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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 13:37

Le chômage des jeunes est effrayant en Belgique, à tel point que beaucoup de jeunes diplômés envisagent de s’expatrier…

 

emploi-25.jpgSelon Le Soir(1), en Belgique, désormais, plus d’un chômeur sur cinq est âgé est moins de 25 ans ! Selon les chiffres fournis par l’ONEm (Office National de l’Emploi), 23,5% des demandeurs d’emplois dans notre pays ont moins de 25 ans. Nous sommes passé au-delà de la moyenne européenne qui se situe aux alentours des 20%. Il s’agit même d’un des plus mauvais chiffres de l’UE, seuls les jeunes de France, d’Italie et d’Espagne sont plus à plaindre en termes d’embauche des moins de 25 ans… Nos voisins hollandais avancent, eux, un chiffre de 5,1% de chômeurs complets indemnisés âgés de moins de 25 ans. Peut-être s’agirait-il de voir comment les Bataves s’y prennent pour avoir un chiffre si bas en la matière ?

Il me semble intéressant de donner la parole à un jeune de moins de 25 ans qui est, effectivement, sans emploi. Acta Diurna a donc rencontré Gabriel, un jeune Liégeois sorti des études en juin 2009.

 

Acta Diurna : Gabriel tu as 23 ans, tu habites la région liégeoise et tu es à la recherche d’un emploi… Quel est ton parcours ?

Gabriel : Je suis sorti de l’école en juin 2009 avec un baccalauréat en marketing qui devrait me permettre de bosser dans la vente, la promotion commerciale ou la publicité… Je voudrais dire qu’avant le diplôme que l’on appelle baccalauréat était un graduat. Je trouve dommage qu’il ait été rebaptisé. Lorsque l’on parle avec les gens, beaucoup voient le bac comme le diplôme qui sanctionne la fin des études secondaires en France. Beaucoup l’associent donc à un tel niveau en Belgique. Je trouve qu’avoir transformé le graduat en baccalauréat donne l’impression de revoir le niveau des études supérieures de type court à la baisse et cela n’aide pas à la recherche d’un emploi…

Acta Diurna : Pourtant, en France, le baccalauréat est le premier grade universitaire. Il introduit aux études universitaires…

Gabriel : A fortiori, cela renforce mon sentiment de disqualification du graduat. Le graduat sanctionnait la fin d’un cycle d’études supérieures pas l’introduction aux études universitaires. Je me trompe peut-être mais c’est mon sentiment, j’ai l’impression qu’aujourd’hui on considère le graduat comme une étape intermédiaire entre l’enseignement secondaire et l’université… De toutes manières, si tu n’es pas universitaire, en Belgique, tu ne peux que t’attendre à moins de considération dans l’univers professionnel. Bullshit ! C’est de la connerie…

Acta Diurna : Tu ressens un manque de reconnaissance de ton diplôme dans ta recherche d’un emploi ?

Gabriel : C’est évident ! Depuis juin 2009 j’ai bossé trois mois dans une entreprise de la région de Liège, un job d’employé en remplacement. Trois ans d’études en marketing pour faire du courrier, du classement et des travaux sans grand intérêt… Dans les pages emploi des journaux, tous les jobs un peu intéressants sont assortis de la nécessité d’avoir une licence… Si tu n’es pas universitaire, tu ne peux plus postuler à un poste à responsabilités. Et pourtant, il y a plein de gens qui occupent des postes à responsabilités et qui ne sont pas universitaires. Ils ont eu la chance d’entrer dans le monde professionnel à une époque où l’homme primait par rapport au diplôme. Aujourd’hui, un universitaire con aura toujours plus de chance d’avoir un poste intéressant qu’un gradué – qu’un bachelier, pardon – compétent. C’est ainsi, c’est l’évolution des systèmes d’embauche dans lequel l’être humain est secondaire. Le papier obtenu est toujours plus important que l’homme qui l’a obtenu… C’est un non-sens quand on parle de RH. On devrait plutôt parler de GRD… Gestion des Ressources des Diplômes

Acta Diurna : Revenons-en à la recherche d’emploi, plus de 20% des chômeurs ont moins de 25 ans en Belgique, ce n’est pas rassurant…

Gabriel : Disons que dans trois ans je serai sorti de cette catégorie. C’est peut-être le temps qu’il me faudra pour trouver un vrai job ! Non, plus sérieusement, c’est dramatique car la Belgique n’offre pas de perspectives réjouissantes à ses jeunes. Beaucoup de mes connaissances envisagent d’aller travailler à l’étranger.

