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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 15:43

De ces quelques mots comme d’un exutoire à ma tristesse !

still-copie-1.jpgJ’ai envie d’écrire une poignée de lignes pour un chat, pour mon chat. Mon vieux Stillwell s’en est allé cette nuit sur la pointe des pattes, sans un bruit, sans une plainte ! Il n’avait que 13 ans mais il avait pas mal vécu depuis que je l’ai sorti de la S.P.A. par un beau matin de l’hiver 1997. C’est con mais je me sens amputé d’une part de moi avec la disparition de ce petit félin câlin. Depuis quelques temps, il faiblissait mais continuait à vivre normalement, plus lentement que d’habitude, hier tard dans la soirée, son état s’est dégradé rapidement et il n’a pas tenu le coup bien longtemps. Ma seule consolation est de croire qu’il n’a pas eu le temps de souffrir trop mon matou… Il a une histoire ce chat ! Je l’ai donc récupéré à la Société Protectrice des Animaux en janvier 1997, il avait alors un an et y était depuis quatre mois. Personne n’en voulait car il était déjà adulte et n’avait plus rien d’un chaton. Moi je l’ai pris parce que la femme de la S.P.A. m’a dit qu’elle allait devoir se résoudre à le piquer. Il était tout mignon et quand cette femme l’a sorti de sa cage, il l’a agrippé comme s’il ne voulait pas se séparer de la main nourricière qu’il connaissait depuis un carré de mois. «Je vous le laisse pour la moitié du prix !» m’a-t-elle dit, visiblement heureuse que ce matou de gouttière trouve enfin un foyer. Soldé, il était soldé ce chat ! Et comme nous étions, ma compagne et moi, désireux d’avoir deux chats, nous avons aussi adopté une petite frimousse toute noire et caractérielle (ndlr ça nous ne le savions pas !!!) pour accompagner notre nouveau matou.

Il ne leur a pas fallu longtemps pour s’accommoder de leur nouveau logis à ces deux boules de poils ! Et si Chipie, la teigne noire, cherchait souvent à s’isoler, Le Chat (nous n’arrivions pas à lui trouver un nom qui lui aille comme un gant) quémandait caresses et câlins en permanence. Mais il était dit que le destin, dans son incommensurable mesquinerie, s’acharnerait sur ce pauvre chat ! Quelques jours à peine après son arrivée, il passa sous les roues d’un connard motorisé véritable Fangio des campagnes. Le vétérinaire fut clair : patte avant droite fracturée à cinq endroits, tendons sectionnés plus quelques contusions sans gravité… Si nous voulions le faire soigner, l’opération serait lourde et onéreuse. Nous n’avions pas des masses d’argent alors car nous débutions dans la vie et ne travaillions qu’à mi-temps ma compagne et moi. Mais c’était une évidence à nos yeux, on s’en arrangerait ! Nous ne pouvions avoir sorti Le Chat de sa prison où l’attendait une injection mortelle pour l’amener sur une table de véto pour une autre injection fatale ! Soignez-le docteur… Et il le fit avec un brio extraordinaire. Nous avons récupéré Le Chat une semaine plus tard avec une broche métallique dans la patte et l’ordre de nous occuper de lui comme d’un enfant. En effet, privé momentanément de l’usage de sa patte avant droite, il ne pouvait ni monter ni descendre aisément alors nous l’avons porté du fauteuil à la gamelle, de son coussin à son petit coin, de la gamelle au fauteuil… pendant plusieurs jours, nous lui avons donné, à la seringue, ses médicaments écrasés dans du lait, nous l’avons retourné dans le fauteuil pour qu’il ne reste pas couché dans la même position car les escarres cela touche aussi les chats. Et pendant tout ce temps, ce matou ronronnait… J’ai joué avec lui armé d’un crayon pour lui faire retrouver ses réflexes de chat, j’ai poussé le bout du crayon entre ses coussinets afin de l’obliger à contracter sa patte et ainsi faire travailler ses tendons ; une véritable rééducation kinésithérapeutique. Au bout de quelques semaines, il était sur pattes ne gardant comme séquelles qu’une légère coquetterie qui lui faisait décrire un mouvement un peu différent pour marcher et, surtout, pour courir.

