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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 10:23

La rupture du Cordon Sanitaire à Denderleeuw fait couler pas mal d'encre, peut-être est-il opportun de rappeler ce qu'est ce fameux cordon et que ce n'est pas la première fois qu'il est rompu ?

gordel.jpgLes médias ont largement évoqué l'information des deux côtés de la frontière linguistique, le CD&V et la N-VA ont rompu le Cordon Sanitaire pour permettre la désignation des Echevins et du Président du Conseil Communal de Denderleeuw, une petite ville de Flandre Orientale. En effet, suite aux élections communales du 14 octobre 2012, aucune majorité ne s'était encore dégagée empêchant ainsi le nouveau collège communal d'être installé. Deux coalitions - SP.A/OpenVLD d'un côté, CD&V/N-VA de l'autre - présentent le même nombre de sièges, 11, tandis que le parti d'extrême droite Vlaams Belang dispose de trois sièges. Malgré des négociations, aucune des deux coalitions n'a voulu céder et permettre à l'autre de prendre la tête de la commune. Dès lors, pour installer les Echevins et le Président du Conseil Communal, le CD&V et la N-VA ont eu recours aux voix des Conseillers communaux du Vlaams Belang. De fait, le 9 janvier dernier, le Collège communal de Denderleeuw a été installé, chaque échevin a été nommé par 14 voix contre 11, c'est à dire les voix des 7 Conseillers N-VA, des 4 Conseillers CD&V et des 3 Conseillers Vlaams Belang. Ce sont ces trois dernières voix, issues d'un parti d'extrême droite, qui ont donc permis l'installation du Collège. Cela signifie clairement une rupture du fameux Cordon Sanitaire ! D'aucuns, au sein de la N-VA disent que ce cordon n'a pas été rompu du tout puisque les trois représentants du Vlaams Belang ne font pas partie de la majorité, d'autres disent qu'il a été simplement un peu écorché. Quoi qu'il en soit Denderleeuw se retrouve avec une majorité... minoritaire de 11 sièges sur 25 qui devra forcément se tourner vers un parti de l'opposition - le Vlaams Belang en l'occurence - pour valider ses décisions ! Dès lors, il semble évident de dire que le Cordon Sanitaire a été rompu...

Ce cordon est une mesure politique visant à empêcher l'extrême droite de participer à l'exercice du pouvoir. Son instauration remonte à 1989, à l'initiative du Député fédéral (à l'époque) écologiste flamand Jos Geysels qui fut à la base d'un accord entre les partis flamands SP (socialiste), AGALEV (écologiste), CVP (sociaux-chrétiens), PVV (libéraux) et Volksunie (nationaliste). Cet accord inter-partis fut pourtant rapidement récusé par le CVP, le PVV et la Volksunie et tomba quelque peu à l'eau. En 1992, un second accord plus structuré met en avant les atteintes à la Convention des Droits de l'Homme de l'Union Européenne que représentent les 70 points du programme politique du Vlaams Belang. Ce nouvel accord est signé par tous les partis démocratiques flamands et appuyé par une motion du Conseil Général Flamand, en date du 19 novembre 1992. Il prévoit simplement qu'aucune coalition politique ne sera faite par un parti démocratique flamand avec le Vlaams Belang.

Côté francophone, l'idée d'un Cordon Sanitaire germe également même s'il convient de préciser que l'extrême droite est nettement moins bien implantée qu'en Flandre. Par contre, l'accord est étendu aux médias publics. En effet, les différents partis politiques francophones et la RTBF ont conclu un Cordon Sanitaire en deux volets : un volet politique qui repose sur un simple accord entre les partis pour ne pas entamer de discussion ni signer d'accord avec un parti extrémiste afin de le maintenir dans l'opposition; un volet médiatique qui prévoit que les médias signataires évitent d'évoquer les partis extrémistes avec des termes positifs et n'invitent aucun représentant de partis extrémistes à prendre la parole. Ce second volet du cordon francophone heurte, depuis sa signature, les partis flamands qui y voient une entrave à la démocratie et une forme de diabolisation des partis concernés par le cordon. Cependant, la démocratie ne consiste pas, c'est une évidence, à autoriser tout et n'importe quoi. Or, le Vlaams Blok - ancien nom du Vlaams Belang - a bel et bien été condamné, en 2004 par le tribunal de Gand, pour racisme et xénophobie. Par ailleurs, plusieurs des membres du Belang - dont le dernier en juin 2012, c'était hier ! - ont également été condamnés pour incitation à la haine, racisme ou négationnisme... Ce sont des comportements antidémocratiques qui justifient pleinement la mise en place d'un Cordon Sanitaire autour de ce parti et, par extension, de tous les partis extrémistes. Ce cordon, le CD&V et la N-VA l'ont bel et bien rompu en faisant nommer leurs échevins au Collège Communal de Denderleeuw avec des voix du Belang !

Pas une première !

Mais, contrairement à ce qu'on déclaré plusieurs représentants de partis francophones, le Président du MR en tête(1), cette rupture n'est pas une première... En effet, il existe au moins trois cas concrets qui constituent autant de ruptures du Cordon Sanitaire :

1° Lors du vote de la loi de compétence universelle, en 2003, les deux  partis libéraux, VLD et MR, avaient du chercher le soutien des sociaux-chrétiens du CD&V et des extrémistes de droite du Vlaams Belang pour faire passer leur projet(2).

2° Lors des élections régionales de 2004, dans le cadre de la constitution d'une coalition gouvernementale, le CD&V avait consultés tous les partis flamands, y compris le Vlaams Belang. Cela allait à l'encontre du cordon.

3° En 2006, deux Députés du Belang déposaient une proposition de résolution relative au "démembrement de la Belgique", une note de 38 pages qui évoquait l'oppression linguistique et culturelle de la Flandre par les Francophones (Français et Wallons) et qui fut portée à la Chambre des Députés où elle a été votée par 77 voix contre 51, c'est à dire Députés flamands, à l'exception du Président de la Chambre, contre Députés francophones(3)... L'ensemble des Députés flamands avait donc fait bloc derrière le Belang au détriment de la majorité libérale/socialiste (Open VLD + MR + PS + SP.A). Là encore, c'était une rupture évidente du Cordon Sanitaire.

L'on pourrait même y ajouter une intention avec le cas de la commune de Schoten, près d'Anvers, où le VLD et le CD&V avaient clairement affirmé, en 2006, qu'ils ne refuseraient pas de diriger la commune avec le Vlaams Belang si cela s'avérait nécessaire(4).

Clairement, depuis dix ans, ce fameux Cordon Sanitaire a été plus que malmené par les politiques flamands, disons qu'ils en tiennent compte selon leurs intérêts du moment...

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(1) Denderleeuw : le MR condamne la rupture "très inquiétante" du cordon sanitaire, par Rédaction, on www.7sur7.be, 10 janvier 2013
(2) Bruxelles réduit la compétence universelle de sa justice, par Jean-Pierre Stroobants, in Le Monde, 8 avril 2003 
(3) Cordon sanitaire, on www.suffrage-uiversel.be consulté ce 11 janvier 2013
(4) Un cordon de plus en plus élastique, par Christian Laporte, in La Libre Belgique, 14 mars 2006

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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