Acta Diurna : Une forme d’immigration inverse à celle qu’à connu la Belgique, finalement. Dans les années 20 à 70, la Belgique a accueilli des travailleurs venant d’autres pays, aujourd’hui ce sont les Belges qui vont chercher dans ces autres pays…

Gabriel : Oui, mais à une différence fondamentale près : la grosse majorité des travailleurs qui sont venus d’Italie, du Maroc, d’Espagne ou de Turquie n’avaient pas forcément une formation supérieure à la base. Les Belges qui veulent partir bosser à l’étranger ont un diplôme de l’enseignement supérieur. Tu sais, L’Allemagne, Le Royaume-Uni, l’Espagne ou les Pays-Bas, par exemples, reconnaissent nos diplômes alors pourquoi ne pas tenter l’aventure ? L’immigration liée au travail, c’est toujours pour aller trouver mieux que ce qu’on a dans son pays… aujourd’hui, dans plusieurs pays européens, on peut trouver mieux qu’en Belgique ! Alors oui, c’est une forme d’immigration inverse à celle que notre pays à connu dans le passé…

Acta Diurna : Il existe quand même diverses aides à l’embauche en Belgique ?

Gabriel : Oui, parlons-en ! La Convention Premier Emploi pour les jeunes de moins de 26 ans peu ou pas qualifié qui n’ont jamais travaillé… Je suis qualifié et j’ai déjà eu un contrat de trois mois donc je n’y ai plus droit. Activa, c’est pour les chômeurs de longue durée, je ne suis pas encore dans le cas, toujours à cause de ce contrat de trois mois que j’ai presté ! Les fameux articles 60 et 61 qui permettent de réinsérer ceux qui n’ont pas droit au chômage et qui bénéficient de l’aide sociale… Pas pour moi, je suis indemnisé en tant que demandeur d’emploi. Finalement, le profil idéal de celui qui cherche un emploi en Belgique c’est avoir plus de 25 ans mais moins de 30 ; être sans ressource ou sans qualification mais disposer d’une expérience professionnelle utile de plusieurs années… Ou alors être universitaire, fin théoricien et sans expérience concrète de la réalité du terrain ! De toutes manières, les aides à l’embauche sont plus utiles à l’employeur qu’au travailleur. Moi, il me reste les contrats de remplacement, les contrats temporaires ou alors l’intérim… Vachement réjouissant comme perspectives !

Acta Diurna : A 23 ans, on te sent déjà bien désabusé !

Gabriel : Il n’y a pas de quoi l’être ? J’ai bien étudié : six années de primaires, six secondaires en comptabilité et enfin trois années d’études supérieures… Le tout sans en rater une seule ! Et au bout du compte, des contrats précaires, de remplacement ou de l’intérim à la clé. J’ai envie de crier «Allez vous faire foutre !» à tous ceux qui gèrent le marché de l’emploi en Belgique…

Acta Diurna : Il reste des débouchés dans notre pays. On cherche des ingénieurs, des physiciens, des maçons, des infirmier(e)s, des accoucheuses, mécanicien auto… Il y en a pour tous les goûts.

Gabriel : C’est vrai qu’il reste des créneaux porteurs d’emplois. Celui ou celle qui sort avec un diplôme d’ingénieur ou d’infirmier est quasiment sûr de trouver un emploi. Mais le souci est que les débouchés ne sont pas forcément les mêmes entre le début et la fin des études. On peut conseiller aujourd’hui de suivre une formation pour devenir ingénieur ; qui peut garantir que dans trois ou quatre ans la demande en ingénieurs sera encore réelle ? Finalement, le choix des études est un peu une roulette à laquelle on peut avoir de la chance ou pas… De toutes manières, débouchés ou pas, le constat est bel et bien là et ce n’est pas moi qui le pose : un chômeur sur cinq en Belgique à moins de 25 ans ! C’est tout sauf rassurant pour les jeunes, qu’ils soient étudiants ou pas.

Acta Diurna : Quelles sont tes perspectives d’avenir ?

Gabriel : Je vais voir comment évoluent mes recherches ici et comment les deux ou trois personnes que je connais qui vont tenter le coup à l’étranger s’en sortent. Je verrai, à l’autopsie, si cela vaut le coup que je m’expatrie… Si oui, je le ferais sans aucun regret ! Mais peut-être que d’ici là j’aurais trouvé un emploi plus ou moins stable en Belgique…

 

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(1) Le chômage des jeunes Belges a grimpé de 18,8 à 23,5%, par rédaction en ligne, on Lesoir.be, 15 décembre 2010

 

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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