De cet épisode douloureux, nous avons gardé, lui et moi, une affection renforcée et réciproque. Mais qu’est ce qu’il pouvait être devenu maladroit… Parfois, il avait du mal à contrôler sa patte alors tantôt il accrochait un napperon faisant choir un bibelot, tantôt il estimait mal sa capacité à sauter et manquait son bond faisant s’éclater au sol un vase, un verre ou un livre. On peut dire qu’il nous en a cassé des choses ce chat mais il était là, heureux, et nous aussi ! Pour se moquer de sa maladresse, nous l’appelions affectueusement Le Chat Con puisqu’il n’avait toujours pas de nom… Puis un jour, nous avons vu, à la télé, un film intitulé «A league of their own» avec Geena Davis et Madonna qui relatait la vie d’une équipe féminine de base-ball pendant la seconde guerre mondiale. Une des femmes avait un gosse maladroit baptisé Stillwell et qu’elle affublait du sobriquet de chaton… «Stillwell Chaton» cela collait bien à notre malhabile animal qui, même s’il n’était plus un chaton depuis longtemps, n’en avait pas moins gardé une furieuse envie de jouer avec tout ce qu’il trouvait, béat qu’il était, sans doute, d’avoir pu conserver l’usage de sa papatte… Et puis il n’y pas loin d’un Stillwell Chaton à un Stillwell Chat Con…C’est ainsi que Le Chat est devenu Stillwell !

Que de souvenirs ai-je avec ce chat ! Mais aujourd’hui c’est tout ce qu’il me reste de lui avec deux ou trois photos… Il me manque déjà cette andouille ! Il avait pour passion de dormir sur les livres. Il était bien tombé à la maison car nous sommes de grands lecteurs… Nous ne pouvions laisser traîner un bouquin sans qu’il ne l’adopte et se vautre dessus. Il avait eu un coup de foudre particulier pour un Garcia-Marquez posé sur l’appui de fenêtre, juste au dessus du radiateur. Il a dormi dessus plusieurs jours ! Un jour, nous avons recueilli un chaton à peine sevré, dernier d’une nichée et dont personne ne voulait car il était borgne. Immédiatement, Stillwell adopta ce chaton et, bien que mâle affirmé, se laissait téter par le nouveau venu qui trouvait là un pis-aller au téton maternel dont il était privé depuis peu… Ce chaton devenu chatte ne vécut que deux ans car en plus d’être borgne, elle était de santé précaire mais durant cette paire d’année, Stillwell et elle s’en donnèrent à cœur joie, jouant, dormant et faisant des bêtises ensemble.

Au soir d’une journée bien remplie, il n’y avait pas de meilleur déstressant que Stillwell qui venait se rouler en boule sur mes genoux ronronnant sans retenue… Il sortait fréquemment assouvir ses instincts de chat car il était chasseur et voleur ; aussi l’avons-nous vu revenir une fois avec une jolie perruche rose et jaune ; une autre fois c’était avec un demi-poulet cuit qu’il avait chapardé dieu sait où… A l’été, il passait ses journées dans le jardin couché dans la terre sous le sapin, au frais, ou dans les lavandes rentrant parfumé le soir. Fin décembre 2006, il a disparu ; Il avait quitté la maison pour sa balade quotidienne par un beau vendredi matin, à quelques encablures de l’an neuf, et n’est pas réapparu. Je l’ai cherché sans le trouver mais, au fond de moi, je ne parvenais pas à me résoudre à accepter l’idée qu’il était mort. Puis, un jour du mois de mars, après plus de deux mois d’absence, il a réapparu, il était là sur l'appui de fenêtre à attendre qu'on lui ouvre pour rentrer... Comme s'il était sorti le matin même ! Il me manque ce chat ! Je sais que nous lui avons offert une belle vie comme me le rappelle avec justesse ma compagne mais je me dis aussi qu’elle aurait être bien plus longue cette vie. Il a été libre pendant 12 ans, sortant et rentrant comme il voulait, disparaissant parfois toute une journée pour ne rentrer qu’à l’aube du lendemain… Il a trouvé chez nous amour, caresses et pitance, il nous les a rendus par son affection extraordinaire.  Aujourd’hui tu es mort, Still, je me console en me disant juste que tu n’as pas souffert ; que tu as eu la chance de ne pas mourir seul, victime de la médiocrité humaine qui t’aurais laisser agoniser seul dans un coin après avoir croisé les roues d’un autre connard motorisé ou le piège d’un ennemi des chats. Je te souhaite une belle mort au paradis des chats que tu auras assurément rejoins ; j’espère que tu y retrouveras Chipie, Prune et Sifrette…

Il y a quelques mois, dans un texte relatif aux comportements humains face à la grippe aviaire, j’évoquais Stillwell ainsi : «L’autre soir, je discutais avec Stillwell, mon chat ! Et bien nous sommes tombés d’accord, cette humanité est bien vile lorsque prise dans son ensemble ! […]Allez Stillwell viens que je te fasse un câlin ! Laissons les cons dans leur clapier et endors-toi sur mes genoux, ton ronronnement est un bel exutoire à la laideur de l’humanité… Rappelons-nous que bien plus que le H5N1, la bêtise humaine est dangereuse !». Ce n’est désormais plus d’actualité ! Car si la laideur de cette humanité persiste, le ronronnement de Stillwell s’est éteint…

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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