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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 13:39

L'alcool semble être l'apanage des couches les plus aisées de la population; le tabac celui des couches les plus défavorisées...

alcotabac.jpgUne triple information a retenu mon attention ce matin. Premièrement, un groupe de travail de l'Union Européenne planche sur l'idée d'apposer sur les bouteilles d'alcool des messages avertissant du danger de consommer de l'alcool à l'image de ce qui se fait sur les paquets de cigarettes. Cela me réjouit car je suis convaincu que l'alcool est un danger sanitaire aussi important que le tabac. Je regrettais d'ailleurs récemment que la prévention de l'alcool ne soit pas aussi intense que celle du tabac (lire à ce propos 5% des Belges sont alcooliques !). Deuxièmement, et toujours relativement à l'alcool, selon une enquête réalisée par le Centre de Recherches et d'Information des Organisations de Consommateurs (CRIOC), il apparait que la majorité des gens qui consomment régulièrement des boissons alcoolisées émarge aux classes supérieures et ont une formation de haut niveau. Troisièmement, le Service National de Santé britanniques annonce que dans la ville la plus pauvre du pays, les jeunes commencent à fumer dès l'âge de 9 ans, en moyenne... Ainsi donc sur base de ces deux dernières études, l'on serait tenté de croire que l'alcool est un vice de riche et le tabac un vice de pauvre !

Qu'en est-il réellement ? Et bien, il semble que ce soit vrai ! Ainsi, une étude suédoise menée en 2006 montrait clairement que le tabac est nettement plus présent chez les chômeurs et les faibles revenus(1). En Belgique, le Fonds des Affections Respiratoires (FARES) confirme dans une brochure récente que le tabagisme persiste davantage dans les milieux défavorisés(2). On apprend, au travers de cette brochure - consultable en ligne, sur le site du FARES - que, dans les groupes sociaux les moins favorisés, le nombre de fumeurs réguliers et de gros fumeurs est plus élevé, que l'initiation au tabac est plus précoce, que le taux d'arrêts est plus faible et qu'un lien est clairement établi entre tabac, éducation, revenus et niveau de vie... "La plupart des consommateurs dits 'vulnérables' reconnaissent que le tabac est une consommation dont ils ont besoin. Beaucoup parlent du plaisir que la cigarette leur procure et des besoins qu'elle satisfait (gestion du stress, solitude...). Certains disent qu'ils fumaient moins lorsqu'ils avaient du travail ou une vie plus stable"(2). Cette réalité est encore confirmée par différentes études à travers le monde. Il semble acquis que la nicotine et le tabac sont des recours antistress aux moments difficiles et/ou précaires. Le cas de la ville britannique de Merthyr Tydfil, au sud du Pays de Galles, confirme ces théories. Il s'agit de la ville de Grande-Bretagne qui regroupe les salaires les plus maigres et le plus haut taux de chômage. Dans cette ville, les enfants commencent à fumer, en moyenne, à 9 ans par désoeuvrement, ennui et atavisme.

En ce qui concerne l'alcool, le milieu social joue également un rôle prépondérant dans la consommation. Mais le milieu social le plus concerné est à l'opposé de celui le plus touché par le tabac. Selon l'Institut National de Prévention et d'Education à la Santé (INPES), la consommation d'alcool varie avec le statut d'activité, la catégorie professionnelle et le niveau d'instruction(3). Ce constat renforce donc celui déposé ce matin par le CRIOC. Pire encore, une étude américaine montre que les buveurs réguliers d'alcools gagnent plus d'argent que ceux qui ne boivent pas ou peu. Selon cette enquête ménee en 2006 le Journal of Labour Research, "Les buveurs entretiennent un réseau de connaissances plus large qui leur permet d'obtenir des opportunités professionnelles. La consommation d'alccol permet sans doute aux individus de développer des qualités humaines, professionnelles et sociales"(4)... C'est plutôt effrayant !

Ainsi donc, les milieux les plus aisés tendent à dépenser davantage d'argent pour de l'alcool tandis que les couches les moins favorisées se privent d'autres choses, souvent plus vitales, pour acheter du tabac. L'idée d'augmenter encore les prix tant de l'alcool que du tabac a été émise pour tenter de limiter un tant soit peu ces phénomènes mais elle est loin de faire l'unanimité. Dans les milieux plus aisés, l'alcool fait souvent partie du mode de vie et l'argent n'étant pas un réel problème, une augmentation drastique des prix risque de n'avoir qu'une faible influence. A contrario, une nouvelle augmentation du tabac risquerait de conduire les moins aisés à délaisser encore un peu plus des produits plus essentiels car, selon le sociologie Patrick Peretti-Wattel, "les fumeurs très précaires préfèrent renoncer à d'autres achats de consommation courante qu'à ceux du tabac. Un peu comme si la cigarette n'était pas un poste budgétaire"(5). Clairement, selon ce sociologue, et je partage son avis, ils achètent des cigarettes par besoin quasi-vital sans tenir compte de leur coût ! La cigarette est un besoin lié à une accoutumance qui est d'autant plus puissante qu'elle a débuté jeune... Dans cette optique, les gamins de Merthyr Tydfil risquent de dépenser une fortune en cigarette sur un budget qu'ils n'auront vraisemblablement pas ! 

 

Lire également : La santé dépend du niveau d'instruction

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(1) Le tabac fait partie de la panoplie de l'exclu, par Yann Saint-Sernin, in Libération, 6 janvier 2009
(2) brochure "Tabac et Précarité", éditée par le FARES - www.fares.be 
(3) in Actualité Alcools, n° 38, avril 2008
(4) Boire de l'alcool permet de gagner plus d'argent, on buveurs.com, 31 octobre 2006.
(5) Quand chômage rime avec tabagisme, par alanloquet, on Le Blog de la Licence Professionnelle Journalisme, 11 novembre 2010

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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commentaires

Olivier Moch 12/03/2011 18:50


Trop malheureux pour être heureux ? Certainement oui... Mais aussi trop limité que pour être libre. L'Etre Humain a besoin d'être balisé, canalisé, encadré, aliéné... les substituts alcooliques,
tabagiques ou de drogue sont des moyens pour cadrer les masses.


POINT . TIRET - EXCLAMATION ! 12/03/2011 09:03


Tabac ou Alcool ? Alcool ou Drogue? Drogue ou Tabac ? Si notre santé mentale était au beau fixe, l 'être humain n 'aurait pas besoin de substituts, pour se sentir bien.

Parfois je me demande si nous sommes pas malheureux, que d 'être trop heureux.