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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 14:11

A propos d'une particularité de la langue française que beaucoup utilisent sans savoir qu'ils le font...

 

apocopes.jpgLa langue française est merveilleuse ! Elle regorge d'exceptions (qui confirment la règle…), de tournures imagées, de figures rhétoriques particulières - comme le zeugme utilisé avec maestria par Victor Hugo ou Desproges -, ou encore de pluriels étranges qui font que l'amour est masculin s'il est seul et féminines si elles sont plusieurs…

Nous sommes cernés par les apocopes ! Pas de panique, il ne s'agit nullement d'un ennemi redoutable, d'une catastrophe naturelle, pas plus qu'une maladie cruelle… Mais alors, qu'est-ce donc ? Simplement une particularité de la langue française que nous utilisons quotidiennement sans même nous en rendre compte tant elle est passée dans nos habitudes linguistiques. Utilisons un exemple concret pour illustrer ce propos. La langue de Molière - qui est aussi celle de Balzac, Rimbaud, Dumas, Verne Sartre ou encore Camus et Mallarmé - encore que, personnellement, je préfère nettement Vian, Eluard et surtout Desproges, mais, trêve de digressions intempestives, revenons à notre exemple - est une des plus belle qui soit justement parce qu'elle est imagée. Ainsi, l'exemple suivant est plein d'apocopes :

"Hier, à la télé, on a diffusé un reportage sur la manif des étudiants, ils étaient soutenus par quelques profs. Mais comme il n'y avait rien d'autres que des redifs au programme, je suis allé au ciné".

Vous voyez où je veux en venir ? Bob, c'est ainsi que j'appelle le Petit Robert, en effet, cela fait plusieurs années que j'utilise mon dictionnaire quotidiennement et l'intimité qui existe désormais entre lui et moi m'autorise donc cette petite familiarité… Bob, disé-je, nous apprend que le terme 'apocope' vient du grec 'apokoptein' qui signifie retrancher. Une apocope est, par conséquent, la chute d'une ou plusieurs syllabes à la fin d'un mot; réduire télévision à télé est une apocope, résumer décoration par déco est encore une apocope, idem pour manifestation que l’on peut apocoper en manif. Même les prénoms sont touchés par les apocopes ; combien de fois entend-t-on appeler Benjamin Ben’ ou Kevin Kev’… Par contre, réduire Bart de Wever est un confédéraliste en Bart de Wever est un con n’est pas une apocope. C’est très juste mais ce n’est pas une apocope !

Revenons à nos moutons, dont par ailleurs on notera l’analogie avec les apocopes puisque ces dernières se trouvent par troupeaux, dans le vocabulaire des ados. Rien d'alarmant donc ainsi que je le précisais plus avant ! Encore que je trouve que l'on utilise décidemment trop ce genre de diminutif. C'est une simple constatation personnelle, pas une critique ou un jugement car j'ai aussi tendance à y avoir recours de temps à autre. Mais, c'est toujours pareil ! Un peu, c'est bien, trop cela nuit à la qualité du langage.

Certains journalistes se mettent au diapason. Récemment, le présentateur du journal télévisé de 13h00 sur TF1 faisait état d'une "manif d'agriculteurs en colère". J'ai aussi entendu des enseignants utiliser des apocopes dans le cadre d'un cours qu'ils dispensaient. Ce n'est pas grave à priori mais alors, ne nous étonnons pas que nos enfants - enfin les vôtre, moi je n'en n'ai pas… - trouvent sympa d'apocoper le terme sympathique !

A plusieurs reprises, j'ai entendu - et vous aussi, j'en suis sûr - commander dans un bistrot une 'Jup' afin de se faire servir cette bière bien connue dans la région liégeoise… Quel est l'intérêt de raccourcir l'appellation d'une bière ? Peut-être pour être servi plus rapidement ? Seuls les hommes savent pourquoi ! Et puis, il y a ceux qui réduisent à 'G' ce GSM qu'ils pourraient appeler téléphone portable…

Au risque de me répéter, je n'ai pas d'animosité particulière à l'encontre des apocopes mais, au même titre qu'un arbre ne fera jamais la forêt, une particularité ne fera jamais la langue française. La pauvre est déjà tellement malmenée, tant oralement que dans les écrits actuels. Il faut dire que la mode du SMS est un facteur important de cette agression permanente que subit la langue française… Mais ça, c'est un autre débat !

 

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

Maître Cappello 24/09/2010 09:44


Excellent texte !
Bien écrit et tellement réaliste