du Tour de France à besoin de belles grandes routes bien dégagées, surtout s'il est amené à y rouler vite et en masse.

Au niveau de la prévention : ce dimanche, lors de la neuvième étape, le groupe d'échappé à eu des difficultés à négocier un virage dangereux dans la descente du Pas-de-Peyrol. Ils étaient six et l'on pouvait prévoir que le peloton lancé à leur poursuite aurait aussi des difficultés. N'aurait-il pas fallu mettre un signaleur avec un drapeau avant ce virage pour en signaler la dangerosité ? Ou encore prévenir par les Directeurs sportifs afin qu'ils répercutent l'info par le biais des fameuses oreillettes ? Et bien ça n'a été fait et c'est dans ce même virage que Vinokourov s'est brisé le fémur, Van Den Broeck l'omoplate et Willems la clavicule... Sur le plat, des gendarmes signalent parfois les ilots directionnels délicats, pourquoi les virages dangereux dans les descentes de cols ne sont-ils donc pas signalés également ?

Au niveau de la circulation dans la course : il y a clairement trop de voitures et de motos dans la course. Il faut éliminer tous les véhicules qui n'ont rien à y faire à commencer par celles des VIP, de plus en plus nombreux, qui suivent la course de l'intérieur. Il faut aussi limiter les véhicules de presse. En fait, dans le peloton, il ne devrait  y avoir que deux voitures par équipes, une dizaine de véhicules neutres (roues de secours, moto fraicheur avec les bidons,...), trois ou quatre motos de France Télévision pour la réalisation et une dizaine de véhicules de presse différentes, dûment accrédités. Disons 70 à 80 véhicules au total... Il y en a plus de 200, sans compter la caravane publicitaire (qui passe bien avant le peloton et qui ne représente donc pas un danger direct). Pour la sécurité des coureurs, il est primordial de diviser par deux, au moins, le nombre de véhicules présents dans le peloton. Diminuer le nombre de véhicules mais aussi les confier à des pilotes expérimentés qui ont l'habitude de rouler dans un peloton et pas à des débutants qui ne maitrisent pas la conduite particulière liée à une course cycliste.

De plus en plus de coureurs n'aiment pas venir sur le Tour de France parce qu'il s'y ennuient comme le déclarait Thomas De Gendt dans la courant de la semaine passée. Et il est vrai que les étapes sont, habituellement, monotones en début de Tour. Une échappée qui prend forme dès le départ et les équipes concernées par la victoire qui contrôlent cette échappée pour la reprendre le plus tard possible. Et lorsque cette monotonie est rompue c'est par le danger comme ce fut le cas aujourd'hui ! Si les organisateurs n'y prennent pas garde, il y aura de plus en plus de coureurs qui renonceront au Tour de France par crainte de l'ennui ou par crainte du danger ! Pour réduire au maximum les risques pour le peloton - et sachant que le risque zéro n'existe pas car le cyclisme est un sport dangereux - ASO doit clairement revoir le parcours, éviter les nombreux endroits qui ne se prêtent pas à la course, augmenter la prévention par davantage de signaleurs aux points critiques et éliminer les très nombreuses voitures qui n'ont pas leur place dans la course ! Il en va de la sécurité des coureurs mais aussi de l'attrait des spectateurs. Disons-le franchement, ce Tour de France 2011 n'est pas amusant à suivre parce qu'il est monotone (comme chaque début de Tour de France depuis des années) mais aussi parce que les favoris au Top 10 s'éliminent les uns après les autres sur chute. Il risque de n'y avoir plus personnes pour assurer le spectacle lorsque l'on sera dans les montagnes et la victoire s'offrira au coureur qui aura tiré le bon numéro à la loterie Casse-gueule... C'est dommage !

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Actualité
commenter cet article

commentaires