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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 10:40

En Belgique, le nombre de demandes d'euthanasies est en augmentation. En 2008, il s'en est pratiqué 705...

 

eutha.jpgEn mai 2002, la Belgique se dotait d’un appareil législatif dépénalisant, sous conditions, l’euthanasie. Le cadre d’application prévoit que le patient doit être :

* majeur
* capable et conscient au moment de sa décision
* dans une situation médicale sans issue
* dans état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable

En outre, la demande d’euthanasie doit être réfléchie, volontaire, sans pressions extérieures, répétée, le patient doit avoir été informé des possibilités palliatives et avoir pu consulter toutes les personnes qu’ils désire. A ces conditions strictes, précises et toutes réunies, l’euthanasie peut être pratiquée…

L’euthanasie (du grec eu et thanatos qui signifie littéralement bonne mort) est donc l’ensemble des moyens qui permettre d’abréger une agonie douloureuse. On distingue quatre formes d’euthanasie :

* l’euthanasie active : par injection létale dans le but d’abréger la fin de vie douloureuse du patient ;
* l’euthanasie passive : par l’arrêt d’un traitement qui maintient le patient en vie. La mort est considérée, dans ce cas, comme étant naturelle ;
* l’euthanasie indirecte : par administration d'un produit mortifère dont la conséquence non recherchée est la mort du patient ;
* l’aide au suicide : l’arrêt de vie est alors pratiqué par le patient lui-même. Il convient de noter que l’incitation au suicide est un acte totalement différent qui consiste à pousser le patient malade à mettre fin à ses jours et qui va à l’encontre de la condition volontaire et de non-pression externe dans la démarche d’euthanasie.

Depuis 2002, on constate, chaque année, une augmentation constante du nombre des cas déclarés. Selon une étude de la Vrije Universiteit van Brussel (VUB), on note quelque 705 cas en 2008, soit 67 de plus que l’année précédente. Le «profil» euthanasique est celui d’un jeune homme atteint d’un cancer en phase terminale. En effet, 93,4% des cas entrent dans ce profil. Les 6,6% restant relèvent de cas de maladies neuromusculaires tandis que, globalement, seuls 18% des cas d’euthanasie concernent des personnes de plus de 80 ans. Ainsi donc, contrairement à ce d’aucuns avaient craint au moment de la dépénalisation, l’euthanasie n’est pas un «mouroir pour personnes âgées»…

Pour ou contre ?


L’euthanasie est un problème de société qui divise les foules. Dans les sociétés anciennes, dans la Grèce antique notamment, le problème ne se posait pas, la fin de vie sans souffrance était communément admise. Le terme euthanasie a été inventé par le Dr Bacon au 17è siècle pour qualifier sa pratique courante d’assistance à la fin de vie digne des patients mourants et souffrants. L’un des problèmes majeurs liés à l’euthanasie est la récupération faite de cette pratique par les Nazis qui nommaient euthanasie l’élimination systématique des handicapés. Il convient de mettre en avant et d’insister sur le fait que cette pratique barbare menée par le 3è Reich n’avait aucune vocation thérapeutique ou sociale mais qu’elle reposait uniquement sur l’idée de l’amélioration de la race humaine par l’élimination de ces composantes jugées les plus faibles. Dans le contexte nazi, on ne peut pas parler d’euthanasie mais bien d’eugénisme ! Mais dans l’esprit de beaucoup de monde, euthanasie et nazi restent intimement liés, peut-être à cause de la consonance de ces deux mots ?

Depuis un peu plus d’un siècle, avec les progrès de la médecine et l’augmentation constante de l’espérance de vie, le débat sur l’euthanasie a refait surface. Médecins, philosophes et théologiens alimentent le sujet… Deux camps – le pour et le contre -se sont créés au fil du temps et continuent de s’opposer aujourd’hui encore malgré le cadre législatif qui s’est instauré dans certains pays et la tolérance qui existe dans d’autres.

Les partisans avancent que l’euthanasie est à part entière liée à la dignité humaine ; si l’homme a le droit de vivre dignement, il a autant le droit de mourir dans la dignité. La maladie est une dégradation du corps et de l’esprit et lorsque le point de non-retour – entendez par-là que la mort est inéluctable – est atteint, il convient d’abréger souffrance, peine et déclin. Les partisans affirment aussi que l’Homme est le seul maître de sa vie, de son destin, de ses choix et que l’euthanasie est une simple application des libertés individuelles. Enfin, l’euthanasie est, pour ceux qui y sont favorables, une manière d’éviter l’acharnement thérapeutique qui est, dans certains pays européens, interdit par le législateur.

A l’opposé, les opposants à l’euthanasie avancent aussi quelques raisons de refuser cet acte ; le risque de dérapage (pressions financières ou morales sur le patient, changement d’avis que le patient ne pourrait plus exprimer… voire maquillage d’un meurtre !) et de dérive (lien entre l’euthanasie et l’eugénisme) étant les motifs avancés. Mais la raison majeure des partisans du contre reste la religion ; l’homme ne dispose pas de sa vie, celle-ci étant un don divin, et ne peut donc décider de l’abréger. Enfin, certains médecins affirment qu’avec l’évolution des traitements et les progrès effectués en matière de lutte contre la douleur, l’euthanasie ne se justifie plus…

Seuls la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suisse…


Pour ou contre, chacun est libre de se forger sa propre opinion ! En Europe, il n’y a pour l’heure que cinq pays qui ont légalisé le droit à l’euthanasie : la Belgique, les Pays-Bas (depuis 2002 également), la Suisse, dont la compétence en la matière n’est pas fédérale mais bien ramenée au niveau de chaque canton, l’Espagne dont les compétences sont aussi ramenées au niveau des régions en la matière (on notera que c’est la Catalogne, une fois encore, qui, dès 2000, a reconnu aux malades le droit de refuser un traitement médical et de rédiger des directives anticipées) et, depuis un an, le Grand-duché de Luxembourg. Il convient de noter que la tolérance est de mise dans plusieurs autres pays mais que pour les pays n’ayant pas de cadre légal relatif à l’euthanasie, l’application de la législation pénale peut-être d’application pour qui enlève la vie à un tiers...

En France l’euthanasie reste considérée comme un assassinat ou un empoisonnement prémédité punissable théoriquement.

Au Danemark le code pénal continue de réprimer l’homicide commis à la demande d’une personne et l’aide au suicide mais il existe la possibilité d’un Testament de Vie pouvant être rédigé par toute personne majeure saine de corps et d’esprit dans lequel il stipule sa volonté de renoncer à tout traitement prolongeant la vie dans l’hypothèse où il serait mourant et où sa mort serait inévitable.

En Allemagne et en Angleterre, l’euthanasie active est prohibée et punie mais, désormais, au pays de Conan-Doyle et Wilde, il existe, sous conditions, une jurisprudence qui souligne qu’une personne peut refuser d’accepter un traitement de nature à prolonger sa vie ou à la préserver.

En Italie, l’euthanasie est interdite par la loi, même avec l’accord du patient ; on y tolère néanmoins l’interruption du traitement thérapeutique (l’euthanasie passive) faute d’un cadre légal précis.

En dehors du continent européen, l’euthanasie reste interdite par la loi. En Australie et aux Etats-Unis (sauf en Oregon et, depuis peu, dans le District of Columbia), elle reste même jugée comme un meurtre !

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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